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Randonnée de fin d'année sur le Hagleren et le Bleikenchopf


Published by stephen , 9 January 2017, 19h40.

Region: World » Switzerland » Luzern
Date of the hike:30 December 2016
Hiking grading: T2 - Mountain hike
Waypoints:
Geo-Tags: Hagleren und Giswilerstöcke   CH-LU   CH-OW   Entlebucherflühe - Fürstein 
Time: 6:00
Height gain: 850 m 2788 ft.
Height loss: 1070 m 3510 ft.
Route:Sörenberg – Teufimattsattel – Hagleren – Bleikenchopf – Flühli
Access to start point:cff logo Sörenberg, Post
Access to end point:cff logo Flühli LU, Hüttlenen

 English version here

Après la randonnée assez soutenue de la veille, qui m'a laissé fatigué après deux mois sans effort physique, il aurait peut-être été judicieux de laisser mes muscles au repos et de terminer l'année de façon plus paresseuse. Mais le temps reste ensoleillé et ce serait dommage de ne pas utiliser au moins deux des trois jours de randonnée potentiels qu'il nous reste jusqu'à la fin des vacances. Je propose le Hagleren, au-dessus de Sörenberg : à peine 200 mètres plus haut que le Rossberg que nous avons vu entièrement dépourvu de neige hier, la traversée ne devrait poser aucun problème.  Puis je consulte la carte et me rends compte que j'ai sous-estimé la chose : dans mon idée, le Hagleren faisait 1700 mètres alors qu'en réalité, il culmine à 1948 m, soit quatre cents de plus que la veille. La montée se fera par le sud et ne devrait pas poser de problème : quant à la descente sur le versant nord, il faudra voir.
 
J'ai déjà visité le Hagleren en novembre 2011. A l'époque j'étais en plein déménagement de Neuchâtel vers la Suisse centrale, pour des raisons professionnelles. Je suis arrivé à Schüpfheim en train depuis Neuchâtel avec deux grosses valises que j'ai laissées à la consigne, puis les ai récupérées en fin de randonnée avant de poursuivre en train jusqu'à Lucerne. Aujourd'hui, c'est plus simple : nous nous levons à huit heures, prenons un petit déjeuner un peu pressé et réussissons à prendre le train de 8h 57 jusqu'à Schüpfheim, où nous changeons pour le court trajet en car postal jusqu'à Sörenberg. Bondé de skieurs en temps normal, aujourd'hui le bus transporte tout autant de randonneurs. Quelques adolescentes avec des snowboards montent aux arrêts intermédiaires : mais où vont-elles trouver de la neige ?
 
Nous arrivons à Sörenberg peu avant dix heures du matin, sous un ciel bleu parfait. Contrairement à hier, nous sommes déjà au-dessus de la limite supérieure du brouillard au début de la randonnée. Il n'y a pas un poil de neige à Sörenberg et la plupart des remontées mécaniques sont à l'arrêt. Sur le versant ombragé de la vallée, abrité du soleil par les falaises sombres du Brienzergrat, une ou deux pistes de ski ont été ouvertes grâce à l'enneigement artificiel. Minces bandes blanches au milieu des pâturages, elles n'ont attiré que quelques skieurs isolés, que nous voyons slalomer lentement vers la vallée depuis le versant opposé.
 
Nous empruntons une route d'alpage assez raide qui quitte le village rapidement, remontant en lacets le long des pentes vertes du côté est de la vallée. Le paysage est dominé par la Schrattenflue qui s'étend au nord-ouest, ses longues parois inclinées à peine saupoudrées de neige. A côté de la route, un garçon qui doit vivre dans l'un des chalets qui la bordent est en train de charger un camion en plastique, creusant la montagne pour remplir la benne de gravier… ses parents vont être ravis quand il versera son chargement dans leur cour ! Au prochain virage, la façade du chalet d'Alpweid est décoré de nombreux panneaux annonçant l'arrivée de nouveau-nés : Florian, Kilian et Adrian sont apparemment venus au monde en trois exemplaires chacun. Un peu plus haut, dans un pâturage pentu, trois générations d'une famille sont en train de creuser une tranchée dans le sol à moitié gelé, prête à accueillir les tuyaux d'écoulement qui sont posés le long de la route. Leur travail est facilité par un tracteur dénommé Fabian (le prénom figure en grosses lettres sur le côté de l'engin). Les prénoms finissant en …ian ont la cote  à Alpweid.

