Stok Kangri : traversée du Ladakh et du Zanskar en combinaison vélo - trekking


Published by Bertrand Pro , 20 December 2012, 15h34.

Region: World » India
Date of the hike:20 September 2000
Hiking grading: T4 - High-level Alpine hike
Mountaineering grading: PD-
Waypoints:
Geo-Tags: IND 

Un petit récit exotique pour se redonner le moral en cette veille de Noël tristounette...plus de toute première fraîcheur, mais cela peut donner des idées sur une approche originale du Zanskar à ceux qui aiment à la fois le vélo, la rando et l'altitude. Nous étions partis du Ladakh pour gagner le Zanskar à vélo en une semaine avant d'entamer une traversée pédestre très sauvage de 9 jours jusqu'au CB du Stok Kangri, l'idée étant de finir le séjour par un peu d'alpinisme d'altitude sur ce sommet facile...Voici le récit complet rédigé à l'époque, pardon pour les longueurs. Ce récit est aussi un hommage à notre camarade Yves qui nous avait quitté 2 ans plus tard suite à une chute en montagne.

Dimanche 3/9, Leh (3500m)

“ Bharatme, kuch bhi ho sakta hain ” : “ En Inde, tout est possible ” dit l’Assimil “ le hindi sans peine ” (tu parles !) à la leçon 29. Même les miracles les plus inespérés : Berne-Zürich-Dehli-Leh en 24hs avec vélos et bagages à bon port et un minimum de stress (un minimum de sommeil aussi, il est vrai). “ Great Himalayan Outdoors ”, notre partenaire logistique indien certes généreusement rémunéré, est à la hauteur de sa réputation, transits et transbahutages s’enchaînent  - appuyés par une débauche de personnel à chaque étape – avec une efficacité toute helvétique.

Un peu sonnés quand même par 24hs quasiment sans dormir, les conseils du patron du délicieux hôtel Shambala de Leh semblent frappés au sceau du bon sens : “ Attention à l’altitude, vous êtes à 3500m, les touristes font souvent des malaises en arrivant, pas de vélo avant 2 jours, repos total aujourd’hui… ”. Réaction unanime des 4 enragés de la défonce physique vexés d’être confondus avec de vulgaires gringos de base : démarrage immédiat pour une visite pédestre accélérée de Leh et de son belvédère escarpé le monastère de Tsemo, puis départ pour 100 km de vélo le lendemain à l’aube…

Revoir Leh, surtout à la sortie de la saison touristique estivale, est toujours un plaisir, les choses n’ont finalement pas tellement changé, toujours les mêmes échoppes innombrables happant les visages-pâles pour leur refourguer Tankas, Bouddhas ou écharpes de cachemire, toujours la même lumière de rêve baignant ce site étonnant…Tout au plus quelques Cybercafés ainsi qu’une multiplication des “ German Bakery ” (par ailleurs fort séduisantes pour les montagnards affamés ou feignant de l’être) montrent que le temps ne s’arrête nulle part, pas même ici…


Lundi 4/9, Khalsi (3150m)                        100km/+1200m

Ce devait être une journée d’introduction tranquille. 100 km quand même, mais bien asphaltés et à dominante descendante…sur la carte évidemment – si on peut appeler ainsi une copie de photo satellite au 350.000ème. Sur le terrain il en va comme toujours différemment. J’étais pourtant passé ici il y a 3 ans mais seuls m’étaient restés en mémoire l’intense sauvagerie et l’extraordinaire beauté minérale du trajet…merveilleuse faculté sélective du souvenir. Tout cela est bien sûr toujours présent mais l’esprit du Bouddha Ladakhi souhaite sans doute aussi nous rappeler à une saine modération par quelques épreuves initiatiques !

