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Sur le Chemin panorama alpin : Dernière étape, de Nyon à Genève


Published by stephen Pro , 27 April 2017, 20h29.

Region: World » Switzerland » Genf
Date of the hike:23 April 2017
Hiking grading: T1 - Valley hike
Waypoints:
Geo-Tags: CH-VD   CH-GE   F 
Time: 7:30
Height gain: 480 m 1574 ft.
Height loss: 460 m 1509 ft.
Route:Nyon – Céligny – Bogis – Sauverny – Genthod - Genève
Access to start point:cff logo Nyon
Access to end point:cff logo Genève

English version here

Je me suis laissé beaucoup à faire pour cette dernière journée sur le Chemin panorama alpin. Peut-être même un peu trop pour que ce soit vraiment raisonnable : un calcul vite fait de l’itinéraire sur map.geo.admin.ch m’indique que l’étape prendra sept heures et demie et que je couvrirai quelque 35 kilomètres, auxquels il faut ajouter presque six heures de train au début et à la fin d’étape. Avec le choix entre un départ très matinal et un retour très tardif à la maison, je choisis l’option matinale : je me lève à cinq heures et prends le train à six heures. Je change à Lausanne, où la gare grouille de sportifs se préparant à courir le marathon qui se tiendra dans les rues de la ville un peu plus tard dans la journée. A 8h 45, je suis déjà sur le quai de la gare de Nyon, prêt à démarrer. La matinée est bien ensoleillée : il fait encore frais mais pas froid, il devrait faire bon plus tard.

Cette étape se révélera bien plus satisfaisante que la précédente, peut-être parce qu’elle est nettement plus variée, peut-être aussi parce que je suis de meilleure humeur dès le départ. Je m’échappe rapidement de la zone urbanisée autour de Nyon et, au bout d’un quart d’heure à peine, me trouve à la périphérie de la ville, suivant une petite route qui franchit un ruisseau et se transforme en sentier forestier. Tout de suite je perds le balisage de vue, prends un faux chemin et dois revenir sur mes pas… ce n’est pas ainsi que je vais arriver à Genève avant la tombée de la nuit ! Pendant une heure, mon itinéraire me conduit le long de sentiers et de routes de campagne tranquilles, soit en forêt, soit à sa lisière. Après les revêtements durs sans interruption de l’étape précédente, cette alternance de surfaces est un mieux indiscutable. Il n’y a pas la moindre trace de panorama alpin : le Léman et les Alpes françaises sur l’autre rive sont cachés par la forêt et par une brume épaisse et je ne les verrai que vers la fin de l’étape.  Par contre, l’itinéraire offre de belles vues vers le Jura au nord et à l’ouest, une longue série de crêtes rocheuses gris clair au-dessus de forêts de conifères d’un vert sombre. Le premier plan est un mélange coloré de vert vif printanier et du jaune éclatant de nombreux champs de colza. Seule la présence de joggeurs trahit la proximité de Nyon : apparemment, tous les coureurs du canton de Vaud ne se sont pas inscrits pour le marathon de Lausanne.

Après ce début forestier, la demi-heure qui suit est moins passionnante. L’itinéraire emprunte une rue résidentielle qui longe la voie ferrée, qu’un mur anti-bruit cache de vue. Ce mur doit aussi occulter toute vue sur le lac qu’on aurait pu avoir depuis les villas bordant la route… pourtant, celles-ci ont l’air plutôt luxueuses et doivent coûter une fortune à leurs propriétaires ou locataires. Quelque part par ici, je passe la limite cantonale entre Vaud et Genève, dernier des onze cantons traversés par le Chemin panorama alpin. 

Au bout d’une heure et quart de marche, j’arrive au joli village de Crans-près-Céligny, avec son château élégant, son ruisseau et de nombreuses  belles maisons anciennes qui bordent ses rues étroites. Il y a du lilas mauve dans les jardins, l’ensemble est vraiment beau. Je continue pendant un quart d’heure, toujours sur la route, jusqu’à Céligny, plus petit que Crans mais très joli également. A l’entrée de Céligny, un panneau routier indique  “Genève 20 km”… encore du chemin à faire donc, d’autant plus que l’itinéraire pédestre suit un chemin beaucoup moins direct que la route ! Je me force à marcher lentement, sachant que les tendons autour de mes chevilles et de mes tibias ont tendance à mal réagir aux longues heures de marche sur le plat : J’ai toute la journée pour arriver à Genève, cela ne sert à rien de me presser.

