Tour du Mont Rose (première partie)


Publiziert von stephen Pro , 5. Juli 2006 um 19:40.

Region: Welt » Italien » Piemont
Tour Datum: 1 August 2004
Wandern Schwierigkeit: T3 - anspruchsvolles Bergwandern
Wegpunkte:
Geo-Tags: CH-VS   I 
Zeitbedarf: 7 Tage
Strecke:1:50,000, feuilles 274, 284 et
Zufahrt zum Ausgangspunkt:Grächen est accessible par car postal depuis St. Niklaus, sur la ligne de chemin de fer Visp-Zermatt
Zufahrt zum Ankunftspunkt:Train depuis Zermatt pour Visp
Unterkunftmöglichkeiten:Nombreuses, voir le descriptif de la randonnée
Kartennummer:1:50,000, feuilles 274, 284 et

Premier jour : de Grächen à Saas-Fee. 800 m de montée et de descente environ

Le départ est donné dimanche matin à 9 heures devant l'office de tourisme de Grächen. Arrivé la veille, j'ai eu le temps de découvrir ce joli village situé à 1600 mètres au-dessus du Mattertal : même s'il y a beaucoup de constructions modernes dans le centre, il reste quelques vieux chalets fleuris et l'ensemble est plutôt sympa, on est loin de l'ambiance des grandes stations mondaines.

Nous sommes quatorze au départ de cette randonnée accompagnée organisée par une agence française :  Isabelle, Robert, Marie, Laurence, Jacques, Karin, Bernadette, Dédé,  Martine, Roland, Andrée, Denis, Corinne, notre accompagnatrice Arielle et moi-même. Une fourchette d'âge assez étendue, de 30 à 60 ans, avec une moyenne de 45 ans environ, ce qui est assez rassurant : j'avais eu peur que sur ce tour réputé difficile, je tombe sur un groupe de jeunes "fonceurs" et que j'aie du mal à suivre le rythme. En fait, notre accompagnatrice est de loin la plus jeune du groupe.

Le temps d'attendre quelques retardataires, il est plus près de 10h que de 9h lorsque nous partons enfin. Pour éviter de commencer la randonnée par 500 mètres de montée pas très intéressante, nous prenons la télécabine jusqu'à Hannigalp (2121 m). Depuis l'arrivée de la cabine, il y a une très belle vue vers les sommets au nord de la vallée du Rhône ; on aperçoit une petite partie du glacier d'Aletsch.

Cette première journée de marche se déroule entièrement en balcon au-dessus de la vallée très encaissée du Saastal. Difficile de dire la dénivelée avec précision, car la journée est une succession de montées et descentes, parfois assez raides mais jamais très longues. En gros nous avons dû faire 800 mètres de montée et un peu plus de descente sur une quinzaine de kilomètres. Le sentier est bien entretenu et facile à suivre, mais souvent étroit et près du précipice ; il y a des endroits où une chute pourrait avoir des conséquences sérieuses et il vaut mieux ne pas avoir le vertige. Il y a des mains courantes à certains endroits, notamment un passage étroit sur un balcon rocheux qui, j'imagine, doit être assez délicat par temps humide lorsque la pierre est glissante. Nous avons de la chance, il fait grand beau et les chaussures accrochent bien le rocher.

Le balisage est un peu excessif, comme souvent en Suisse : par moments il y a des marques blanc-rouge-blanc tous les 20 mètres et des flèches indiquant la direction à suivre alors que les seuls choix possibles sont d'aller tout droit ou de sauter dans le vide…

Nous déjeunons au soleil à un endroit où le chemin s'élargit en grande terrasse herbeuse en pente, avec de magnifiques vues sur le Balfringletscher juste au-dessus de nous et le massif tout blanc du Weissmies de l'autre côté de la vallée, au sommet duquel nous distinguons des alpinistes grâce aux très bonnes jumelles de Dédé. Celui-ci a d'ailleurs toutes sortes de choses intéressantes dans son sac : après les jumelles, il en sort une bouteille de rouge qu'il partage avec tout le monde ; ça permet de commencer à briser la glace dans ce groupe de personnes qui ne se connaissent pas du tout.

