Salbit Westgrat : souvenirs des temps héroïques...


Published by Bertrand Pro , 31 August 2012, 10h21.

Region: World » Switzerland » Uri
Date of the hike:22 June 1997
Mountaineering grading: TD+
Climbing grading: 6a+ (French Grading System)
Waypoints:
Geo-Tags: CH-UR 
Time: 14:00

Un petit récit d'ancien combattant histoire de se changer les idées à la veille d'un WE pluvieux...cette arête était devenue une véritable obsession pour moi (j'ai bien changé !) après avoir échoué au pied de la 5ème tour 2 ans plus tôt : on était en septembre (donc avec la nuit à 20h), le topo donnait 4h jusqu'au sommet et il restait 4 heures de jour...on avait préféré fuir par une ligne de rappels dites "de secours" dans le topo, avec des risques énormes à la clé sur des ancrages antédiluviens et des sangles pourries dans un terrain des plus craignos. 2 ans plus tard, j'avais enfin fini par recruter une autre victime pour me tirer là dedans (même si je grimpais un peu en tête à l'époque, l'arête W était clairement un cran trop haut) tout au long des 35 longueurs. Le topo de JV Känel indiquait 12 heures d'escalade (sans compter la descente, bien sûr), mais celui du CAS parlait plutôt de 13 à 17 heures, bref seul un WE mi-juin semblait permettre d'échapper au bivouac.

Enric était à l'apogée de sa forme et avait enchaîné toutes les longueurs en tête, rapidement pour la 1ère tour (dont j'ai un souvenir plutôt roulant), de plus en plus lentement par la suite, ces longueurs en fissures granitiques se défendaient becs et ongles mètre après mètre, certains rappels coinçaient un peu, le soleil déclinait sournoisement tour après tour et le spectre d'une nouvelle retraite anxiogène se dessinait lentement...mais non, pour finir à 19h45 nous étions au pied du bloc sommital (facultatif - on peut entamer directement la descente depuis sa base). 2 heures de jour restantes et un Enric (légitimement) atomisé : toutes mes tentatives de soudoiement n'y changèrent rien, "abajo, ahora" furent ses seules réponses. Les 15 derniers mètres restent donc à gravir, je n'y suis jamais retourné depuis !

Retour à la cabane à la tombée de la nuit, un goûter dinatoire pour se retaper, descente dans la vallée à la frontale en marchant comme des zombies...mais les aventures n'allaient pas s'arrêter là et le Salbit nous laisser filer à si bon compte : arrivés à la voiture en rêvant déjà d'un bon lit, je réalise que j'avais laissé les phares allumés, la batterie est donc HS, nuit noire, pas de voisin pour ponter, pas de lumière dans les chalets alentour, pas de portable (à l'époque) pour appeler un dépannage...notre seule chance est d'être garés en descente. Il va donc falloir partir en roue libre puis enclencher une vitesse pour démarrer. Mais dans la nuit noire et sans phares (eh oui...), c'est assez acrobatique. Enric finira par s'asseoir sur le capot, armé de nos 2 frontales, en me dirigeant à la voix tant bien que mal "izquierda...derecha...DERECHA, joder !" et la Golf démarrera juste avant qu'on ne soit dans le fossé. Inutile de dire que j'ai beaucoup dormi au bureau la semaine suivante.

Météo : Grand beau doux du matin au soir (il valait mieux !)

Conditions (de l'époque...) : Accès au bivouac très scabreux, le couloir issu du Pt 2581m juste avant le bivouac (celui enjambé depuis peu par le pont suspendu était alors vaguement équipé de chaînes régulièrement emportées par les chutes de pierre et on y avait passé un sale quart d'heure (les 3 autres cordées dormant au bivouac étaient montées depuis le bas, à peine mieux...). Sinon voie moins équipée qu'aujourd'hui (je crois qu'elle reste quand même bien typée montagne...) mais les relais + spits dans les passages improtégeables étaient déjà en place et de qualité. Le topo de l'époque (c'était encore Schweiz Extrem et pas Schweiz Plaisir !) donnait encore 35 longueurs et 10 rappels, et on les avait bien toutes faites (enfin les 35 premières, pour être précis, coincés par le temps on avait shunté le bloc sommital...j'ai donc une revanche à prendre sur le Salbit...mais sûrement plus par l'arête W !!!)

Participants : Enric S., grand compagnon d'aventure de l'époque, qui vit aujourd'hui sagement en famille à Ainsa au pied du Mont Perdu mais continue à se promener en montagne, simplement - tout comme moi  - dans un esprit plus contemplatif...

Horaire : Attaque 5h45, sommet 19h45, refuge 21h30, vallée 23h, home bernois 1h30.


Hike partners: Bertrand


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