Epreuves collectives : vent de face violent et permanent tout au long de la journée ; soleil brûlant et toujours dans la figure quelque soit la direction de la route ; inflation de camions militaires puants (et, sans doute corrélée, inflation des casernements dans le plus pur style “ Désert des Tartares ”). Enfin pour rester objectifs on est encore loin de la Furka les dimanches d’été et ces soldats rigolards sont tout de même plus avenants que les bourrins teutons à moto. Comme si cela ne suffisait pas, un relief de montagnes russes incessantes portent le dénivellé (montant !) de cette étape descendante à plus de 1200m…

Les 2 membres du groupe au Karma le plus médiocre sont frappés en supplément d’un châtiment individuel. On est même pas partis depuis 1h qu’Yves, en tentant acrobatiquement de rattraper sa casquette au vol, prend une magistrale gamelle s’épluchant au passage consciencieusement hanches, coudes et genoux. La main d’or du Doc Raphaël (règle n°1 en expé, toujours avoir un toubib à portée de main…) le remet d’aplomb avec une étonnante rapidité et notre camarade affichera désormais fièrement ses stigmates devant les yeux médusés des gosses de village. Quand à l’auteur de ses lignes, son passé doit lui aussi sûrement être chargé de choses inavouables car 3 crevaisons consécutives lui sont infligées en moins de 10 km un peu plus tard. Seul un changement de pneu mettra fin à la série infernale. Heureusement qu’on avait pu convaincre notre guide Norbu le matin même d’embarquer une pompe à pied dans le camion !

Et pourtant, les épreuves franchies, c’est la Voie de la Lumière qui s’ouvre, l’accueil au thé beurré (beurk !) dans la maison familiale de Norbu, la terrasse ombragée du bistrot de Khalsi, les tentes déjà installées au milieu des fleurs sous les peupliers, le plantureux dîner au Dhal-Bat…Toute l’équipe brûle de remettre ça le lendemain en route vers l’Illumination.


Mardi 5/9, Mulbek (3400m)                        88 km/+1600m

100km théoriquement en descente nous ayant occupés la veille une dizaine d’heures, il est assez logique de mettre au programme de la journée une distance voisine mais avec 2 cols à 4000m. “ Heureux les simples d’esprit car ils verront Bouddha ”… Le but en est pourtant louable : d’abord puisque même les descentes montent, autant faire carrément des cols, perdu pour perdu on aura au moins nourri nos égos. De plus, l’opération permettrait de shunter une nuit à Kargil où des son-et-lumières croisés des armées indiennes et pakistanaises ne sont jamais à exclure. Et accessoirement  de prendre un peu d’avance pour les 240km de piste restant à avaler jusqu’au terminus de Padum. Dont on imagine mal comment en venir à bout dans les 3 jours impartis au vu de notre glorieuse moyenne kilométrique de 11 à l’heure – sur goudron !

Le déploiement militaire incessant ayant affligé le Ladakh au cours de ces dernières années a au moins pour contrepartie bénéfique l’entretien de l’asphalte voire même exceptionnellement la construction de nouvelles routes rectifiant le tracé biscornu des anciennes. La montée au légendaire monastère de Lamayuru offre ainsi l’option longue de l’ancienne route (choisie par Raphaël en solitaire) et une nouvelle chaussée fort spectaculaire à travers les gorges se creusant sous ledit monastère. “ libre à toi de rallonger la sauce, mais tu es prié de speeder, pas question de t’attendre à Lamayuru, l’étape est longue… ”. Stimulé par mes propos fâchisants, et malgré 10 km de plus et un paquet de montée supplémentaire, notre toubib – dans la force de ses 27 ans – nous précède en fait de plus d’1/2 heure là haut. C’est beau la jeunesse (sniff !). Il est vrai que le convoi de l’option courte transporte son chariot d’éclopés, Yves au coude immobile et gonflé comme une patate (au moins notre écolo de service a-t-il enfin accepté d’ingurgiter un comprimé), Agnès trahie par une partie de son anatomie qu’il m’est défendu de nommer ici…

