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Du nord au sud : Dix-huitième étape, de Gurtnellen à Andermatt


Published by stephen , 29 June 2019, 15h57.

Region: World » Switzerland » Uri
Date of the hike:16 June 2019
Hiking grading: T1 - Valley hike
Waypoints:
Geo-Tags: CH-UR 
Time: 4:30
Height gain: 750 m 2460 ft.
Height loss: 250 m 820 ft.
Route:Gurtnellen - Göschenen - Andermatt
Access to start point:cff logo Gurtnellen Wiler, Gotthardstrasse, bus depuis cff logo Erstfeld (deux bus par heure)
Access to end point:[sbb Andermatt

English version here
 
Cinq mois et demi ont passé depuis que j’ai interrompu ma traversée nord-sud pour l’hiver, à un arrêt de bus balayé par un vent froid à Gurtnellen. Le moment est venu de reprendre mon itinéraire, au moins provisoirement. Cette étape m’amènera jusqu’au pied du col du Gothard : pour passer le col lui-même, il faudra probablement laisser encore un peu de temps au soleil pour faire fondre la neige qui reste. 

Je descends du bus un peu après 11 heures : c’est tard, mais les journées sont longues à cette saison et je n’ai fait aucun effort particulier pour me lever de bonne heure.  La matinée est plutôt nuageuse mais il ne fait pas froid. Après un week-end de fortes pluies et une semaine de soleil estival qui a fait fondre la neige en altitude, la Reuss est grise et bouillonnante et fait un vacarme assourdissant. Ce n’est pas plus mal : même si l’autoroute sur l’autre rive continue de polluer visuellement, au moins le bruit des camions et voitures est masqué par celui de la rivière.

Une piste facile me conduit vers le sud, entre rivière et voie ferrée, vers le village de Wassen dont l’église blanche st visible de loin, sur sa butte au-dessus de la vallée. Je passe devant deux usines hydro-électriques : juste à côté de l’une d’elles, à Pfaffensprung (843 m), la rivière a forcé le passage par une entaille étroite entre de hautes parois rocheuses. Un train passe de temps en temps mais, comme déjà noté lors de l’étape précédente, l’itinéraire a perdu une grande partie de son intérêt ferroviaire depuis l’ouverture du tunnel de base du Gothard il y a trois ans : sur l’ancienne ligne, il ne passe plus qu’un RegioExpress par heure dans chaque direction. Ce qui reste impressionnante est l’architecture ferroviaire et notamment les viaducs en pierre et béton qui enjambent les vallées latérales. Peu avant Wassen, à l’entrée du Meiental où la ligne fait des aller-retour sur le versant ouest de la vallée, trois de ces ponts sont presque empilés l’un au-dessus de l’autre.

Une heure et demie de marche facile m’amène à Wassen. Je remonte jusqu’à l’église, perchée au-dessus du village sur sa butte (932 m). Cette église est bien connue de tous ceux qui ont fait le trajet entre la Suisse centrale et le Tessin en train : en raison des serpentins de la ligne on passe devant elle trois fois ; d’abord en contrebas, puis au-dessus, tantôt à droite, tantôt à gauche. Dans le cimetière, la plupart des tombes portent les deux mêmes noms de famille : Baumann et Gamma (avec quelques Baumann-Gamma aussi). Wassen est plutôt joli, malgré la route cantonale qui traverse son centre. A la sortie sud du village, la route, la voie ferrée et l’autoroute se croisent et se recroisent dans tous les sens : on a de la peine à savoir si les trains se dirigent vers le nord ou vers le sud tellement le tracé de la ligne est compliqué.

Au-delà de Wassen, le sentier devient brièvement plus étroit, remontant et descendant à travers bois juste au-dessus de la voie ferrée, avant de redescendre jusqu’à la sortie d’une vallée latérale à la base d’une grande cascade bruyante. Celle-ci paraît impressionnante mais se révèlera insignifiante par rapport à ce que je verrai après Göschenen. Je m’arrête pour manger mes sandwiches sur un banc sous le porche d’une petite chapelle blanche à Wattingen (910 m).