Peu après la pause déjeuner, dans une descente facile, Laurence se tord "bêtement" la cheville en marchant sur une racine. Elle aura beaucoup de mal à terminer l'étape et, après avoir consulté un médecin à Saas-Fee, est contrainte d'abandonner dès le premier jour.

L'après-midi, le chemin continue dans la même veine, un ruban étroit entre la montagne et le vide.  Parfois il s'écarte de son cap plein sud pour contourner de petites vallées latérales et franchier des torrents. En milieu d'après-midi, le terrain devient plus rocheux ; nous traversons quelques champs d'éboulis, puis une longue descente nous amène directement sous la langue du Bidergletscher, gros glacier dont la présence se fait sentir de façon assez menaçante à quelques centaines de mètres au-dessus de notre tête. Ce n'est pas le genre d'endroit où on voudrait s'arrêter et prendre une pause. Pour traverser le plus gros des torrents descendant du glacier, il faut emprunter une sorte de tunnel en tôle qui passe dans le lit même du torrent, à moitié sous l'eau. Et comme la tôle a été percée à certains endroits par des chutes de pierres, ça mouille…   A noter qu’en 2005, quand j’ai refait cette étape dans l’autre sens, ce tunnel était complètement écrasé par des chutes de pierres et une très longue déviation (pas loin de deux heures) était mise en place pour contourner la zone à risque.

Ce passage marque la fin des difficultés, et la journée s'achève par une longue descente en forêt en pente douce jusqu'à Saas-Fee (1800 mètres). Nous apercevons un chamois tout près, juste au-dessus de nous dans les arbres, pas besoin de jumelles pour l'observer.

Saas-Fee est peut-être une station "haut de gamme", mais je ne la trouve pas franchement jolie – ça fait tourisme de masse et choque un peu après Grächen. Il y a beaucoup de monde dans la rue principale et de la musique "typique" mais pas très authentique sur les terrasses des cafés. Notre hôtel se trouve complètement à l'autre bout du village, juste après un pont qui enjambe un gros torrent gris et bruyant.

C'est la seule nuit de la semaine où nous dormons à l'hôtel, et ce sont paradoxalement les plus mauvaises conditions d'hébergement de toute la randonnée : dortoir minable au deuxième sous-sol avec des fenêtres donnant directement sur le torrent, deux rangées de lits superposés collés les uns aux autres, pas un mètre carré pour poser les bagages, rien pour accrocher vêtements et serviettes dans les douches, propreté assez approximative…   il faut faire la queue pendant une demi-heure pour se doucher, mais l'eau est bien chaude.   

On est le 1er août, c'est la fête nationale et après le dîner, nous sortons à la recherche d'animation et de feux d'artifice, mais apparemment il ne se passe pas grand-chose. Je rentre me coucher de bonne heure mais j'ai du mal à m'endormir à cause du bruit du torrent et des pétards dehors.  Saas-Fee est très décevant…

Deuxième jour : de Saas-Fee au col de Monte Moro. 1200 m de montée, 130 m de descente

Après avoir dit au revoir à Laurence qui rentre en France à cause de son entorse, nous commençons la journée par une descente en pente douce sur un chemin carrossable jusqu'à Saas Almagell (1670 m, point le plus bas de la journée), dans le fond de la vallée. De là, nous continuons par une jolie montée à travers sous-bois et pâturages fleuris. Arielle, notre accompagnatrice, s'y connaît bien en flore alpine et nous profitons de ses connaissances pour cueillir des plantes comestibles à ajouter à la salade du midi.

A l'approche du barrage de Mattmark (2197 m), ça se gâte un peu. Nous prenons un raccourci, loupons le chemin pédestre et terminons la montée au barrage par un long kilomètre de route goudronnée. Le soleil tape fort, il fait très chaud, le goudron est dur et la pente est continue…  Il y a beaucoup de touristes au barrage, j'avais espéré passer par des endroits un peu moins fréquentés.

Le lac artificiel de Mattmark n'est pas particulièrement beau ; par contre, les sommets et glaciers du massif des Mischabel l'entourant sont magnifiques. Nous contournons le lac par le chemin rive est, puis nous nous arrêtons un peu au-dessus de son extrémité sud, près du torrent, pour déjeuner. Salade de riz, saucisson et abricots sont au menu, accompagnés une nouvelle fois par un peu de vin rouge du Valais. Il fait un temps magnifique et nous restons assez longtemps à nous reposer au soleil après avoir fini de manger.

