Sur le Chemin panorama alpin : Treizième étape, de Cham à Lucerne


Published by stephen Pro , 25 February 2016, 20h12.

Region: World » Switzerland » Zug
Date of the hike:21 February 2016
Hiking grading: T1 - Valley hike
Waypoints:
Geo-Tags: CH-LU   CH-ZG   CH-SZ 
Time: 6:30
Height gain: 890 m 2919 ft.
Height loss: 880 m 2886 ft.
Route:Cham – Meierskappel – Michaelskreuz – Haltikon - Lucerne
Access to start point:cff logo Cham
Access to end point:cff logo Luzern

English version here

Au milieu d’une longue série de jours froids et humides, où la neige menace de descendre jusqu’en plaine sans vraiment y parvenir, Météosuisse nous promet un magnifique dimanche printanier, avec du soleil et des températures qui devraient frôler les 15 degrés. Au bureau, on en parle et on fait des projets en conséquence : ski, snowboard, balade au bord du lac. Pour ma part, cela me semble idéal pour faire la longue étape du Chemin panorama alpin entre Cham et Lucerne.

Malheureusement, la fenêtre de beau temps semble avoir été retardée. C’est frustrant : j’ai fait l’effort de me lever relativement tôt, mais le ciel est d’un gris uniforme. Seule la probabilité d’une amélioration me fait sortir malgré tout… mais à quelle heure cette amélioration arrivera-t-elle ?

Vingt minutes de train suffisent pour rejoindre le début de l’étape à Cham, où je commence à marcher à 9 heures 45. Le ciel reste gris et bas, mais il fait nettement moins froid que les jours précédents. Au sud, l’amélioration semble s’amorcer : là-bas, les nuages sont davantage blancs que gris, et quelques bouffées d’air chaud annoncent déjà la remontée des températures. Je suis une petite route qui longe la rive ouest du Zugersee. Devant moi, les Alpes sont un gigantesque mur blanc qui disparaît dans les nuages. L’effet visuel est celui d’un immense tsunami de neige et de rocher mêlés qui est sur le point d’engloutir tout le pays zougois. Quant au lac de couleur grise avec des reflets d’argent, il n’apparaît que par moments, caché derrière les grandes propriétés privées qui le bordent. De nombreux panneaux rappellent la nature privée des rives : en Suisse centrale, on aime bien que les gens sachent tout ce qu’ils n’ont pas le droit de faire.
 
Les 90 premières minutes de la randonnée se déroulent entièrement sur des revêtements goudronnés ; heureusement, le paysage doucement vallonné est plutôt agréable. Au milieu d’une courte section en chemin creux, je manque de me faire attaquer par un morceau de bois qui tombe d’un arbre : trop petit pour être une branche mais trop grand pour une simple brindille, j’aurais eu une jolie petite bosse s’il m’avait touché à la tête. Quelque part dans une étable un âne braie à tue-tête, alors que dans un jardin chaque arbre et poteau est décoré de drapeaux de prière, tel un petit bout de l’Himalaya perdu au pied du Rigi. Avec ses vieilles maisons regroupées autour de son église, le village de Buonas a su conserver son charme malgré les villas modernes haut de gamme qui s’étalent le long du versant ensoleillé juste au-dessus. Je me fais dépasser par un couple de marcheurs nordiques : je crois que c’est la première fois que je vois un homme (relativement jeune en plus) pratiquer ce sport qui semble être réservé aux dames « d’un certain âge »…

La petite route contourne un bosquet… et revoilà les montagnes devant. Déjà les conditions météorologiques ont bien évolué : les nuages ont disparu et les sommets sont visibles, blancs sur fond bleu dans un air limpide. Le ciel bleu reste encore loin, il faudra encore une heure et demie pour que le soleil arrive ici. Je passe au-dessus de la voie ferrée et de l’autoroute avec ses voitures qui filent vers le sud à toute allure, vers le Tessin et l’Italie. Au premier plan, la face nord du Rigi a déjà perdu une bonne partie de la neige qui la recouvre depuis le milieu de la semaine. Un panneau juste avant le pont sur l’autoroute indique 30 minutes jusqu’à Meierskappel, mais c’est une grosse surestimation : le village est visible juste devant et un quart d’heure me suffit pour y arriver. Au-dessus du village, tout le flanc de la montagne est en cours d’excavation : travaux de consolidation pour protéger contre des glissements de terrain ou préparation avant la construction de nouveaux villas cossus, je ne saurais le dire, mais c’est bien laid. Je poursuis mon chemin en montée régulière, passant devant un grand enclos où des cervidés broutent l’herbe.

A la ferme d'Obertal (653 m), le goudron fait enfin place à un sentier herbeux qui monte, plutôt raide, à travers les pâturages. Je regrette presque le revêtement dur : le sentier est extrêmement boueux et glissant, et je n'avance que lentement et laborieusement. Mon manque de forme physique est flagrant, je ne randonne pas suffisamment en ce moment. Mais au bout d'une demi-heure de cette montée fatigante, j'arrive à la chapelle de Michaelskreuz, point culminant de la journée à 796 mètres.
 
