Vacances tyroliennes et dolomitiques, première partie : l'Autriche


Published by stephen Pro , 24 August 2015, 19h35.

Region: World » Austria » Zentrale Ostalpen » Glocknergruppe
Date of the hike: 3 August 2015
Hiking grading: T3 - Difficult Mountain hike
Waypoints:
Geo-Tags: A 
Time: 6 days

Randonnée guidée de 12 jours à travers le Tyrol et les Dolomites, avec un groupe de randonneurs français et belges.

Le rendez-vous avec le groupe est donné dimanche en fin d’après-midi à la gare de Salzbourg. Ne  connaissant pas la ville, je m’y rends la veille, espérant profiter de la journée pour faire du tourisme. Manque de chance, il pleut ; ça doit s’arrêter vers 15 heures, me dit le propriétaire du petit hôtel où j’ai passé la nuit. On est en plein milieu du festival de Salzbourg ; j’arrive à avoir le dernier billet qui reste pour un très beau concert au Mozarteum. Les hommes du public sont tous en costume et cravate, les femmes en robe élégante…  moi je suis en T-shirt, short de rando et vieilles sandales ; jamais je n’ai été conscient d’autant de regards posés sur mes jambes et pieds !  Je retrouve le groupe et nous prenons le bus pour Schönau am Königsee, où la randonnée doit débuter le lendemain matin : première soirée, premier dîner ensemble.

Jour 1 : de Saalfelden au Riemannhaus. 1500 m de montée, 200 m de descente, T4

Lundi matin, première journée de la randonnée : depuis l’autre rive du Königsee, nous devons monter au Karlinger Haus puis, le lendemain, traverser le massif du Steinernes Meer pour descendre ensuite au village de Maria Alm. Mais il y a un problème : le bateau qui devait nous faire traverser le lac est en grève, et il n’y a pas d’autre solution pour rejoindre la rive opposée. Notre guide est obligé d’improviser : changement d’hébergement et de point de départ, des taxis nous emmènent au-dessus du village de Saalfelden. Vers dix heures, nous sommes enfin prêts à partir sur un itinéraire que le guide découvrira en même temps que nous.

Une piste forestière facile, pour commencer, puis des alpages sous les hautes falaises du Breithorn. Je suis à court de forme physique et il fait très chaud, cette première montée est pénible. Un étroit sentier en forêt offre un peu de répit, mais il fait bientôt place à une traversée en plein soleil au milieu de pins mugo trop petits pour apporter de l’ombre. Le sentier est souvent encombré de racines et la sensation de vide à droite se fait de plus en plus évidente. Nous nous trouvons bientôt au-dessus d’une petite barre rocheuse qu’il faut désescalader par une vire équipée de câbles. Un peu plus loin, ça devient nettement plus délicat : des dalles presque verticales qu’il faut passer en traversée descendante au-dessus de plusieurs dizaines de mètres de vide. Le guide m’assure avec une longe de via ferrata, m’indique où mettre les pieds ; j’arrive à franchir l’obstacle, mais l’épreuve m’a laissé crispé et très fatigué.

Maintenant il faut monter jusqu’au Riemannhaus, sous des falaises qui paraissent infranchissables. La montée devient de plus en plus raide, le sentier est étroit et vraiment exposé par endroits. Heureusement, ce sentier est hyper sécurisé avec des câbles et des escaliers : néanmoins, je n’aimerais pas devoir le parcourir à la descente par temps humide ! Nous arrivons tous plus ou moins exténués au refuge, sous le Sommerstein qui ressemble à un immense hibou en pierre. Premier refuge, premières bières de récupération, premier joli coucher du soleil avec, loin au sud, le massif du Grossglockner qui nous attend.  Cette journée de mise en jambes aura été pleine d’imprévus et, en fin de compte, se révèlera être la plus difficile de tout le tour.

Jour 2 : du Riemannhaus à Maria Alm. 400 m de montée, 1700 m de descente, T3

Soleil bleu sans un nuage, la seule chose dans le ciel qui ne soit pas bleue est la pleine lune qui flotte au-dessus des falaises du Sommerstein. L'itinéraire prévu nous ferait redescendre une grosse partie de ce que nous avons gravi hier ; à la place, le guide nous concocte une belle variante qui nous fait serpenter dans les lapiaz du  Steinernes Meer. Bien balisé mais souvent hors sentier, notre route monte et descend pour contourner la crête qui s'élève au-dessus du refuge. Quelques petits passages où il faut mettre les mains ne posent pas de problème, surtout après ce que nous avons vécu la veille.  Une montée plus soutenue nous amène au col Buchauer Scharte, point culminant de l'étape à 2269 m. Commence alors une longue descente de 1700 mètres, je ne pense pas en avoir jamais fait autant en une journée ! Dans sa partie supérieure, la descente se fait dans des pierriers raides ; certaines optent pour les traces de sentier qui zigzaguent dans la pente, d'autres pour la solution finalement plus facile du "tout droit vers le bas". En dessous des pierriers, la verdure reprend ses droits et de larges sentiers d'alpage nous font descendre plus doucement vers la petite station de maria Alm, au fond de la vallée.

