Escalades choisies dans le massif des Ecrins


Published by Bertrand Pro , 23 August 2017, 14h52.

Region: World » France » Alpes de Haute Provence » Ecrins
Date of the hike:15 August 2017
Mountaineering grading: D+
Climbing grading: 5c (French Grading System)
Waypoints:
Geo-Tags: F 
Time: 4 days
Height gain: 4000 m 13120 ft.
Height loss: 4000 m 13120 ft.

Le Massif des Ecrins, au coeur du Haut Dauphiné, est étonnament peu connu en Suisse, et quand c'est le cas il s'agit seulement de la Barre des Ecrins, le 4000 le plus méridional des Alpes. On y trouve pourtant tout ce qui fait battre le coeur des amoureux de la montagne sous toutes ses formes : des vallons et sommets extrêmement sauvages même au coeur de l'été, des parois de 1000m de haut à près de 4000m d'altitude, de petits refuges où on a encore le sens de l'accueil, un climat exceptionnellement ensoleillé...et aussi de nombreuses voies rocheuses d'altitude sur un gneiss solide et prisu n'ayant rien à envier à ses collègues de Chamonix ou de la Furka !

Le projet initial était de passer nos 4 jours annuels avec Raoul en Suisse Centrale mais avec 30cm de neige fraiche tombés sur la Furka et une météo incertaine, il a fallu se rendre à l'évidence : seule une fuite au sud allait une nouvelle fois permettre de sauver les meubles. Il faudrait même parler de grand sud, car même le sud du Valais et le Tessin avaient reçu leur ration de poudre > 2600m. RV donc le samedi matin à Orsières à 6h, donc départ à 4h15 de la maison (ouille) pour avoir le temps de caser une voie à la Croix de Toulouse, juste au dessus de Briançon,  avant de monter dormir au refuge du Glacier Blanc.


Samedi 12/08 : Voie du Pilier Gris, Croix de Toulouse (6 lg, 5c)

A force de me vanter de ne jamais être malade, il fallait bien que ça me tombe dessus, de préférence la veille d'un WE de 4 jours : dès le vendredi midi, je commence à grelotter et à claquer des dents par 25°, je suis tellement KO le soir que c'est Agnès qui devra me faire mon sac à dos sur mes instructions à peine murmurées entre migraine et tronc sur le ventre. Le réveil à 4h est aussi affreux que prévu, je passe la journée comme un zombie pendant qu'Agnès et Raoul se relaient au volant avant d'aller gravir à 2 le Pilier Gris. Le virus a le bon coup de déguerpir en fin d'après-midi, juste à temps pour me permettre de me trainer jusqu'au refuge du Glacier Blanc. La nuit achève heureusement de me remettre sur pieds !

Voie pratique juste au dessus de Briançon pour occuper 1/2 journée entre la Suisse et les Ecrins avant de monter au refuge du Glacier Blanc l'après-midi. Agnès a trouvé la voie sympathique sans être majeure, pas trop soutenue mais avec quelques pas teigneux ou la corde surtendue de Raoul a encore fait des miracles…

Topo détaillé ici : se garer sur la parking de la Via Ferrata
, juste au dessus de Briançon, de là 20mn d'approche. 6 longueurs bien équipées et peu soutenues, descente cairnée en terrain à chamois en 30-40mn

Météo : grand beau limpide toute la journée, évidemment...

Conditions du jour : Sec. Patine sensible dans l'ensemble mais pas trop génante. Personne d'autre mais du monde dans la VF voisine.

Horaire : 9h30 - 12h15 roundtrip (compter plutôt 4h sans guide...)


Dimanche 13/08 : traversée intégrale de la Pointe des Cinéastes (3205m) par ses 9 tours (AD+, 5c max facultatif, 4c obl)

C'est l'une des classiques au dessus du Refuge du Glacier Blanc, mais ne pas s'inquiéter de la foule pour autant, on n'est pas à Chamonix...1h15 d'approche mènent à une encoche au pied de la 1ère dent, ensuite c'est simple : suivre l'arête pour traverser les 9 pointes avec une paire de petits rappels (env 4h) La difficulté reste contenue (4c max obl) et on peut arrêter la traversée au niveau de la tour VI. La descente en terrain à chamois rappelle qu''on est bien dan sles Ecrins mais il y a bien pire dans la région ! Topo détaillé ici

On a tous les 3 beaucoup aimé la voie, le rocher est presque partout solide et prisu, le cadre grandiose (le sommet n'a pas volé son nom !), on n'a juste pas compris pourquoi tout le monde s'arrêtait au 2/3 de la traversée à la tour VI alors que les 3 dernières tours sont tout aussi belles, ne prennent qu'une grosse heure de plus sans compliquer outre mesure la descente.

