Du nord au sud : Dix-septième étape, d'Erstfeld à Gurtnellen


Published by stephen Pro , 6 January 2019, 16h34.

Region: World » Switzerland » Uri
Date of the hike: 1 January 2019
Hiking grading: T1 - Valley hike
Waypoints:
Geo-Tags: CH-UR 
Time: 4:30
Height gain: 750 m 2460 ft.
Height loss: 470 m 1542 ft.
Route:Erstfeld - Silenen - Amsteg - Gurtnellen (Wiler)
Access to start point:cff logo Erstfeld
Access to end point:cff logo Gurtnellen, Wiler (Gotthardstrasse)

English version here

Ceux qui ont suivi le récit de ma traversée nord-sud de la Suisse se souviendront peut-être que fin septembre je suis arrivé jusqu'à Attinghausen, après avoir marché d'Engelberg à Brüsti avant de descendre en téléphérique dans la vallée de la Reuss. Trois mois ont passé et, toujours accompagné d'Isabelle, je reprends le chemin pas tout à fait là où je l'ai laissé. En effet, pendant cinq kilomètres entre Attinghausen et Erstfeld, le Trans Swiss Trail longe l'autoroute et franchement, je ne vois pas l'intérêt, si ce n'est de pouvoir dire que j'ai vraiment fait l'itinéraire dans son intégralité. Les prochaines étapes me posent d'ailleurs un problème dans leur ensemble : d'ici jusqu'au col Gotthard, il sera difficile d'ignorer la présence de la route. Tout seul, il se peut que j'aurais tout simplement renoncé à continuer, et ce n'est que grâce à la suggestion d'Isabelle que nous mettons à profit ce Jour de l'an nuageux pour relancer le projet. Pour les raisons déjà évoqués, nous décidons de reprendre l'itinéraire à Erstfeld, profitant également de la liaison en train depuis Lucerne, bien plus pratique que pour rejoindre Attinghausen. 

Il n'y a pas grand-chose à Erstfeld (470 m), mise à part sa gare devenue nettement plus calme depuis l'ouverture du tunnel de base du Gotthard il y a deux ans. Un quartier résidentiel occupe le terrai plat entre la voie ferrée et la Reuss, que nous suivons maintenant vers le sud, passant devant une jolie chapelle blanche qui ne semble pas tout à fait à sa place ici, entre chemin de fer, rivière et autoroute. Le ciel est plutôt gris, mais quelques éclaircies vers le sud laissent espérer une amélioration plus tard dans la journée, espoir qui ne se concrétisera pas.  A un kilomètre au sud d'Erstfeld, un imposant pont en fer enjambe la Reuss, clairement conçu pour le trafic ferroviaire. Un panneau explique qu'il s'agit d'une structure temporaire construite par l'armée dans les années 30… quatre-vingts ans plus tard, le pont remplit toujours à merveille son rôle provisoire, même si le trafic qu'il voit passer est devenu exclusivement piéton. 

Un peu plus loin à Buchholz (520 m), le sentier quitte la rive de la Reuss pour grimper au-dessus de la vallée, versant est, jusqu'à une altitude de 560. Pendant l'heure qui suit, nous restons plus ou moins à cette altitude, à mi-flanc de colline, avec une vue assez étendue vers le nord mais aussi vers le sud, où le Bristen montre sa tête rocheuse de temps en temps avant de la cacher à nouveau dans les nuages. Je m'attendais à ce que cette étape se déroule exclusivement sur revêtement dur, mais en fait, ce sont souvent de petits sentiers herbeux ou caillouteux qui se faufilent entre des murs de pierres. Ces murs sont partout, témoins sans doute d'une époque où le versant connaissait une exploitation agricole et une densité de population plus importantes qu'aujourd'hui. De l'autre côté de la Reuss, encore assez loin, l'autoroute se fait constamment entendre : un bourdonnement de fond qui irrite sans nous envahir complètement. Je me demande quand même s'il existe une seule maison entre Erstfeld et Gurtnellen qui ne souffre pas de cette pollution sonore.

Nous passons devant une petite chapelle à Efibach (564 m), puis descendons vers Silenen, commune de hameaux éparpillés sans vrai point focal. L'un de ces hameaux, Dägerlohn (543 m), possède une grande église ainsi qu'une très vielle maison en pierre qui, selon un panneau d'information, est la maison habitée la plus ancienne du canton d'Uri. Nous passons près de la station de départ du minuscule téléphérique de Kilcherberg, que j'ai utilisé au début d'une randonnée particulièrement belle en juillet 2017. Je ne m'attendais pas à ce que ce téléphérique soit ouvert en hiver, mais il fonctionne : deux randonneuses sont assises dans la petite cabine, à attendre qu'elle les remonte (peut-être) au-dessus des nuages. Un peu plus loin, un banc en bordure du chemin au-dessus du hameau de Birchli nous permet de casser la croûte. Le reste de la soupe aux haricots de la veille (qui était déjà bonne) a été amélioré davantage grâce à l'ajout de la sauce tomate qui restait de la pizza, de la veille elle aussi.