Notre hôtel se trouve sur la place centrale du village ; en face, on est en train d'installer une estrade et de nombreux bancs et tables. Nous sommes mardi ; une affiche nous informe que tous les mardis soir, c'est la fête ici, avec musique et danses traditionnelles. Nous nous disons que la nuit va être courte, mais la fête se termine à dix heures très précises. Le bulletin météo affiché à l'office de tourisme ne nous dit que de bonnes choses pour les jours à venir.
 
Jour 3 : de Maria Alm à Taxenbach. 900 m de montée, 1500 m de descente, T2

Il fait plus frais ce matin, mais cela ne durera pas. Nous montons en télésiège, passant par quelques nappes de brume qui nous font enfiler nos polaires. Puis c'est une longe montée régulière, jamais trop raide, qui nous amène vers le Hundstein. De l'autre côté de la vallée, les sommets du Steinernes Meer sortent leur tête du brouillard d'en bas. Nous pouvons voir tout le chemin parcouru avant-hier, ainsi que toute la descente depuis la Buchauer Scharte… que de chemin parcouru déjà ! Au restaurant sommital du Hundstein (2117 m), j'essaie d'acheter une bouteille d'eau, mais ils n'ont que de la bière ou de l'Apfelschorle.

Nous descendons par de magnifiques alpages où des mûres sauvages poussent en abondance le long du chemin. A un chalet isolé, la fermière retient un énorme taureau pour que nous puissions passer en toute sécurité. Peu après, alors que nous peinons à trouver la place de pique-nique parfaite, nous croisons deux jeunes femmes. Je les préviens de la présence du taureau : pas de problème, répond l'une des filles dans un anglais parfait, nous sommes justement de la ferme, le taureau il est à nous !  Nous leur demandons l'autorisation de passer la clôture pour aller pique-niquer dans leur pâturage : autorisation dûment donnée, le spot idéal est tout trouvé, il y a même de l'ombre.

La seconde partie de la descente est moins agréable, et la chaleur devient intense. Longue, longue descente d'abord sur une piste gravillonnée, puis sur une petite route goudronnée, sans aucune possibilité de faire des raccourcis. C'est avec la plante des pieds bien chauffée que nous arrivons à Taxenbach, où une bière très bienvenue nous fait oublier la longue descente.

Nous dormons à Wörth, dans la vallée de Rauris, il faut prendre le bus. Celui-ci a vingt minutes de retard, que nous passons à transpirer dans un abribus en plein soleil, au bord de la grande route. Heureusement, à Wörth il y a un peu d'air, la chaleur est supportable et nous permet même de dîner dehors. Par le hasard de la distribution des chambres, je me trouve tout seul dans une chambre à deux lits, et profite pour laver pantalon, T-shirt et chaussettes : par cette chaleur, tout séchera sans problème avant l'étape du lendemain.
 
Jour 4 : de Wörth au Hochtor. 1200 m de montée, 400 m de descente, T2

Un taxi nous emmène au fond d'une vallée latérale, nous épargnant deux heures de marche sur route. La vallée est magnifique avec un beau torrent, des alpages et des forêts. Nous entrons ici dans le parc national des Hohe Tauern, que nous traverserons du nord au sud pendant les trois prochains jours. A l'alpage de Litzlhof Alm, notre guide achète du fromage pour le pique-nique du midi. Il y a du yaourt d'alpage à vendre et nous profitons presque tous pour manger un second petit déjeuner.  On se croirait vraiment au bout du monde ; pourtant, la route panoramique du Grossglockner avec ses motos et mobilhomes n'est pas bien loin au-dessus.

Nous poursuivons notre montée le long d'une grande cascade, puis par de vastes alpages qui ne semblent plus être exploités ; en tout cas il n'y a aucun signe de bétail. Nous cassons la croûte à une demi-heure de marche du col Hochtor. Le guide a une grande bâche ultralégère (apparemment ça s'appelle un tarp en bon français), qu'il érige à l'aide de nos bâtons de marche. Cela fait un excellent abri contre le soleil qui tape toujours aussi fort, il y a de la place pour quasi tout notre groupe de 13 personnes. Un membre du groupe, montagnard aguerri,  ne veut pas faire la sieste et s'en va tout seul explorer les environs.  A l'heure prévue du départ, il n'est pas de retour. Une demi-heure plus tard encore : toujours pas. Le guide s'inquiète et part à sa recherche, alors que le reste du groupe rejoint le col, à 2626 m. Le randonneur égaré finit par réapparaître : il a compris trois heures et demi au lieu de deux heures et demi et pensait être en avance !