Les moines ont récemment introduit le pantalon obligatoire pour les visites, la nôtre est par conséquent écourtée mais, comme la plupart des “ Gompas ”, Lamayuru vaut de toutes manières plus par son site que par l’intérieur ténébreux de ses bâtiments. Le décor minéral du col du Fotu-La, 4120m et 15km plus haut, n’a rien perdu de sa fascination et soutiendrait aisément la comparaison avec les plus beaux paysages de l’Atacama. Le temps de dévaler les lacets de la descente, le vent  siffle dans les oreilles, et notre équipe indienne nous attend à l’entrée d’Hiniskuh pour un plantureux déjeuner sous la tente, à la préparation aussi rapide que la digestion en sera lente…Difficile de se retenir quand c’est aussi alléchant – mais encore plus difficile de remonter sur le vélo quand on n’a pas su se retenir ! Bah, tant qu’on a pas de dilemme plus douloureux à résoudre…

Le col suivant du Namika-La est certes un peu plus haut que sur les cartes, le vent est toujours de face comme depuis le départ, mais on doit finalement commencer à être acclimatés en dépit de notre peu de sagesse dans ce domaine, et on a tôt fait de basculer de l’autre côté. Une descente impressionnante d’une centaine de lacets, quelques uns “ adrénalisés ” par l’apparition impromptue d’un monstre militaire au détour d’un virage (et la route n’est pas large !), et on atterrit en douceur à Mulbek. Où sur proposition de Norbu on va même jusqu’à accepter le luxe indécent d’un “ Tourist bungalow ” doté d’eau courante (!) et d’un peu de lumière (!!)…C’est aussi l’occasion de croiser nos 1ers “ touristes ” du séjour, un couple de vieux 68ards hispano-bernois se promenant à moto en Inde depuis un bon paquet de mois sans grand souci du lendemain. Ils reviennent justement du Zanskar et nous confirment que nos 200km de piste prévus ne sont “ pas dans un état extraordinaire ” (sic). En l’absence de garnison, il ne fallait évidemment pas s’attendre à voir un billard de goudron surgir comme par miracle…Un vrai délice que de les écouter présenter leurs rencontres sous forme “ d’énergie vitale ”. Les musulmans de la vallée de Suru : “ contact difficile, nos énergies ont du mal à s’harmoniser. Mais le problème est sûrement de notre côté ”. Les camions militaires fous hantant la région : “ évidemment à vélo vous ne fonctionnez pas sur le même type d’énergie ”…On ne le lui fait pas dire !


Mercredi 6/9, Panikar (3350m)                        108km/+1000m

Un dilemme cornélien a agité les débats du diner-banquet de la veille : rester pour une fois sur la voie de la raison et terminer l’étape à Sanku, à l’entrée de la vallée de Suru et au bout du goudron, ou pousser jusqu’à Panikar, un village superbement niché au pied des 7000 étincelant du Nun-Kun, mais à près de 110km de Mulbek dont 35 de piste à l’état incertain…Au vu des moyennes laborieuses réalisées sur l’asphalte les jours précédents, le pari semble osé. Le compromis helvétique idéal consisterait naturellement à camper entre les 2. Mais il s’agit d’un no man’s land tout juste occupé par quelques villages musulmans “ potentiellement hostiles ” selon Norbu qui ne manifeste aucun enthousiasme particulier pour aller vérifier sur le terrain ses hypothèses malveillantes…

Résultat : réveil à 6h et à 7h tapantes, Norbu et Lobsang expédient sans ménagement sur la route 4 cyclotouristes aux yeux encore ensommeillés. Le vieil adage un peu obsessionnel du montagnard “ partir tôt ! ” récompense une nouvelle fois ses disciples : les 40km jusqu’à Kargil sont dévalés sur une route quasi déserte et avant que le maudit vent de face ayant la fâcheuse habitude de nous souffler dans les rayons n’ait eu le temps de se lever. Karma ++ : c’est là journée des bonnes surprises : les 40km de descente descendent vraiment sans remonter (une évidence apparente pourtant souvent contredite sur les routes himalayennes), les soldaillons ayant investi Kargil se tiennent tranquilles, et les 30 premiers kms de la vallée de Suru sont vraiment goudronnés, quasi plats, et avec le vent dans le dos. Comme promis, le macadam cesse à tout jamais ses bons et loyaux services au km 30. La piste qui s’ensuit se compose en fait d’une alternance d’anciens morceaux de goudron démolis par la rudesse du climat local (marteau-piqueur, le bruit et la fumée en moins…) et de tronçons sablo-terro-caillouteux pédalables avec un peu de motivation. Notre fidèle camion suiveur, après un crochet de ravitaillement à Kargil (patates, poules vivantes – dont le contingent diminuera jour après jour ! –, piments incendiaires, etc…) ne nous rattrape cependant qu’à 20km de l’arrivée. “ Mais qu’est ce qu’elle fonce, ta femme ” me lance Norbu avec un grand sourire. “ Normal, il me fait crapahuter chaque WE par toutes les conditions ”  fuse la réponse. C’est malin, on va encore me prendre pour un despote même pas éclairé !