Après une heure de petites montées et descentes, le chemin redescend maintenant vers le fond de la vallée, passant sous la voie ferrée près de la gare désaffectée d'Amsteg-Silenen. Toutes les gares entre Erstfeld et Göschenen sont fermées depuis des années, replacées par un service de bus. Dans le cas d'Amsteg-Silenen ce n'est guère surprenant : la gare se situe assez loin des deux villages qu'elle était censée desservir, ce n'est pas cela qui aurait encouragé les habitants à prendre le train. Toute cette étape devait être d'un grand intérêt pour les amateurs du rail, à l'époque où tout le trafic ferroviaire entre la Suisse centrale et l'Italie y passait. De nombreux panneaux d'information renseignent sur l'histoire de la ligne et des monuments du génie civil qui la ponctuent. Aujourd'hui la ligne du Gotthard est devenue calme, avec un seul train régional par heure dans chaque direction, entre Erstfeld et Bellinzona.

Nous arrivons à Amsteg (522 m), à mi-chemin de l'étape. Le village se situe à l'entrée du Maderanertal, gorge étroite et impressionnante que parcourt ce qui doit être l'une des lignes de car postal les plus effrayantes de la Suisse. Loin au-dessus, la voie ferrée enjambe la gorge sur un viaduc en béton, qui a remplacé une élégante structure en fer pendant les années 70, lorsque la voie unique a été doublée. Un seul des viaducs d'origine du 19èmesiècle survit encore, un peu plus loin en direction de Göschenen, à Secken. Nous passons devant une grande centrale hydroélectrique, au-delà de laquelle le sentier entame la montée la plus longue et ardue de la journée. Lentement nous grimpons au-dessus de la vallée… et aussi au-dessus de la voie ferrée qui après avoir été loin au-dessus de nous il y a une demi-heure, s'est maintenant engouffrée dans un tunnel sous nos pieds. Encore plus bas, l'autoroute aurait bien fait de s'inspirer du chemin de fer… mais elle se contente de quelques courts tunnels et reste omniprésente. La vallée est devenue beaucoup plus étroite et, inévitablement, le bruit des voitures augmente. Nous traversons quelques hameaux tristounets qui, apparemment, ne sont reliés entre eux et au monde extérieur qu'au moyen de la piste caillouteuse et boueuse le long de laquelle nous marchons. Au-dessus de nous, sur le versant raide de la vallée, de nombreuses ruines de murs et de cabanes en pierre montrent à nouveau la longue histoire de l'homme dans cette vallée plutôt sombre et  froide. Un peu avant le hameau de Meitschligen (672 m), la piste passe dans un tunnel à l'intérieur duquel, en raison de la courbure de la route, il fait complètement sombre. Nous avançons lentement, espérant qu'il n'y aura pas de trous prêts à tordre nos chevilles. Ce n'est qu'une fois arrivés à la sortie du tunnel que nous apercevons l'interrupteur scellé dans le rocher, avec "LICHT" écrit en grosses lettres dessus. 

Jusqu'à ce point, j'ai plus ou moins réussi à ne pas penser à l'autoroute. Mais pendant la dernière heure de la randonnée, ignorer la route devient impossible. Le sentier le suit maintenant de très près, entre de gros filets métalliques qui protègent la chaussée contre les chutes de pierres. Il arrive quand même que de gros rochers arrivent jusqu'à la route : ce jour même, la route cantonale a dû être fermée juste au nord d'Erstfeld en raison d'un éboulement de cailloux. A l'entrée du Fellital, le sentier, la route cantonale, l'autoroute et la voie ferrée sont tellement enchevêtrés qu'il est difficile de comprendre ce qui passe au-dessus de quoi dans le chaos de passerelles, de ponts et de viaducs. Les passerelles pour piétons sont en bois et, par ce temps hivernal et humide, sont très glissantes, il faut vraiment faire attention. En dessous, la Reuss fait de son mieux pour ignorer tout ce fouillis moderne au-dessus de sa tête et ressemble presque à un vrai torrent de montagne.

La pollution sonore atteint son point culminant juste avant Wiler. Ici, l'autoroute emprunte une galerie pare-avalanche, ouverte sur le côté qui est tourné vers la vallée. Le sentier longe la galerie de tout près, et nous sommes étourdis par le bruit des voitures, amplifiée par le toit en béton. Je commence à en avoir sérieusement marre, mais la fin de l'étape n'est plus très loin. Gurtnellen est une commune éparpillée : le village proprement dit se trouve loin au-dessus de la vallée sur le versant ouest, mais l'arrêt de bus (et l'ancienne gare) se trouvent à Wiler, dans le fond de la vallée près de la rivière. Nous avons 40 minutes à attendre le bus de cinq heures : deux hôtels offrent l'espoir de thé, de bière ou même de vin chaud, mais c'est le premier janvier et les deux sont fermés. La nuit tombe, une petite bise bien froide s'est engouffrée dans la vallée depuis le nord, et nous sommes bien contents lorsque le bus arrive enfin, pile à l'heure. Il est bondé de skieurs qui, je suppose, descendent depuis Andermatt. Vingt minutes plus tard, nous sommes de retour à la gare d'Erstfeld. 

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Hike partners: stephen


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