Nous sommes remontés le soir même au Refuge des Bans pour faire le Diable par la queue le lendemain à la 1ère Dent de Coste-Counier, au final une journée bien remplie !

: beau, avec des voiles d'altitude de temps à autre le matin, rares cumulus l'après-midi. Très doux, vent nul.
 
du jour : 100% sec. Les 3 dernières pointes sont équipées de quelques spits, la dernière pointe (IX) présente même une longueur en 5c magnifique et bien équipée sur l'angle droit (non obligatoire : possibilité d'emprunter un couloir cheminée en III+ au milieu). Vu juste une autre cordée derrière nous.

Refuge du Glacier Blanc : 100 personnes pour 130 places en ce samedi soir, selon le planning de réservation en ligne le refuge n'était jamais plein ces jours-ci. Accueil convenable mais impersonnel, repas excellents et en quantité. Dortoirs à l'ancienne : on a dormi dans celui du haut, 56 places dans la même pièce (!), par les temps qui courent ça doit constituer une sorte de record dans les Alpes…Petit déjeuner à 5h ou 7h.

Horaire : samedi, montée en 2h tranquille depuis le parking, dimanche départ 5h50 (au petit jour), attaque 7h20 / 7h30, sommet pointe VI 9h15, sommet pointe IX 10h20 / 10h45, refuge 12h/13h, parking 14h30.


Dimanche 14/08 : 1ère Dent de Coste-Counier, voie du Diable par la queue (D+, 15 longueurs, 5c)

Damien, le gardien du refuge du Pelvoux, nous avait fait la pub du coin 2 ans plutôt de retour de Sialouze : selon lui, le meilleur rocher des Ecrins versant Durance se trouvait d'abord chez lui (bien sûr !) et juste après à Coste Cournier. Tant qu'à faire nous nous sommes donc installés pour 2 jours, attirés autant par la réputation du caillou que par celle du refuge. Autant dire qu'on a pas été déçu ni par l'un ni par l'autre !

J'avais un moment imaginé pouvoir enchainer le Diable par la queue et l'arête sud dans la journée, mais force est de constater qu'au bout des 15 longueurs personne n'en aurait eu vraiment envie, on n'était donc pas fâchés de rentrer tôt pour une après-midi de sieste-crèpes-guitare, d'autant que la journée de la veille aux Cinéastes avait quand même été bien remplie.

Comme beaucoup sans doute nous avions l'ambition de parcourir la voie par son attaque originale, comme beaucoup sans doute, arrivés au pied de cette paroi redressée dans l'ombre frisquette du petit matin nous avons mis le clignotant à droite pour attaquer par la variante Stumpert. Qui est d'ailleurs très belle et loin d'être si facile à froid ! Les 4 longueurs herbeuses du milieu ne sont certes pas inoubliables, mais les 2 longueurs en 5b et 5c de la tour décollée sont magnifiques sur un rocher dibonesque. L'escalade de la tour finale exige un minimum d'attention par moments mais rien de méchant, d'autant plus que c'est facile.

Itinéraire détaillé ici

: grand beau le matin, cumulus dès la mi journée, devenant un peu menaçants vers 15h mais restant sec. Frais au petit jour, agréable ensuite, pas de vent.

du jour : tout est sec y compris le pierrier de retour. En attaquant à 6h30, on prend le soleil sur le socle herbeux vers 8h30. Pas de souci pour trouver les rappels en lisant le topo. A la descente à pied qui suit, bien penser à rester à plat pour traverser les trois torrents avant de descendre vers le refuge ! Nous étions seuls en lundi veille du 15 août, mais une autre cordée est montée l'après-midi jusqu'au pied de la tour sommitale.