Je me perds de nouveau à la sortie de Céligny, mais cette fois-ci c’est parce que je regardais la carte de façon trop diligente, au lieu de faire attention au balisage : le sentier qui longe l’ancien cimetière avant de franchir le ruisseau du Canal le Brassu existe sur la carte mais a été supprimé sur le terrain et finit en cul-de-sac.  Je demande mon chemin à une jeune femme qui arrive en tenue de jogging et qui m’indique un nouveau sentier, quelque 200 mètres en arrière. Elle me regarde comme si j’étais un extraterrestre quand je lui dis que je vais à Genève à pied…

Mon chemin se dirige maintenant vers le nord, avec le massif du Jura en ligne de mire. Comme avant, c’est une suite de sentiers, de pistes et de petites routes ; de bosquets sombres et de champs verts et jaunes. Je continue de croiser de nombreux joggeurs ; des cyclistes et quelques cavaliers aussi. Mais maintenant un bruit bien connu mais pas vraiment bienvenu fait irruption : voici une fois de plus l’autoroute Lausanne-Genève, dont le vacarme constant a contribué à gâcher l’étape précédente mais qui a été absente jusqu’à présent aujourd’hui. Elle disparaît rapidement derrière moi, je le verrai (et surtout l’entendrai) encore une dernière fois peu avant d’arriver à Genève.

Le prochain village, Bogis est moins joli que Crans ou Céligny : il s’agit d’un ensemble de rues résidentielles sans identité claire ni de véritable centre. Le paysage change à Bogis aussi : le bocage que je traverse depuis le début de l’étape cède sa place à une vaste plaine vide. Etant donné la proximité de Genève, le caractère désert de cette plaine surprend : il n’y a que des champs et encore des champs, quasiment sans habitation.  Juste devant moi, une rangée d’arbres serpentant dans ce paysage vide marque le cours de la Versoix, que je suivrai maintenant pendant deux ou trois heures jusqu’aux portes de Genève. Le ruisseau lui-même reste invisible derrière son rideau de verdure : sur l’autre rive, c’est la France et l’hippodrome de Divonne-les-Bains.

De nouveau en direction de l’ouest, j’emprunte une petite route bétonnée (la seule de cette étape, heureusement) qui longe les pylônes d’une ligne haute tension. Non sans difficulté en raison de la circulation dense, je traverse une grande route juste devant la douane de Chavannes-de-Bogis, au-delà de laquelle le béton fait place à une piste gravillonnée. Ce tronçon n’est guère intéressant, il faut le dire. La piste est droite et plate, bordée à droite par la Versoix invisible et à gauche par un vaste champ labouré et une forêt monotone. Le tout s’étend vers un horizon lointain plat comme une planche, il serait difficile d’imaginer un paysage moins digne du nom de Chemin panorama alpin ! Heureusement, le Jura est encore là : la Dôle et les derniers sommes suisses qui se dressaient derrière Nyon ont  disparu derrière et ceux que je vois maintenant, encore saupoudrés de neige, sont français. 
 
Au bout de 45 minutes de ces paysages plutôt monotones, j’arrive à un pont qui franchit la Versoix. Sur l’autre rive, éloigné de dix mètres à peine, se trouve le village français de Sauverny où, à ce moment précis, les habitants doivent être en train de voter au premier tour de l’élection présidentielle. La proximité immédiate de la frontière me fait réfléchir : j’ai quand même couvert pas mal de terrain en deux années de randonnées à la journée. Au milieu du pont, l’un des poteaux de la balustrade a été peint en rouge et jaune pour marquer l’endroit exact de la frontière. Je m’avance sur le pont, pose mon pied droit dans l’Union européenne, puis regagne la Suisse.

