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Quand la petite Emme devient Waldemme


Published by stephen , 6 April 2016, 23h43.

Region: World » Switzerland » Luzern
Date of the hike: 3 April 2016
Hiking grading: T1 - Valley hike
Waypoints:
Geo-Tags: Entlebucherflühe - Fürstein   CH-LU 
Height gain: 760 m 2493 ft.
Height loss: 320 m 1050 ft.
Route:Schüpfheim – Flühli – Sörenberg
Access to start point:cff logo Schüpfheim
Access to end point:cff logo Sörenberg, Post

English version here

Une semaine après ma randonnée le long de la Kleine Emme sous le soleil du samedi de Pâques, je suis de retour à Schüpfheim pour continuer en amont. Il fait doux, mais le ciel n'est que partiellement dégagé et il y a une brume épaisse – la faute à la poussière de sable transportée depuis le Sahara par le fort vent du sud qui souffle depuis quelques jours, selon Météosuisse.

Il me suffit de quelques minutes depuis la gare pour retrouver la Kleine Emme, avec ses nichoirs pour oiseaux et ses places de pique-nique. Des pâquerettes fleurissent le long du sentier et le forsythia a lui aussi revêtu ses couleurs de printemps. Le sentier longe une aire de jeux où des enfants volent d'arbre en arbre à l'aide d'une tyrolienne, tandis que deux femmes - peut-être leurs mamans – s'adonnent énergiquement à la mode du fitness sur une espèce d'engin de torture équipé d'étriers pour travailler les muscles des jambes. Je passe derrière des immeubles résidentiels tout neufs et encore inoccupés, puis à côté de l'une des nombreuses scieries de la région, jusqu'à ce que la rivière m'emmène à la périphérie de la ville.

En face du Gasthaus Bad (voilà un nom à décourager les touristes anglophones…), je me trouve à la confluence de deux rivières. Venant depuis l'ouest, la Wiss Emme se jette dans la Kleine Emme. En amont de ce point, le cours d'eau principal, qui descend depuis le Brienzergrat au sud, porte le nom de Waldemme. Je passe sur la rive gauche par un pont couvert, à l'entrée duquel se trouvent deux plaques commémorant des accidents mortels : l'un en 1909 et l'autre en 1958. Je me demande quelle aurait pu être la cause de ces deux événements tragiques sur un pont tout à fait normal… puis je gagne la rive opposée, sain et sauf.  

Le sentier se rétrécit à présent et grimpe au-dessus de la rivière, traversant des pentes raides qui surplombent l'eau. La section la plus étroite est sécurisée par un câble fixe : même si le chemin reste relativement large et sans difficulté, une chute par conditions glissantes ne ferait certainement pas de bien. Sur l'autre rive, un homme attend que la truite vienne mordre, debout dans l'eau avec sa canne. La rivière semble plus sauvage qu'elle ne l'était en aval de Schüpfheim : ici, elle n'a pas été canalisée ni rectifiée. A Anetämme, je repasse rive droite et quitte provisoirement le bord de l'eau. Le sentier oblique vers l'est, traverse la route cantonale, puis rejoint une petite route qui repart vers le sud au-dessus de l'entrée des gorges de la Lammschlucht. En contrebas, la route qui monte vers Sörenberg enjambe le torrent au moyen d'un élégant pont de pierre. Les trois notes du klaxon d'un car postal remontent depuis la gorge, résonnant contre les parois rocheuses.

En haut de cette petite montée j'arrive au hameau de Chlusstalde : une seule maison et une chapelle blanche de taille disproportionnée. Un panneau fixé au portail de la chapelle m'invite à visiter une "grotte de Lourdes". Je vais voir, m'attendant à une caverne naturelle impressionnante dans la falaise, mais la grotte en question n'est qu'une petite niche dans le mur de la chapelle, occupée par une statue de la Vierge.

Deux ou trois cents mètres plus loin, après avoir franchi un torrent latéral sur un pont, le sentier quitte la route, descendant à nouveau en direction de la Waldemme par un escalier métallique raide. Je poursuis mon chemin vers le sud, entre le Lammschlucht à droite et des alpages parsemés de chalets à gauche. Comme c'est la coutume dans la région, chaque ferme porte son nom en grosses lettres blanches, sur la façade de la maison ou de la grange. Malheureusement, le sentier reste loin au-dessus de la rivière, n'offrant que qu'une vue partiellement masquée par les arbres vers l'eau bouillonnant au fond de la gorge. A un seul endroit, là où la gorge se rétrécit, le sentier descend presque jusqu'au niveau de l'eau, afin de franchir le torrent par une passerelle métallique.

A l'extrémité sud de la gorge, la vallée devient nettement plus large et moins sauvage. Devant, la rivière coule en ligne droite, incitant mon regard à voyager par-dessus une série de petites cascades et de forêts de conifères vers les montagnes qui ferment l'horizon. Je fais une pause déjeuner rapide ici, profitant d'un banc judicieusement placé pour m'asseoir et manger un sandwich et une pomme… un repas un peu minimaliste, il faut l'avouer. Loin devant, voilà la longue arête effilée du Brienzergrat, masse intimidante de roche grise et la neige blanche qui fait la frontière entre la Suisse centrale et l'Oberland bernois... un autre monde. Le ciel s'est bien assombri et le soleil s'est caché pendant que je mangeais, bien que la température reste assez douce pour que je puisse marcher en T-shirt... pas mal pour le premier week-end d'avril.