Nous entamons ensuite les 650 derniers mètres de montée jusqu'au col de Monte Moro, où nous allons passer la nuit. Heureusement, nous quittons rapidement les foules de touristes du lac. Le chemin est d'abord herbeux, puis progressivement de plus en plus rocheux. Nous doublons une vieille dame habillée "à l'ancienne" en jupe blanche qui monte lentement et sûrement, bâton de bois à la main et canotier sur la tête.

Le sentier oblique vers la paroi ouest du vallon et devient plus raide, montant dans de gros blocs rocheux. Les bâtons de marche deviennent encombrants, il faut se servir des mains pour monter les grandes marches de rocher en rocher. Nous arrivons à un premier petit névé assez en pente, qu'il faut traverser latéralement. C'est ma première expérience de marche sur névé, je ne suis pas très à l'aise car à gauche, ça descend quand même assez loin. La traversée se fait pourtant sans difficulté, tout comme celle d'un second névé plus raide un peu plus haut. Un groupe de jeunes venant dans le sens opposé descend "à fond la caisse", courant et glissant exprès sur la pente neigeuse. Au-dessus, le chemin se poursuit sans problème sur de grandes dalles faiblement inclinées. Nous sommes tout près du col, derrière lequel de gros nuages bourgeonnent. Le dernier centaine de mètres est une longue montée de névé en pente douce ; je suis suffisamment à l'aise maintenant pour pouvoir lancer quelques boules de neige sur mes coéquipiers !

Enfin, pour arriver à la grande statue dorée de la Vierge qui marque le point culminant du col et la frontière (2868 m), nous escaladons facilement un gros bloc de deux ou trois mètres de haut.

La vue derrière nous, vers la Suisse, est superbe. Par contre, sur le versant italien, la vue est complètement bouchée par le brouillard qui monte de la vallée, laissant apparaître puis cachant de nouveau les sommets. Le Mont Rose, dont nous faisons le tour mais que nous n'avons pas encore vu, est totalement perdu dans les nuages de l'autre côté de la vallée.

Nous descendons des dalles raides équipées de chaînes, puis un névé,  jusqu'au refuge qui se trouve à quelques dizaines de mètres sous le col, côté italien. Nous sommes logés dans un bâtiment annexe, un grand dortoir d'une trentaine de places qui paraît très spacieux après la chambre étriquée de la veille. Il y a de la place pour étaler nos affaires et faire un peu d'ordre dans les sacs. On nous prévient qu'il n'y a pas d'eau chaude… ce sera la première douche froide de la semaine. Isabelle y passe avant moi et m'assure que l'eau "n'est pas trop mal"… soit…  personnellement je la trouve glaciale et j'ai du mal à me mettre entièrement sous la douche, mais une fois sorti et séché, je dois reconnaître que ça fait quand même du bien d'être propre !

Nous dînons derrière de grandes fenêtres qui offrent une belle vue panoramique sur la vallée de Macugnaga et les montagnes l'entourant. Pendant que nous dînons, les nuages se dissipent, et nous voyons enfin apparaître le sommet du Mont Rose. On aperçoit des refuges perchés dans des endroits qui paraissent absurdes, tout près du sommet. Après le repas, nous restons un peu dans la salle commune autour d'une bière.

Pour cette première nuit en refuge, nous dormons tous assez mal. L'occupant du lit voisin du mien, un alpiniste italien, se trouve subitement allongé par terre lorsque toutes les lattes de son sommier lâchent d'un seul coup ! Heureusement qu'il se trouvait dans le lit du bas et pas dans celui du haut… Le calme revient, mais ce sont alors les ronfleurs qui prennent le relais. C'est fou le nombre de ronfleurs et de styles de ronflement différents qu'il peut y avoir dans un dortoir de trente places…  Dans le noir, quelqu'un siffle comme Louis de Funès dans "La Grande Vadrouille", pour essayer de les faire taire, ce qui déclenche un fou rire général…

Troisième jour : du col de Monte Moro à Alagna. 1430 m de montée, 1280 m de descente

