Buochserhorn, traversée de Niederrickenbach à Beckenried


Published by stephen , 19 September 2017, 20h55.

Region: World » Switzerland » Nidwalden
Date of the hike:15 September 2017
Hiking grading: T3 - Difficult Mountain hike
Waypoints:
Geo-Tags: Bauen - Brisen - Bürgenstock   CH-NW 
Height gain: 730 m 2394 ft.
Height loss: 1430 m 4690 ft.
Route:Niederrickenbach - Bleich - Arhölzli - Buochserhorn - Ober Spie - Unter Spie - Beckenried
Access to start point:cff logo Niederrickenbach Dorf
Access to end point:cff logo Beckenried

English version here

Chueweide…  telle est la description que l'une de mes collègues de bureau réserve au Buochserhorn, montagne herbeuse qui se dresse au-dessus de l'un des nombreux bras du lac des Quatre Cantons.  Une montagne à vaches donc… allons découvrir si cette description peu flatteuse est juste !  

Il y a un an à la mi-septembre, la température frôlait les 30 degrés, nous étions encore en plein été. Le contraste avec cette année est brutale : l'été semble avoir fait ses adieux pendant la dernière semaine d'août et l'ambiance est automnale. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose cela dit : l'automne offre souvent aux randonneurs une lumière d'une qualité simplement inatteignable en été.

Rentrés tard la veille au soir, nous ne voulons pas trop nous éloigner de Lucerne ce vendredi. Il faudra rester relativement bas aussi, car la pluie des derniers jours est tombée sous forme de neige jusqu'à une altitude basse pour la saison. Le Buochserhorn semble remplir ces critères et, j'espère, offrira également de beaux panoramas sur le lac. Après un court trajet en train puis en téléphérique, nous démarrons la randonnée peu avant 11 heures à Niederrickenbach, petit village perché au-dessus de la vallée d'Engelberg à 1150 mètres d'altitude. Les cloches du couvent blanc nous accueillent dans la rue du village, faisant écho aux innombrables clochettes des vaches qui broutent l'herbe de la montagne : je ne pense pas qu'il y ait un seul moment pendant cette randonnée où on n'entend pas cette musique bovine. Nous empruntons une piste empierrée qui monte rapidement en forêt au-dessus du village, dépassant un grand groupe de randonneurs allemands et suisses particulièrement bavards. Nous les laissons bientôt derrière et ne verrons que peu d'autres personnes pendant le reste de la journée.

Nous atteignons la limite supérieure de la forêt au chalet de Bleiki (1384 m), où le sentier rejoint une petite route d'alpage qui contourne le flanc de la montagne. Au-dessus de nous, des pentes d'herbe abruptes remontent vers le sommet de Buochserhorn, quelque 400 mètres plus haut. Devant nous, un paysage de pâturages verdoyants parsemés d'arbres s'étend au-delà de la vallée d'Engelberg et attire l'oeil vers le col  d'Ächerli à l'ouest. Seuls quelques VTT et véhicules agricoles viennent déranger le calme tandis qu'en dessous, les cloches de Niederrickenbach sonnent midi. Dans le ciel, nuages ​​et soleil livrent une bataille que ni les uns, ni l'autre ne semble capable de gagner définitivement. Vers le nord, au lointain, le paysage est parsemé de lacs : vu d'ici, celui de Sempach est presque circulaire, alors que les lacs en enfilade de Baldegg et de Hallwil ont pris la forme de gouttes de pluie ou de poires.

La route d'alpage prend fin à Arhölzli (1389 m). À côté du chalet, un hameau miniature décore le talus avec ses chalets et ses granges en bois…  définitivement plus original que les nains de jardin habituels! Au-dessus de ce point, le caractère "pâturage à vaches" de la montagne commence à se révéler pour de vrai. Le sentier devient boueux, labouré par le passage de centaines de sabots bovins jusqu'au point où la meilleure solution pour avancer est de l'ignorer complètement et de remonter les pentes d'herbe touffue au-dessus. La montée devient assez soutenue et glissante sous nous pieds ; nous passons devant les chalets de Unterochsenweid et d'Oberochsenweid, tous deux des noms qui s'accordent bien avec le thème de la journée. Une dernière montée raide le long de l'arête ouest nous amène, après deux heures de marche, au large sommet herbeux du Buochserhorn (1806 m) surmonté d'une croix surdimensionnée.