La prochaine partie de l’étape est peut-être la plus jolie. Pendant une heure et demie, le sentier suit de près le bord de la Versoix le long d’une belle vallée boisée. L’itinéraire doit être connu, car je commence à voir d’autres randonneurs, les premiers depuis Nyon. Il est midi et demie, je marche depuis presque quatre heures et, après un petit déjeuner très matinal, il serait temps de faire une pause pique-nique.  Les endroits propices ne manquent pas : tout le long de la vallée il y a de petites plages de galets et de graviers blancs au bord de la rivière. Je n’avais vraiment pas envie de me lancer dans la fabrication de sandwiches ni dans le réchauffement de soupe à 5 heures du matin, alors  le repas du jour est assez minimaliste : salade russe achetée au supermarché et viande séchée restant des randonnées du week-end passé. Je reste au bord de l’eau pendant une demi-heure et m’autorise même une mini-sieste, allongé sur les graviers à regarder le vert des feuilles au-dessus de ma tête et à écouter l’eau et les oiseaux. J’ai fait une bonne moitié de l’étape, je me sens en pleine forme et je suis dans les temps pour avoir le train de 17 heures 12 à Genève.

Je continue en aval le long de la Versoix, dans la vallée désormais plus encaissée. Sans être sauvage la rivière s’anime, franchissant quelques petites cascades sous un tunnel de verdure. La tranquillité de l’endroit est remarquable : qui aurait cru que la troisième ville de Suisse se trouve juste à côté ? Seul le bruit des avions qui décollent de l’aéroport tout proche perturbe ce havre de paix, et même ce bruit n’est à peine audible par-dessus le bruissement de l’eau coulant sur les galets du fond de la rivière.   

La vallée s’élargit au hameau de La Bâtie, où quelques maisons s’éparpillent de part et d’autre de la rivière. Je me dis que la partie campagnarde de l’étape va se terminer avec l’irruption soudaine de la banlieue de Genève et suis agréablement surpris de constater que cela reste très rural pendant un bon bout de temps encore. Le sentier quitte le cours de la Versoix et longe un petit canal jusqu’au moulin de Richelien, juste à la sortie de la ville qui porte le nom de la rivière (à moins que ce soit le contraire). Revoilà ma vieille amie un peu trop bruyante l’autoroute, sous laquelle je passe une dernière fois, puis la campagne reprend ses droits. Je descends dans une vallée boisée… et puis, au-delà d’une clairière, voilà soudainement le Mont Blanc qui surgit au-dessus des arbres comme une grosse meringue.

Je continue par un sentier forestier où des familles font leur promenade dominicale ; traverse des champs depuis lesquels le Jura apparaît pour la dernière fois, puis prends un sentier gravillonnée sous une avenue de grands arbres en pleine croissance printanière qui m’amène enfin vers des zones plus urbanisées à l’entrée de Genthod.

A Genthod, le Chemin panorama alpin bascule définitivement de la campagne à la ville ; les 90 minutes qui restent sont entièrement urbaines. Cela n’a cependant rien de désagréable : Genthod est une banlieue manifestement très riche qui ressemble encore à un village. Les vieilles maisons sont grandes et impeccablement rénovées. Des ruelles calmes me mènent à travers le village vers le sud, puis au-dessus d’un petit vignoble avant de descendre vers la voie ferrée, que je longe jusqu’à Chambésy. La distance commence à se faire sentir au niveau de mes tibias et je ralentis : ce serait vraiment trop bête de devoir abandonner si près du but. Je remonte par une route assez passagère qui me fait traverser Chambésy et Pregny : même ici, j‘ai plus l’impression de me trouver dans des bourgs provinciaux que dans la banlieue d’une grande ville. Je descends le long du jardin botanique et voilà enfin que je me trouve vraiment en ville : l’itinéraire a réussi à l’éviter presque jusqu’au bout. J’arrive sur la route du bord du lac avec ses immeubles d’appartements, ses restaurants et ses hôtels au niveau du siège de l’Organisation mondiale du commerce : cela ne fait plus aucun doute, je suis à Genève.