Refuge : accueil adorable de l'équipe du petit refuge des Bans : 22 places en un seul dortoir, mais les gardiens ont mis des petits rideaux pour donner une impression d'intimité à chaque groupe. Ecolo-autarcie poussée au maximum : mini four solaire, système de chauffage d'eau thermique par un long tuyau noir, poulailler (!) et potager (!!) bios…Il y a aussi une guitare…Enormément de randonneurs à la journée en ce WE du 15/8, mais cela reste plutôt intime et le soir avec pas mal de familles emmenant leurs enfants dormir en refuge pour la 1ère fois. Le gardien et son père connaissent parfaitement leurs montagnes et sont de bons conseil….les crèpes sont excellentes…le génépi est offert après le diner…pourquoi c'est pas partout comme ça ?

Accès : la petite route de Vallouise à Entre les Aigues est étonnamment fréquentée en haute-saison avec croisements scabreux garantis dans chaque sens et un grand parking aux 3/4 plein…Autant la région a une galaxie d'avance en terme d'accueil par rapport à bon nombre de coins en Suisse, autant en termes de transport public c'est hélas encore la préhistoire. Compter environ 6h de voiture de Berne.

Horaire :
dimanche en fin d'après-midi montée au Refuge des Bans en 1h30. Lundi départ du refuge 5h45, attaque 6h30, sommet 12h / 12h20, refuge 14h30.


Mardi 15/08 : Dents de Coste-Counier (3025m), traversée S-N (AD, 4c)

Coste-Counier, 2ème du nom : tant qu'à faire d'être là, autant ratisser large d'autant que ce petit paradis est hélas bien loin de notre camp de base bernois. Après les 15 longueurs du Diable par la queue la veille, c'est parti cette fois-ci pour la classique traversée des arêtes. Il y a 6h de route le jour même pour rentrer, Raoul craint les chutes de pierres dans le couloir en cas d'autre cordée –> départ de nuit pour attaquer ledit couloir au tout petit jour. Heureusement qu'il avait été repérer l'attaque la veille, car de nuit c'est tout sauf évident (c'est même à vrai dire un chouïa sinistre), il faut remonter un vague éperon à G du torrent (on a mis la corde) avant de retraverser en descente à D.

Pour le reste rien à dire, l'arête est magnifique, parfois aérienne, en rocher parfait, jamais bien difficile, tout ce qui plait aux vétérans hédonistes mais un peu peureux comme nous. Nous avons shunté le ressaut de l'avant dernière tour par la vire W, sans regret d'ailleurs, on ne rate qu'une toute petite partie du fil et la vire en question - qui rappelle un peu la vire à bicyclette du Grépon - est assez spectaculaire à parcourir. Même avec notre départ matinal, le gardien était quand même surpris de nous voir de retour à midi, apparemment pas mal de cordées arrivent plutôt à l'heure de l'apéro…bon avec Raoul devant qui cavale sans assurance, on n'a pas grand mérite ! Le gardien nous conseillait de revenir l'an prochain faire la voie "Bans publics", mais ça semble quand même un bon cran plus indigeste (2h30 d'approche et plein de 5c - 6a…)

Retour morose au bureau le lendemain, cela dit on n'enviait quand même pas trop notre guide qui encapait directement sur une Dent Blanche avant de traverser les glaciers glaronnais dans la foulée.

Topo détaillé ici.

: grand beau doux, vent frisquet d'W par moment sur l'arête, cumulus inoffensifs l'après-midi
 
du jour : tout est sec y compris le pierrier de retour. En attaquant le couloir à l'aube, on prend le soleil dès l'arrivée sur l'arête. A la descente à pied, on traverse deux torrents avant de descendre vers le refuge (et pas trois comme au retour du Diable par la queue) ! Nous étions seuls sur les arêtes en ce matin du 15 août. Un guide de passage avait décrit le couloir comme rempli de cailloux et blocs posés suite au gros orage de la semaine précédente, nous n'avons pas trouvé ça si terrible, avec un peu d'attention on n'a pas fait partir la moindre pavasse.

Horaire : départ refuge 4h40, attaque couloir 6h10, brèche 7h, sommet 9h45/10h, refuge 12h/13h, parking 14h10.

Participants : Agnès & moi, Raoul C (guide)

 


Hike partners: Bertrand


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