C'est notre départ le plus matinal de la semaine : réveil à 6 heures et petit déjeuner à 6h 30, car nous prenons la première benne à 7h 30 pour descendre à Macugnaga, 1500 mètres plus bas dans la vallée. Le téléphérique est prévu pour 40 personnes maximum et n'a pas l'air tout neuf. On est 38, dont nous quatorze avec nos petits sacs et un groupe de Jurassiens avec de gros sacs à dos, qui font eux aussi le tour du Mont Rose mais qui ont commencé la veille seulement, en laissant leurs voitures au barrage de Mattmark. La charge semble dépasser la capacité indiquée du téléphérique, mais le responsable n’a pas l’air de vouloir faire deux courses alors qu'une pourrait plus ou moins suffire et, après un peu d'hésitation, il fait entrer tout le monde ensemble. Les inévitables blagues sur les normes de sécurité italiennes se font entendre. On se serre ; ce n'est pas tout à fait le métro de Londres à l'heure de pointe mais ça n'en est pas loin. Je ne suis pas très rassuré ; déjà les téléphériques ne sont pas mon moyen de transport préféré (c'est mieux que l'avion mais pas beaucoup mieux), mais ici les conditions semblent quand même un peu précaires. La benne balance de manière inquiétante en franchissant les pylônes, mais nous arrivons indemnes à la station intermédiaire, d'où un second téléphérique plus petit nous descend en quelques minutes à Macugnaga (1307 m).

Après avoir rempli nos gourdes à la fontaine du village (il n'y avait pas d'eau potable au refuge), nous entamons ce qui sera l'une des journées les plus physiques de la semaine. Nous avons devant nous une montée de 1400 mètres jusqu'au col de Turlo, suivie d'une descente de 1300 mètres pour atteindre le refuge Pastore au-dessus d'Alagna.

Cela commence par une longue marche d'approche dans la valle Quarazza. Il fait déjà chaud ; heureusement, dans le fond de cette jolie vallée, le sentier est à l'ombre la plupart du temps. Quittant le fond de la vallée et le torrent, il grimpe ensuite en lacets interminables jusqu'à un plateau où nous déjeunons. Je souffre dans cette montée ; il fait très chaud, il n'y a pas d'air et la fatigue accumulée après deux nuits quasiment blanches se fait sentir. On voit bien le chemin qu'il nous reste à parcourir ; il monte toujours plus haut, toujours en zigzaguant, avant de disparaître derrière un éperon rocheux. Ce sentier est remarquable ; il s'agit d'une véritable route construite de gros blocs de pierre, un peu à la manière d'une voie romaine. Le travail qu'il a fallu accomplir pour construire ce chemin à mains nues en pleine montagne est tout simplement incroyable…

Après le déjeuner, ça va mieux. Je rattrape Marie et discute avec elle en marchant, ce qui m'évite de penser à l'effort physique et aux mètres de dénivelée qui nous restent encore. Il se met à pleuvoir mais le temps de sortir les vêtements imperméables et les couvre-sac, la pluie s'est déjà arrêtée. Dans les derniers lacets avant le col, le chemin est presque entièrement recouvert de neige. Les nuages menacent et l'orage gronde un peu plus au sud. En regardant en arrière vers le col de Monte Moro, nous voyons qu'il est plongé dans de gros nuages bien noirs… nous avons bien fait d'y passer la veille et non pas aujourd'hui.

Nous arrivons arrive au col de Turlo (2738 m) juste avant les nuages, qui remontent rapidement derrière nous depuis le fond de la vallée. Les Jurassiens sont déjà arrivés au col ; l'un d'eux a fait chauffer du café qu'il offre à tout le monde. Nous applaudissons les retardataires pour les encourager dans les quelques derniers mètres de montée.  