Comme prévu, le panorama est superbe. La face nord du Buochserhorn est rocheuse et verticale, offrant un contraste saisissant avec les pâturages qui descendent dans toutes les autres directions. Au-delà de ces falaises parsemées de conifères, la vue semble se composer de toute une série de lacs : on en dénombre au moins six, sans compter ceux du Plateau lointain. En réalité, évidemment, ce sont tous des bras du lac des Quatre-Cantons mais, vus d'ici, on a une impression de plans d'eau totalement indépendants les uns des autres. Les bancs sommitaux sont déjà occupés par d'autres randonneurs arrivés devant nous alors, bien qu'il soit déjà 13 heures, nous décidons de descendre un peu vers le nord-est avant de manger : nous trouverons sûrement un bon endroit en quelques minutes. Mais ce ne sera en fait qu'au bout d'une heure de concentration que nous atteindrons enfin un lieu propice pour casser la croûte. Depuis le sommet, l'arête étroite et aérienne semble plonger dans le vide. Le sentier n'est qu'un mince filet qui zigzague et se faufile entre des pentes escarpées des deux côtés ; rocheuses à gauche, herbeuses à droite. Ce n'est pas vraiment exposé dans la mesure où il n'y a guère de danger de tomber dans le vide, mais il faut avoir le pied sûr et ne pas être complètement sujet au vertige. La principale difficulté - au moins aujourd'hui et dans le sens de la descente - vient du fait que le terrain est excessivement gras et glissant. Chaque pas doit être soigneusement préparé et exécuté : planter le bâton gauche, avancer le pied gauche, tester s'il tient ou pas, répéter avec le bâton et le pied droits, puis recommencer. Au bout d'un moment, la crête devient boisée : cela fait une différence psychologique car on ne voit plus le vide, mais le sentier reste assez délicat. D'ailleurs, on pourrait argumenter qu'il est encore plus traître ici car, en plus de la roche glissante et de la terre glissante sous nos pieds, des racines glissantes et de la mousse glissante se tiennent aussi en embuscade. Raide dans la première partie de la descente, le sentier devient ensuite plus plat et continue par une série de creux et de bosses, avant d'émerger sur des pentes herbeuses plus douces au-dessus d'Ober Spis. Mes quadriceps douloureux me rappelleront pendant trois jours à quel point je devais être crispé par la concentration pendant toute cette partie de la randonnée. Le balisage bleu-blanc est quand même largement exagéré, on ne dépasse pas le niveau T3.

Nous trouvons un endroit sympathique manger notre pique-nique, assis sur l'herbe tout en admirant la belle vue en direction de l'est, vers Brunnen et les Mythen. J'ai fait la première soupe de l'automne (haricots verts et carottes sont au menu du jour) ; nous avons aussi amené du jambon de Parme, du pain frais et bien croustillant comme je l'aime, deux sortes de fromage et du chocolat belge… seule l'absence du soleil et des quelques degrés supplémentaires qu'il aurait apportés empêchent ce déjeuner d'être parfait. Pendant que nous mangeons, un couple de paysans prépare l'alpage avant l'hiver : la femme va et vient dans la pente raide, démontant et enroulant une clôture électrique. Quant à son mari, il doit être un maître dans l'art du management car il ne fait rien, se contentant de regarder travailler son épouse.
 
Nous reprenons notre chemin, descendant par des pentes raides vers le chalet de Guberen (1360 m). Le terrain est toujours aussi malcommode, mélange de faux sentiers créés par les vaches et de touffes d'herbe instables qui n'attendent que de tordre les chevilles des randonneurs distraits. Pour rendre notre progression encore plus difficile, nous tombons sur quelque chose d'assez rare en Suisse pour être signalé : un paysan qui, de toute évidence, a décidé de rendre les choses difficiles pour les randonneurs. Bien que nous soyons sur un chemin balisé, tous les pâturages sont clôturés par des barbelés au lieu des rubans électriques habituels et, la plupart du temps, il n'y a aucun aménagement pour faciliter le passage d'un pâturage au suivant. La seule option consiste soit à enjamber le fil de fer barbelé (avec toutes les conséquences potentiellement cauchemardesques que cela implique), soit à s'allonger dans la boue et passer dessous.

Au-dessous de Guberen, où il y a une grande marque de balisage bleue et blanche peinte à l'angle du mur de la grange, nous perdons complètement le chemin. La carte semble indiquer qu'il descend en longeant la lisière de la forêt qui se trouve devant nous, mais il n'y a ni trace de chemin, ni passage dans la clôture (trois brins de fil barbelé cette fois, c'est du sérieux). Nous traversons les pentes horizontalement, cherchant un endroit pour passer de l'autre côté de clôture et descendre à Unter Spis, 150 mètres plus bas, où nous savons que nous retrouverons l'itinéraire balisé. Le sol devient de plus en boueux, jusqu'à ce que nous arrivions enfin à nous glisser sous les barbelés et la clôture électrique qui les borde (et qui nous gratifie de quelques petites décharges en guise de remerciement). Il faut encore avancer prudemment, car le terrain reste raide et plein de trous, mais nous finissons par atteindre la terre ferme et la piste d'alpage qui mène aux chalets joliment situés d'Unter Spis (1218 m).

Le reste de la randonnée est plus facile, bien qu'il reste  encore une bonne descente à faire jusqu'à Beckenried. Le sentier qui descend en forêt reste bien gras : il n'y a plus de précipice ni de barbelés meurtriers, mais le risque de glissade est réel, d'autant plus que notre concentration se relâche un peu. Nous survivons bien entendu et finissons par atteindre la route goudronnée à Halten (679 m). D'importants travaux sont en cours ici : on renforce les berges du Träschlibach pour essayer de dompter le torrent et l'empêcher de sortir de son lit par temps d'orage. Nous atteignons les premières maisons de Beckenried, merveilleusement situées en balcon au-dessus des eaux bleues du lac, face aux falaises roses et grises du Rigi. Nous sommes tous les deux d'accord pour dire qu'il serait sympa de vivre ici, cela vaudrait même largement le trajet plus long pour aller travailler. Si quelqu'un a quelques millions dont il ne sait quoi faire, nous pourrions en faire bon usage…  Nous arrivons au bord du lac à Beckenried (435 m) juste au moment où le vapeur Uri, construit en 1901, s'approche. J'avais prévu de rentrer à Lucerne en bus et en train, mais l'alternative lacustre est plus qu'attrayante et permet de terminer cette belle journée de manière idéale. Montagne à vaches ?  Oui, cela ne fait aucun doute… mais qui mérite largement l'effort  et le déplacement !

Hike partners: stephen


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