Nous arrivons à la fin de la route d'alpage et continuons sur un sentier qui devient rapidement raide et malcommode, avec de nombreux rochers et racines d'arbres bien posés pour entraver notre avancement. Dans cette pente devenue raide, la fatigue résultant de la randonnée de la veille revient soudainement et j'ai un gros coup de mou : la pause s'impose. J'ai la solution dans mon sac à dos : il reste des pièces en chocolat d'hier… sauf que je les ai oubliées à la maison. Je dois me contenter de boire et de grignoter un peu de pain, mais cela suffit pour me redonner de l'énergie et me requinquer. Mes jambes restent lourdes mais j'arrive à repartir. Le chemin remonte en forêt, d'abord le long d'un torrent gelé, puis en longs lacets dans la pente boisée. Nous quittons enfin la forêt au Teufimattsattel, 1799 m, une large selle qui sépare le Hagleren à l'ouest du Nünalpstock à l'est. Nous n'avons pas du tout vu de neige pendant la montée en forêt, mais le replat du Teufimattsattel est recouvert d'une mince couche de neige gelée, sans doute des restes de la seule vraie chute de neige de ce début d'hiver, tombée pendant la première semaine de novembre.
 
Il y a un petit abri en bois au Teufimattsattel, bien orienté face au soleil et faisant écran à la brise fraîche qui souffle depuis l'autre versant de la selle : c'est l'endroit idéal pour faire la pause déjeuner. Notre pique-nique est essentiellement le même que celui d'hier : l'autre moitié du pork pie, des tomates cerises de couleurs diverses, un assortiment de fromage, seule la soupe est complètement différente. Pendant que nous mangeons, toute une série de petits groupes de randonneurs descendent du Nünalpstock, leurs voix s'approchant lentement, puis s'éloignant à nouveau une fois qu'ils sont passés. Du côté nord de la selle, des pentes escarpées s'en vont vers les profondeurs d'une vallée sauvage, densément boisée et inhabitée.
 
Il nous reste 150 mètres jusqu'au sommet herbeux du Hagleren. Le sentier est recouvert de neige verglacée piétinée par le passage des randonneurs, alors nous remontons à côté, où la neige donne plus de prise à nos chaussures. Le sommet apparaît bientôt juste au-dessus : un dôme arrondi surmonté d'une grande croix en bois et déjà occupé par un bon nombre de randonneurs. La vue est superbe dans toutes les directions, grâce en partie à la limpidité exceptionnelle de la lumière hivernale. Au premier plan, le Brienzergrat et la Schrattenflue occupent toute la vue vers l'ouest. Vers l'est, le panorama est plus étendu : voilà le Pilatus et le Rigi vus depuis un angle inhabituel puis, plus loin, le massif du Clariden et même le Säntis tout au fond.
 
Au sommet, un panneau indique les limites d'une réserve naturelle et nous informe que nous ne devons pas nous écarter de sentiers indiqués : il n'est pas vraiment précisé si cela veut dire ceux qui figurent sur le panneau (et qui sont assez mal indiqués) ou les sentiers balisés habituels. J'hésite un peu, mais nous voyons plusieurs personnes qui arrivent depuis le versant nord et décidons de continuer comme prévu, à travers la zone de hauts-marais qui sépare le Hagleren du Bleikenchopf, puis jusqu'à Flühli dans la vallée de la Waldemme.
 
Les premiers 150 mètres de descente sont plutôt raides. Au début, le sentier se trouve au soleil et est libre de neige, mais vers 1900 mètres les choses se compliquent un peu. La pente s'accentue ici et, en même temps, le versant passe à l'ombre. Le manteau neigeux devient intégral et le sentier disparaît sous une couche blanche. Il y a une bonne trace, mais marcher dans les pas devient vite impossible, ils sont complètement verglacés. La meilleure technique consiste à descendre dans les touffes de bruyère qui dépassent de la neige et qui sont moins glissantes. Mais il y a des endroits où il n'y a pas de bruyère, et où la seule option est de s'aventurer sur la neige... et celle-ci est dure et lisse. L'inévitable se produit : à un moment où je ne vois plus mon amie, cachée par un sapin, j'entends un "Oups !" suivi du bruit d'un objet qui glisse... et là voilà, dix mètres plus bas, emmêlée dans le buisson qui a freiné sa tentative de bobsleigh sur sac à dos. Derrière nous, d'autres randonneurs essaient de rester debout avec plus ou moins de succès, nous entendons beaucoup de cris et de rires. A côté de nous amateurs, un homme seul de style "montagnard pur et dur" descend la pente sans le moindre problème, enfonçant les talons de ses chaussures de haute montagne. Il a pourtant l'air de prendre moins de plaisir que ceux qui glissent et tombent…
 