J'atteins le bord du Léman à 16 heures 30, au niveau du parc de la Perle du Lac. Des centaines de personnes sont assises ou allongées au soleil sur l’herbe. Les plates-bandes sont remplies de fleurs blanches qui ont revêtu leurs plus beaux habits de printemps alors que de l’autre côté du lac, le Salève et le Mont Blanc se font la concurrence pour attirer l'attention des adeptes de la photographie au smartphone.
Arrivé au bord du lac, il ne me reste plus qu’à faire un selfie devant le Jet d’eau, des fois qu’on me demanderait de prouver que je suis vraiment allé jusqu’au bout. Je suis donc un peu irrité de découvrir que la fontaine emblématique de la ville est à l’arrêt : ces Genevois auraient pu m’accueillir un peu mieux que cela, il me semble…   Vers l’est, le lac s’étend à l’infini, exactement comme il a fait vers l'ouest depuis Lausanne a il y a quelques week-ends.

Je longe la promenade du bord du lac vers le centre-ville, me frayant un chemin entre groupes de jeunes, couples de petits vieux et familles nombreuses, en train de profiter tous du beau soleil. Je détonne un peu avec ma tenue de randonneur, d’autant plus que j’ai mis mes « vraies » chaussures de montagne, qui ont moins tendance à provoquer des ampoules que mes chaussures plus légères qui auraient sinon été plus adaptées à l'étape. Je passe devant les bains des Pâquis, continue encore un peu… puis enfin, après exactement sept heures et demie de marche, me trouve à l’endroit où le panneau jaune de l’itinéraire national No. 3 n’indique plus qu’une seule direction : celle d’où je viens. Je suis arrivé à la fin du Chemin panorama alpin.

***

En tant qu’itinéraire de grande randonnée, il me semble que le Chemin panorama alpin manque peut-être de cohérence : manque sans doute exagéré par le fait que je l’ai découpé en autant de randonnées à la journée sur une période de temps plutôt longue. Le concept de base est bon : un itinéraire qui traverse la Suisse en passant par les régions préalpines et qui offre des vues vers la chaîne principale des Alpes. Par endroits cependant, l’itinéraire a tendance à favoriser le chemin le plus facile et le plus court de A à B, alors que des variantes plus longues et ardues offriraient davantage de panoramas alpins. A mon avis, le chemin devrait se terminer à Lausanne : au-delà, le fil rouge préalpin n’est plus valable, les panoramas alpins sont plus lointains et plus monotones, et les paysages lacustres et viticoles n’offrent rien que le randonneur n’a pas déjà vu entre Vevey et Lausanne. Une fin en apothéose sur les quais d’Ouchy après la descente à travers le Lavaux serait tout à fait satisfaisante et éviterait les dernières étapes en demi-teinte.

Mais bien entendu, cette traversée a aussi été pleine de moments forts et de beaux souvenirs. Tout au début, l’itinéraire national No. 3 m’a fait découvrir des régions que je ne connaissais pas du tout ; ces collines appenzelloises avec le Säntis qui s’approchait de plus en plus, perdant peu à peu sa neige au fil des week-ends du printemps 2015. Je ne suis pas prêt d’oublier la merveilleuse traversée du Napf sur deux jours : ouvrir les volets pour découvrir le trio Eiger-Mönch-Jungfrau devant mes yeux me restera très longtemps dans la tête. Les douces collines autour de Münsingen et de Rüeggisberg m’ont bien plu également : là aussi, c’est une région que je méconnaissais et dans laquelle je n’aurais probablement jamais fait de randonnée  dans d’autres circonstances. Ma motivation a baissé vers la fin, alors que j’arrivais dans des contrées plus familières ; et j’ai l’impression d’avoir mis une éternité à finir les cinq ou six dernières étapes. Evidemment, j’aurais terminé plus vite si la météo avait été un eu moins pourrie en mai 2016, alors que j’avais posé deux semaines de congé précisément pour cette raison. 

J’ai terminé donc. J’ai traversé la Suisse à pied d’est en ouest, de la frontière autrichienne à celle avec la France. J’ai couvert 510 kilomètres selon le topo-guide Rossolis, probablement un peu plus grâce aux variantes que j’ai prises par moments. Les 29 étapes m’ont pris deux ans, quasiment jour pour jour.

Et maintenant… du nord au sud peut-être ?

Etape précédente
 

Hike partners: stephen


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