La descente sur Alagna est facile et nous avançons vite sur les gros blocs de pierre du chemin Walser. Nous perdons 400 mètres d'altitude en une demi-heure seulement et bientôt nous avons quitté le rocher pour les alpages de Valsesia. Il y a de jolies bergeries en pierre accrochées au flanc de la montagne. Une dernière descente en forêt, un pont couvert enjambant une petite gorge et nous voilà arrivés au rifugio Pastore (1450 m), certainement le cadre le plus idyllique de la semaine.  Au fond d'une vallée verte qui se termine abruptement en butant sur la face sud du Mont Rose caché dans les nuages, il s'agit d'un vieil hameau transformé en refuge : un bâtiment principal – sans doute l'ancien corps de ferme – abrite la salle à manger, alors que les dépendances ont été transformées en dortoirs. Une grande et belle terrasse nous incite à commander des bières malgré le temps nuageux et les gouttes de pluie. Les bâtiments sont en vieilles pierres, tout est très fleuri et très beau. Une rumeur annonce de l'eau chaude, mais nous sommes arrivés trop tard : il n'y en a plus, nous devons nous contenter d'une nouvelle douche froide !

Il y a beaucoup de monde au refuge, la salle à manger est pleine à craquer. Pour la première fois de la semaine, on nous sert à la fois de la soupe et des pâtes avant le plat principal ; ça fait du bien après les efforts de la journée ! Il se met à pleuvoir pour de bon ; pour éviter que nos chaussures prennent l'eau, nous les coinçons dans des trous entre le haut du mur et la toiture du dortoir, derrière la gouttière. Les sanitaires sont dans un bâtiment annexe à quelques mètres au-dessus du dortoir ; vaut mieux ne pas avoir besoin d'aller aux toilettes pendant la nuit ! Le dortoir est peu spacieux et les ressorts du sommier grincent horriblement mais le lit est confortable ; pour la première fois depuis le début de la randonnée, je dors à peu près correctement.

Quatrième jour : d'Alagna à Gressoney. 1030 m de montée, 550 m de descente

Mercredi matin : la pluie s'est arrêtée mais il fait toujours gris. Pour ne pas avoir à commencer la journée par cinq kilomètres de goudron, nous descendons au village d'Alagna  (1190 m) en bus depuis le refuge. Après ce démarrage sportif, nous poursuivons dans la même veine par une pause café à la terrasse d'un bistrot, pendant que les uns achètent des cartes postales et les autres des souvenirs. Alagna est un joli petit village, le plus mignon de la semaine ; derrière la rue principale il y a de vieux chalets dans le style typique du Piémont.

Depuis Alagna, nous prenons un téléphérique jusqu'à 1847 mètres pour éviter une montée raide directement sous les pylônes. De la station supérieure, le chemin "officiel" se poursuit en montant une large vallée vers le col d'Olen, toujours sous les remontées mécaniques. Plutôt que de suivre ce sentier peu intéressant, Arielle nous propose un itinéraire hors sentier passant par un col voisin : c'est une excellente idée.

Nous revenons un peu vers l'est sur un bon chemin, pour passer dans la vallée voisine, puis nous quittons le sentier pour monter de larges pentes gazonnées où nous entendons le cri des marmottes, sans toutefois en voir.

Le paysage est très différent de celui de la veille, où nous étions dans des pentes de cailloux. Aujourd'hui, tout est vert et arrondi. En toile de fond, par contraste, des arêtes déchiquetées sur lesquelles les nuages s'accrochent. On se croirait presque en Ecosse, il ne manque que les moutons. La montée, toujours herbeuse, devient assez raide, il faut faire des lacets. Nous faisons une pause sur une grande dalle, puis continuons vers le col Zube, perdu dans les nuages. L'herbe fait place au rocher et la montée se termine par une grimpette dans le brouillard le long d'une étroite vallée avec, pour finir, le plus difficile des névés que nous avons traversés, plutôt raide et nécessitant l'usage des bâtons.

A 2874 mètres, le col est un large plateau rocailleux. Comme aux autres cols que nous avons franchis il y a une Vierge ; celle-ci se trouve dans une niche creusée dans un gros rocher. Nous nous rassemblons autour d'elle pour une séance photo, puis descendons de quelques mètres sur le versant ouest pour trouver un endroit à l'abri du vent pour manger. Le vent est assez froid quand on arrête de bouger, je suis obligé d'enfiler ma polaire pour la première fois depuis le début de la randonnée. Pendant que nous mangeons, un impressionnant bouquetin apparaît sur une arête proche et reste immobile assez longtemps pour que tout le monde puisse l'admirer à l'aide des jumelles. Nous apercevons aussi un second animal dont seules les cornes dépassent par-dessus la crête.