Les sanctuaires étincelants du Nun et du Kun, à plus de 7000m les cimes culminantes du Cachemire, apparaissent comme prévu au détour d’un virage, masse blanche irréelle et presque anachronique dans cet univers pétrifié juste égayé par la verdure collée au bord du ruban de la rivière. Entre école, travaux des champs et  mosquée, la plupart des gamins sont bien occupés et la poignée d’oisifs nous saluant à grand coup de “ one pen pliz ” sont finalement plus attachants que pénibles. Le campement du soir à la sortie de Panikar rameute sur nous la moitié du village mais les momes restent étonnamment respectueux des préceptes coraniques (“ ne rien ingérer venant de la main impure d’un infidèle ”) et font même à Raphaël l’affront de lui refuser son chocolat noir gastronomique “ garanti 78% ”…

Le repas du soir aurait sûrement nourri le village entier. A se demander ce qu’ils font jour après jour des ¾ des plats – pourtant des plus appétissants – que nous laissons intouchés !


Jeudi 7/9, Juldo (4000m)                            55km / +1000m

Les belles montagnes glaciaires jaillissant au dessus de la vallée de Suru sont certes plus spectaculaires que les cimes pierrailleuses autour de Leh, mais les glaciers ne se nourrissent pas que de soleil.. Ajoutons y la faculté innée de l’auteur de ces lignes d’attirer les nuages même au milieu du désert et le tableau du matin est finalement logique : ciel menaçant, vent aigre et sommets noyés dans la brume. Tout cela bien sûr le jour précis où la description du guide annonçait, à grand renfort de superlatifs, plein de panoramas “saisissants ” sur les cascades de séracs “ étincelantes ” plongeant sur la vallée tous les 5km, sans parler de “ l’extraordinaire vert ” de la plaine alluviale de Juldo. Ma foi tout cela existe bien, Allah élève même le plafond nuageux pour ne pas nous frustrer complètement, simplement l’ambiance évoque davantage les montagnes islandaises que la lumière aveuglante du Ladakh. Enfin tout cela a aussi son charme – c’est en tous cas ce que chacun s’efforce de penser jusqu’à la remise en selle après un Nième festin sous tente au milieu de nulle part sur les bords de la Suru. C’est alors…

Est-ce l’irritation d’Allah de nous voir quitter la terre d’Islam pour revenir au royaume de Bouddha ? Ou l’homonyme ladakhi de Murphy ? Alors que la piste, jusque là chaotique, devient franchement épouvantable, une pluie drue et froide qu’on croirait sortie tout droit d’Appenzell, se met à nous cingler le visage et un paquet de troupeaux récalcitrants surgis de nulle part prend possession de la route obligeant à d’acrobatiques dépassements. Malgré leur apparence trouillarde, ces bestioles mélangées de yaks ont de grosses cornes fort pointues !

Nos anges-gardiens du camion suiveur nous proposent aussitôt de trouver refuge dans la remorque pour finir l’étape au sec. Refus collectif évidemment. Le courage est comme (presque) toujours récompensé, le marteau-piqueur finit par se calmer, la pluie aussi…et l’arrivée à Rangdum offre à la fois la lumière magique d’une éclaircie et le confort (enfin, relatif !) du “ Rangdum Tourist Lodge ” partagé avec quelques soldaillons exilés dans ce coin perdu. L’officier en chef, qui doit vraiment être en manque de conversation, s’extasie devant mes bribes d’Hindi (“ Mais où as-tu appris ? Tout seul ? Mais si, tu parles très bien ”…). La flatterie mensongère transcende vraiment toutes les cultures !