Le Hochtor n'est pas le plus beau des cols : tunnel routier, voitures, beaucoup de monde. Nous fuyons le lieu le plus vite possible, prenant un bus qui nous amène au Glocknerhaus, "refuge" du Club alpin qui est en passe de devenir un hôtel : chambres luxueuses à trois lits, pas d'endroit pour sécher le linge, pas de terrasse pour siroter des bières. Juste en face de nous, le sommet pointu et enneigé du Grossglockner, point culminant de l'Autriche.

Jour 5 : du Glocknerhaus à la Glorerhütte. 900 m de montée, 300 m de descente, T3

Le guide est obligé de se battre dans tous les hébergements pour que le petit déjeuner soit servi tôt, ce qui nous permettrait de marcher à la fraîche. Au Glocknerhaus, nous déjeunons à 7 heures (il n'est même pas possible d'entrer dans la salle à manger avant) et nous mettons en route une quarantaine de minutes plus tard. Nous descendons dans le fond de la vallée, traversons deux barrages, puis commençons tout de suite la montée bien raide jusqu'au Pfortscharte, point culminant des 12 jours de randonnée à 2828 mètres d'altitude.  Ces deux heures de montée ont été rudes, et nous faisons une longue pause au col, ce qui me permet de dessiner une partie du massif du Grossglockner avec ses glaciers. Une dame du groupe ne se sent pas bien et, avec son mari, décide de redescendre. Elle fera un break de deux jours pour se requinquer et nous rejoindra à Lienz.

Réduits à dix personnes plus le guide, nous continuons par un joli balcon dans des pentes d'herbe très raides. C'est assez aérien au début, puis la pente s'adoucit au fur et à mesure que nous nous approchons de la Salmer Hütte. Nous faisons une seconde longue pause ici (c'est la journée des longues pauses), buvant des chopes d'Apfelschorle et mangeant des fruits secs alors que des chevaux essaient de vider nos sacs à dos de leur contenu.

Nous descendons ensuite dans un vallon pour franchir un beau torrent venant du Grossglockner ; ensuite c'est une nouvelle montée très raide qui nous attend.  Le sentier se faufile entre des barres rocheuses, puis s'élève au-dessus d'elles à l'aide d'une sorte d'escalier en rondins de bois. Ce n'est pas vraiment difficile, mais les marches sont très hautes et, avec 900 mètres de montée dans les jambes déjà, c'est physiquement assez éprouvant. Plus loin, peu avant notre destination du jour, un lac incite certains à la baignade… un peu froid pour moi, je me contente de tremper les pieds.

A la Glorerhütte, la vue s'ouvre vers le sud et vers l'Italie. Il fait bien nuageux là-bas ; demain, nous aurons les seules gouttes de pluie de ces 12 jours.

Jour 6 : de la Glorerhütte à Kals, 1300 m de descente, T1

Cette sixième journée est un peu une étape de transition, qui nous fera quitter le Tyrol et rejoindre (en train et bus) les Dolomites. Le ciel est bleu au lever du jour, mais une dégradation orageuse est annoncée pour l'après-midi. Nous partons en balcon au-dessus de la vallée, mais au bout de dix minutes, une dame du groupe tombe et se fait mal au poignet droit. Le guide soupçonne une fracture : nous retournons à la cabane, où il organise l'évacuation de notre coéquipière mal fortunée. Nous descendons par l'itinéraire le plus court au Lucknerhaus, où un taxi viendra l'emmener à l'hôpital de Lienz.

Dès que nous repartons du Lucknerhaus, il se met à pleuvoir assez fort. L'averse sera de courte durée : nous avons à peine le temps de couvrir nos sacs et d'enfiler nos vestes imperméables que c'est déjà fini. En douze journées de marche, nous n'aurons que ce petit quart d'heure de pluie. Par contre, là-haut sur la crête, où nous aurions été sans l'accident de notre coéquipière, ça a l'air bien mauvais, l'orage est juste au-dessus. Nous nous disons qu'en fin de compte, ce n'était pas plus mal d'avoir dû prendre le chemin de la vallée.

Nous descendons par des sentiers et pistes faciles jusqu'à Kals, puis en bus jusqu'à la ville de Lienz. Là, de bonnes nouvelles nous attendent : le poignet cassé est confirmé, mais le médecin a autorisé la dame à continuer. Le guide n'a pas l'air convaincu, mais il respecte l'avis du médecin… et finalement, la dame ira jusqu'au au bout de la randonnée, six jours plus tard. A la gare de Lienz, nous retrouvons aussi le couple "perdu" à la Pfortscharte. C'est donc a nouveau un groupe de 13 personnes qui prend le train pour San Candido en Italie. Cette étape de transition – et la première semaine des vacances – se termine par une courte montée jusqu'au rifugio Tre Scarperi, tout au fond d'une belle vallée au fond plat et herbeux, entourée de sommets déchiquetés… pas de doute, nous sommes arrivés dans les Dolomites.

Deuxième partie

Hike partners: stephen


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