Quelques minutes après ma pause midi, juste après les quelques maisons du hameau de Neiselen, je me trouve devant un panneau m’informant que le sentier est fermé entre ici et Göschenen en raison de grosses quantités de neige résiduelle, et ce « jusqu’à la mi-mai ». Cela me paraît louche, d’autant plus qu’on est le 16 juin : il n’y a pas la moindre trace de neige à voir, peut-être qu’on a juste oublié d’enlever le panneau ?  Je me renseigne auprès d’une dame qui jardine devant l’une des maisons et elle confirme que le sentier est fermé : un peu plus loin il franchit un gros torrent ; on a démonté la passerelle pour l’hiver et elle n’a pas encore été remise en place.  La jardinière me dit que je peux contourner la partie fermée en marchant le long de la route cantonale, mais celle-ci n’a pas de trottoir à certains endroits et elle passe dans un court tunnel. Je préfère donc prendre le bus jusqu’à Göschenen, ce qui me fait économiser une heure de temps de marche et 180 mètres de dénivelée. Le bus me dépose devant la gare de Göschenen (1102 m) et je ne perds pas de temps à quitter ce village qui, même par des conditions estivales, a l’air plutôt triste. Un panneau jaune indique qu’il me faudra environ deux heures pour atteindre Andermatt, ce sera juste bien pour avoir le train de 16 heures 30.

Je descends jusqu’à un pont qui enjambe la Reuss à la sortie sud du village. Ici, la rivière montre une personnalité complètement différente de celle qu’elle affiche à Lucerne. En plaine, la Reuss est calme et bleue ; ici, c’est un torrent bouillonnant et gris qui se fracasse contre la base de gros rochers sous de hautes falaises. Loin au-dessus de ce tourbillon, le petit train rouge qui relie Göschenen à Andermatt avance prudemment sur un pont frêle. Je me trouve à l’entrée des gorges de Schöllenen, passage étroit dans lequel route, sentier pédestre et chemin de fer cohabitent de manière pas toujours très confortable. La voie ferrée est le plus souvent dans des tunnels, alors que la route remonte la gorge en une longue série d’épingles à cheveux, parfois sur le versant est, parfois côté ouest. La route et le sentier (que partagent marcheurs et cyclistes) semblent tous les deux avoir été entièrement reconstruits dans un passé si récent que le balisage n’a même pas encore été refait par endroits. Ce paysage très influencé par l’homme n’a rien de joli, mais je ne peux pas m’empêcher d’admirer le travail de génie civil qui a permis de passer les gorges : lacets de la route, murs de retenue, tunnels et galeries pare-avalanches, tout est quand même impressionnant. Même si le sentier est macadamisé et facile, je ne suis pas totalement à l’aise dans cette gorge : le rocher des falaises a l’air friable et, à plusieurs endroits, des panneaux avertissent les marcheurs qu’il vaut mieux ne pas s’arrêter ici en raison du danger de chutes de pierres.

Une heure après avoir quitté Göschenen, j’arrive à l’endroit le plus spectaculaire de cette étape : le Teufelsbrückeou Pont du Diable (1360 m). Ici, la gorge se rétrécit jusqu’à une largeur de peut-être 25 mètres. Au point le plus étroit, loin au-dessus du vacarme incroyable de l’eau, un pont de pierre l’enjambe, construit à l’origine au 16èmesiècle et maintes fois restauré depuis. Juste à côté, une porte métallique donne accès à un ancien tunnel militaire désormais accessible aux randonneurs. Après une cinquantaine de mètres à l’intérieur de la montagne (où le bruit de l’eau reste néanmoins assourdissant), j’émerge juste à la base d’une cascade dont la puissance fait vraiment peur. La combinaison d’écume qui gicle et de soleil a créé un arc-en-ciel, comme un pont virtuel qui s’ajoute à ceux, plus concrets, du sentier, de la route et de la voie ferrée.

La randonnée se termine de manière inattendue peu de temps après le Teufelsbrücke. Presque tout de suite, le sentier quitte la gorge et, devant moi, se dressent les immeubles extrêmement laids d’Andermatt (1436 m) : cela me fait penser à l’arrivée à Tignes sur l’itinéraire de la Grande traversée des Alpes, même si Tignes est dix fois plus laid encore qu’Andermatt. Je suis surpris de voir un nombre considérable de touristes chinois et indiens ici : mais que viendrait-on faire à Andermatt en dehors de la saison de ski ? Mon train ne part que dans une demi-heure, alors je considère cette question devant une bière, assis à la terrasse du buffet de la gare.

Je suis content d’en avoir fini avec cette montée d’Erstfeld jusqu’au pied du Gothard. Je ne m’attendais pas à prendre de plaisir au cours de cette étape et, en effet, je n’en ai pas pris : trop d’ouvrages d’art du génie civil et pas assez de paysage. La prochaine étape se déroulera aussi à proximité de la route du Gothard : j’espère que cette route saura se faire un peu plus discrète qu’aujourd’hui.

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Hike partners: stephen


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