Malgré cette altitude toute modeste, Michaelskreuz doit compter parmi les grands points de vue du Chemin panorama alpin. L'effet en y arrivant est similaire à celui de l'arrivée au Kaienspitz lors de la première étape : d'un seul coup, venue de nulle part, voilà toute la chaîne alpine qui s'étale devant mes yeux, ses sommets blancs et scintillants sous le soleil. Autour de la chapelle, sous de gros arbres, quelques bancs en bois sont une invitation à s'asseoir et à admirer cette vue splendide en mangeant. Ce que je fais donc. Devant moi, le Zugersee s'étend vers le sud-est, conduisant mon regard vers toute une série de sommets noirs et blancs de roche et de neige. Au-dessus, le ciel est parfaitement partagé : gris à gauche et au nord, bleu à droite et au sud.

Au moment où je m'installe sur mon banc choisi, les cloches de la chapelle se mettent à sonner, annonçant midi et l'heure du déjeuner. Je déguste une bomme soupe aux carottes et chou-fleur, suivie d'un sandwich jambon-piccalilli (il faut être Anglais pour imaginer le délice…) et un autre au fromage avec quelques feuilles de salade. Le temps de manger, le ciel s'est dégagé complètement et le soleil, absent jusqu'à présent, s'est montré et commence à chauffer sérieusement. Le printemps éphémère annoncé par les météorologues est arrivé. Je reste une demi-heure de plus, fais un croquis de la vue vers l'est et me régale du panorama.

Depuis Michaelskreuz, le Chemin panorama alpin se dirige vers le sud, en suivant plus ou moins la crête du Rooterberg et en traversant les villages d'Udligenswil et d'Adligenswil, avant de descendre au bord du lac des Quatre cantons à Lucerne. C'est un itinéraire que je connais déjà, et je me souviens que la traversée d'Adligenswil m'a semblé interminable, alors j'improvise une variante parallèle, un peu plus bas et plus à l'est. Le choix s'avère bon, car ce parcours est plutôt joli.  Je descends dans la vallée à l'est de la crête, puis poursuis mon chemin vers le sud par une succession de routes et de pistes d'alpage et de sentiers herbeux à travers champs.  Devant moi, alors que je descends vers le village d'Haltikon, le Rigi devient de plus en plus énorme jusqu'à ce qu'il remplisse entièrement la vue, un mur immense de rocher surplombant des pâturages bien verts pour la saison. Avec le soleil qui a chassé les derniers nuages, on se croirait en mai plutôt qu'à la mi-février.
 
Haltikon est dominé par une très grosse scierie. L'odeur de bois fraîchement scié est évidente bien avant que j'arrive au village, et persiste longtemps après que je l'ai quitté. D'innombrables planches de toutes tailles et épaisseurs sont empilées le long de la route alors que dans la forêt derrière les bâtiments de la scierie, des centaines de troncs coupés mais pas encore traités attendent d'être lissés et aplanis à leur tour.

Vient ensuite un long en très joli parcours forestier. Les arbres sont suffisamment espacés pour laisser passer les rayons du soleil, créant de beaux jeux d'ombre et de lumière dans le sous-bois. Parfois, la forêt s'ouvre sur de petits vallons marécageux où de petits ruisseaux coulent paisiblement. Peu après un panneau d'interdiction aux cavaliers, près d'un petit lac rond, je rencontre un groupe qui est en train de griller des saucisses… accompagné d'un cheval. Peu après, je commence la longue descente vers Lucerne, coupant deux ou trois routes dont le bruit est la seule indication que la sixième ou septième ville du pays ne se trouve qu'à deux kilomètres. Dans le ciel bleu, quelques nuages lenticulaires suggèrent que là-haut, tout n'est pas si serein : le vent souffle en altitude et l'intervalle de beau temps ne durera pas bien longtemps.
 
Une dernière descente raide m'amène au quartier de Würzenbach, au bord du ruisseau du même nom. Sur le chemin goudronné qui borde le petit cours d'eau, une dame est en train de jouer avec le chat le plus gros et gras que j'aie jamais vu. Je continue le long de ce chemin tranquille, entre les immeubles, jusqu'à ce que j'arrive au bord du lac près du Lido et du Musée des transports.

Toute la population de Lucerne se trouve au bord du lac en ce dimanche après-midi de printemps précoce. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu autant de monde sur la promenade lacustre. L'eau du lac est d'un bleu profond, encadré par des pelouses vertes et un fond de montagnes enneigées. C'est un vrai privilège de vivre dans un endroit pareil et je me dis que j'ai quand même de la chance. La lumière est magnifique, alors je m'installe sur un rocher au bord de l'eau pour faire un petit croquis de cette belle vue. Encore une petite demi-heure de marche et un petit détour à la Coop pour acheter à manger, et me voilà à la maison. Alors que je traverse le pont devant la gare, le soleil disparaît derrière les collines à l'ouest de la ville : la prochaine étape m'emmènera dans cette direction.

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Hike partners: stephen


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