En raison du vent froid, nous ne traînons pas trop au col une fois que nous avons fini de manger. La vallée dans laquelle nous devons descendre s'étale devant nous et plus loin, nous voyons le col que nous passerons demain. Sur la carte de ce coin reculé de l'Italie, il y a un mélange linguistique étonnant… nous descendons vers un village au nom très français de Gressoney-la-Trinité, mais les montagnes autour de nous possèdent des noms cent pour cent germaniques : Rothore, Seehore, Stralingspitz… il faut regarder plus vers le sud pour qu'un Corno Bianco bien italien vienne rétablir l'ordre.

La descente sur le rifugio Gabiet est raide mais assez courte. Nous commençons par descendre un long névé juste pour le plaisir ; ceux qui n'aiment pas trop la neige descendent par des rochers faciles sur le bord droit de la pente. Certains qui ont plus l'habitude que moi arrivent à descendre en glissade bien maîtrisée, presque comme s'ils avaient des skis aux pieds. Pour ma part, je suis déjà content d'avoir réussi à rester debout ! Sur le replat au bas du névé, en regardant vers le col d'où nous sommes decsendus, nous voyons encore un magnifique bouquetin en silhouette contre le ciel gris.

La descente se poursuit par une section un peu délicate qui désescalade une barre rocheuse par une série de terrasses herbeuses-rocheuses-boueuses ; rien de vraiment difficile mais il faut faire attention car le terrain est assez glissant et les marches sont hautes. La fin de la descente, sur le flanc nord de la vallée au-dessus d'un lac artificiel, est facile, et nous arrivons bientôt au rifugio Gabiet qui, malgré son altitude de 2,345 mètres, donne l'impression d'être "dans la vallée". Pour moi qui ai plutôt l'habitude de randonner dans des régions de moyenne montagne où on est "tout en haut" à 2,000 mètres, c'est drôle d'être à la fois si haut et "en bas" de la montagne !

Le refuge, un grand bâtisse en pierre, est carrément luxueux. Pas de grands dortoirs ici, mais plutôt des chambres de quatre. Dans notre chambre, il y a des tables de nuit  pour ranger les affaires (du jamais vu depuis le début de la semaine) et même une magnifique armoire rustique en bois massif. Les sanitaires, au bout du couloir, sont flambant neufs et il y a… des douches chaudes !  Le gardien nous dit qu'il y a quarante places au refuge et qu'il y a assez d'eau chaude pour que les quarante personnes puissent se doucher. Inutile de préciser que tout le monde se rue sur les trois cabines de douche après deux soirs successifs d'eau froide. Puis nous attendons l'heure du dîner dans le bar au rez-de-chaussée, autour d'une bière. Dehors, les nuages sont descendus au niveau du sol, cachant la montagne que l'on voyait de la salle du bar. Il se met à pleuvoir très fort et l'orage éclate, nous sommes arrivés juste à temps.

Le dîner est copieux : des lasagnes, une excellente soupe aux épinards sauvages, puis des cuisses de poule rôtie avec de la polenta, de la salade, des fruits, des tisanes. Après manger, nous retournons discuter dans le bar. Arielle nous montre l'itinéraire du lendemain : une fois de plus, nous irons hors sentier et passerons un col plus au sud que celui du chemin prévu, car l'itinéraire "officiel" se déroule presque entièrement sous les remontées mécaniques, ce qui n'est pas spécialement agréable.

Le gardien du refuge nous fait goûter une grappa maison qu'il a fabriquée en ajoutant des herbes sauvages à l'alcool de base. Il nous raconte également comment on devient gardien. Il fait ce travail depuis plus de trente ans ; pourtant, en raison de nouvelles normes, il va être obligé de passer des examens s'il veut continuer à exercer son métier.  Cela semble quand même un peu ridicule…   Enfin, nous nous couchons heureux et repus.

Malgré le confort de la chambre (on est trois dans une chambre prévue pour quatre, c'est le grand luxe), je dors très mal. Je n'aurais pas dû boire la tisane ; je suis obligé de me lever trois fois pendant la nuit pour aller aux toilettes qui, heureusement, sont sur le palier et non pas dans une cabane annexe de l'autre côté de la montagne…

Pour la suite, voir http://www.hikr.org/tour/post1025.html


Tourengänger: stephen

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