Vers 1800 mètres, nous atteignons le bas de la pente sommitale du Hagleren et le terrain devient moins escarpé. Nous avons atteint la zone de hauts-marais qui s'étend vers l'est, entre le Hagleren et le Bleikenchopf.  La couverture neigeuse est un peu plus épaisse ici : les creux et replis ombragés du terrain en ont retenu davantage qu'au-dessus. Cela devient néanmoins nettement plus facile, il nous suffit de suivre les nombreuses traces laissées dans la neige par ceux qui sont déjà passés par là. Pendant une demi-heure, nous continuons d'abord en descente douce, puis plus ou moins à plat jusqu'à ce qu'une montée courte mais raide nous amène au minuscule sommet du Bleikenchopf (1680 m), couronné d'une grande croix qui domine des pentes presque verticales au nord et à l'ouest. Il y a un banc juste en dessous du sommet sur le versant est et nous y faisons une pause méritée, buvant l'eau presque gelée de nos gourdes pendant que nous regardons le chemin parcouru depuis une heure. Si nous avions choisi de faire le circuit dans le sens opposé, je pense que nous ne serions pas allés plus loin qu'ici, car les pentes que nous avons descendues depuis le Hagleren paraissent bien intimidantes vues d'ici.
 
Nous descendons par un sentier raide et étroit jusqu'au chalet de Rohr, juste en dessous du Bleikenchopf. A partir d'ici, deux options s'offrent à nous pour gagner le fond de la vallée et le village de Flühli. Lors de ma précédente randonnée ici, j'ai pris le sentier qui contourne le Bleikenchopf par le nord, mais dans mon souvenir ce chemin est très étroit et passe dans un terrain très escarpée : il pourrait y avoir de la neige, mieux vaut l'éviter. Nous optons donc pour la variante plus facile mais plus longue qui emprunte tout simplement la piste caillouteuse d'accès au chalet, coupant à travers champs pour éviter les lacets de la piste. Mes jambes commencent à ronchonner sérieusement : à la fatigue de la veille s'ajoutent maintenant la tension musculaire résultant de la marche sur neige et les douleurs habituelles qu'entraine la descente en fin d'étape. Quand nous arrivons enfin sur du presque plat à 1254 mètres, où la piste rejoint une route goudronnée, l'avant de mes cuisses, mes mollets et mes tibias me disent tous "Assez !" Un homme qui a terminé sa propre randonnée se change à côté d'une voiture garée : il se met torse nu pour l'immense plaisir de ma coéquipière, puis propose de nous conduire jusqu'en bas, offre que nous refusons poliment.
 
Il y a encore pas mal de distance à couvrir jusqu'à l'arrêt de bus de Hüttlenen, à la sortie sud de Flühli. La nuit tombe peu à peu alors que nous descendons vers l'ouest, les derniers rayons du soleil couchant illuminant les sommets des conifères qui tapissent le fond de la vallée. Devant nous, les falaises de la Schrattenflue s'étalent dans des nuances de gris sur fond de ciel bleu-mauve, c'est très beau. Je crois que nous n'avons aucune chance d'avoir le bus 17h 04 et me prépare déjà mentalement à la chaleur de l'Hôtel Kurhaus à Flühli et à la fraîcheur de la bière que je vais y déguster en attendant le suivant… mais mon timing est trop bon et nous arrivons à l'arrêt de bus avec dix minutes de réserve, de nuit comme à notre habitude. La soirée est devenue subitement très froide et, en attendant le bus qui arrive avec quelques minutes de retard, j'ai le temps de me rendre compte que mes vêtements de randonnée hivernale vieux de dix ans ne sont plus vraiment à la hauteur de la tâche... je grelotte !
 
Nous avons marché pendant six heures : ajoutées aux cinq heures de la veille, cela fait probablement un peu trop vu mon manque de condition. Demain matin, peut-être pour la première fois de ma vie, je me sentirai physiquement vieux en me levant. Peu importe, cette dernière journée de randonnée de 2016 a une fois de plus été magnifique. L'année qui se termine a été dominée par une belle traversée du parc national des Pyrénées en août et par mes tentatives peu enthousiastes de finir le Chemin panorama alpin...  voilà quelque chose qu'il faudra achever vite fait en 2017 !

Hike partners: stephen


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