J'arrive au village de Flühli, avec son hôtel Kurhaus à l'élégance un peu désuète mais qui donne evie d'y passer un week-end pour découvrir les environs. A l'entrée du bourg, un artiste a installé ses oeuvres de part et d'autre du chemin. Il s'agit de sculptures constituées de cailloux empilés les uns sur les autres, qui ont l'air de grands cairns élancés. Si Giacometti avait construit des cairns, il les aurait faits ainsi. J'imagine que ces objets doivent rendre très bien dans un jardin, sortant leur tête au milieu d'une plate-bande un peu sauvage… mais que dire des prix affichés, qui dépassent allègrement les 2,500 francs, voire plus ?  

En amont de Flühli, j'ai l'impression d'avoir passé la frontière entre deux saisons. La température commence à baisser, il y a peu ou pas de signes du printemps. Les arbres sont encore nus comme en hiver et l'herbe des pentes de la vallée est gris-vert pâle : la neige devait encore recouvrir ces versants il y a quelques jours. Je commence à voir quelques taches de neige au bord du chemin. Je passe au-dessus du Rotbach, un affluent assez important : à partir d'ici, la Waldemme semble être un peu plus étroit et charrie moins d'eau. A la lisière d'une petite forêt, un panneau d'informations explique que les ancêtres préhistoriques de nos libellules vivaient ici et qu'ils pouvaient atteindre presque un mètre d'envergure. Quelques reproductions grandeur nature de ces insectes préhistoriques géants ont été placées dans les arbres à côté et au-dessus du sentier, juste ce qu'il faut pour faire sortir en sursaut le promeneur solitaire de son rêve.

Les vingt prochaines minutes sont moins intéressantes, car le sentier suit la route cantonale de près. Je passe devant un vendeur de voitures d'occasion : il y a quelques jolis exemplaires de "caisses pourries" avec mention "Qualité garantie" puis, au milieu, incongrue, une magnifique Coccinelle VW de 1960. Au pont de Hirseggbrücke, je quitte à nouveau la route et regagne la rive gauche. La vallée redevient plus encaissée et, comme en aval à la Lammschlucht, le sentier remonte au-dessus du torrent. C'est la plus grosse montée de la journée ; montée en lacets qui me fait prendre quelque 200 mètres d'altitude en peu de temps. Devant, le Brienzergrat s'est considérablement rapproché et le ciel s'est encore assombri : il ne pleut pas encore, mais je me dis que cela ne saurait tarder.

En m'approchant de la ferme de Birkenhof, point culminant de la randonnée à une altitude de 1100 mètres, j'entends aboyer un chien, et plutôt un gros. Le sentier passe au beau milieu de la cour de ferme et je guette l'arrivée de l'animal : sera-t-il gentil ou méchant, attaché ou en liberté ? Je le vois enfin et suis soulagé : c'est un bouvier bernois qui remue la queue à toute vitesse, impressionnant mais pas méchant pour un sou. Il court vers moi, me lèche la main, fourre son nez contre ma jambe, à la recherche de caresses. Il y a eu pire comme rencontre canine pendant mes randonnées.

Après cette montée jusqu'à 1100 mètres je sais qu'il va falloir redescendre, car je me trouve maintenant plus haut que Sörenberg, ma destination.  En effet, le sentier replonge aussitôt vers  le bord de la rivière. La dernière demi-heure de la randonnée offre quelques-uns des plus beaux paysages de la journée : le sentier longe le torrent qui descend, turbulent et bruyant, par des cascades devant un arrière-plan de forêts sombres et de pentes enneigées.

Tout à la fin de la randonnée, juste avant d'atteindre Sörenberg, je suis confronté à l'une des choses les  plus bizarres que j'aie jamais vues en Suisse. Dans une clairière dont le sol est entièrement couverte de neige se trouve une quinzaine d'adolescents, tous asiatiques à l'exception de deux ou trois Africains.  Ils sont tous habillés en Romains, torse nu sous des toges blanches, le visage maquillé. Au bord de la clairière, une jeune femme est en train de filmer cette scène étrange. Par curiosité, je lui demande ce qu'ils font. Elle m'explique qu'ils sont tous étudiants "à l'école là-bas" (elle indique vaguement la direction de Sörenberg) et qu'ils tournent une vidéo promotionnelle pour un événement du calendrier estudiantin. Cela me fait penser à ma fille, très impliquée dans ce type d'activité (quoique sans toge et surtout sans neige) en tant qu'étudiante il y a 5 ou 6 ans. J'ai envie de demander l'autorisation de prendre la scène en photo, tellement c'est étrange, mais je n'ose pas.

J'arrive à la petite station de ski de Sörenberg vers trois heures et demie ; j'ai 25 minutes à attendre avant le prochain bus. La station est en train de plier boutique pour la fin de la saison ; certains des bars et magasins sont déjà fermés. La télécabine fonctionne encore, mais seuls quelques rares skieurs descendent les pistes presque dépourvues de neige. Je m'assois à la terrasse devant l'Hôtel Sörenberg, commande une bière et reste là à contempler les montagnes jusqu'à l'heure de départ du bus pour Schüpfheim, où je prends le train pour Lucerne. En trois étapes, j'ai couvert presque toute la longueur de la Kleine Emme, de son embouchure à Emmenbrücke jusqu'au pied des montagnes où il prend sa source.

Hike partners: stephen


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