Vendredi 8/9, Abran (3800m)                        70km/+750m

Au moment où le fidèle Raj Kumar, comme tous les jours à 6hs, apporte le “ morning tea ” et la bassine d’eau chaude (rituel immuable, tente ou pas), on se pince pour ne pas rêver : dehors, air pinçant, ciel dégagé, massif du Nun Kun étincelant dans l’azur, merveilleuse lumière rasante qui rendrait presque le kaki de nos soldaillons aussi poétique que la patine des vieilles demeures bernoises…évidemment 1h plus tard tout s’est recouvert et l’illusion de quelques clichés “ à la Föllmi ” du monastère voisin de Rangdum (Potala miniature sur son rocher au milieu d’un décor d’une grandiose minéralité) se réalisera sans doute dans une vie future. La chaleur de l’accueil du lama en chef contraste avec la rudesse des lieux, probablement propice à la méditation, mais exigeant de ses habitants une solide dose d’idéalisme pour affronter dans un isolement  absolu des hivers à –30°…

Nous apprenons accessoirement la triste histoire expliquant la présence insolite de nos militaires à quelques kms de là : un commando terroriste de séparatistes kashmiris a poussé le fanatisme meurtrier jusqu’à remonter depuis Kargil l’infecte piste nous ayant secoué les reins depuis 2 jours pour venir froidement exécuter 3 moines de Rangdum. Plus une touriste allemande qui avait la mauvaise idée de se trouver là au mauvais moment. C’était en juillet dernier, il y a moins de 2 mois. Les militaires indiens sont d’un seul coup pardonnés de tous leurs convois de monstres puants !

Suite de la journée dans un décor d’une impressionnante solitude, monde désolé de brun et de gris juste égayé par une poignée de cimes glaciaires à l’architecture particulièrement audacieuse que leurs guirlandes de séracs luisants protégeront sans doute encore longtemps de toute velléité ascensionniste. Les 4480m du col du Pensi-La, en dehors de représenter une importante frontière géographique séparant le Zanskar du reste du monde, sont aussi et surtout le record d’altitude cycliste pour la majorité du groupe. C’est aussi l’espoir de temps meilleurs pour nos postérieurs endoloris : le couple de babas hispanos-bernois ne nous avait-il pas promis que la piste s’améliorait “ substantiellement ” après le passage du col ? Et en effet, Oh Wunder, le tape-cul fait place miraculeusement à un doux ruban de terre dés que l’on bascule de l’autre côté. 500m plus loin, la terre fait place à la plus épouvantable caillasse de tout le parcours et c’est une abominable partie de marteau-piqueur qui nous est infligée jusqu’à la vision bénie de la tente-mess du déjeuner, synonyme de cessation provisoire de toute torture vélocipédique…voilà ce c’est que de croire des motards !

Après-midi rédemptrice dans des paysages d’une somptueuse sauvagerie et sous un soleil revenu. La masse glaciaire des 6600m du Durung-Drun scintille d’une beauté irréelle au dessus de nos têtes et nous réconcilie séance tenante avec le Zanskar tout entier. Comment comprendre alors le chapelet de malédictions qui s’ensuit ? Passe encore une petite crevaison – ce n’est finalement que la 2ème de tout le séjour – que Yves nous répare en 5mn chrono. Mais à 1km du but, le pittoresque hameau d’Abran, c’est Raphaël qui est frappé à son tour d’un coup terrible : l’axe de son moyeu arrière – sans doute excédé par 300km de secousses permanentes dans le sable et la poussière, casse net. Heureusement que nos compagnons indo-népalais nous évitent un camping en plein vent en nous dénichant une providentielle et douillette maison villageoise. D’où Agnès et moi observons les moissons en cours, confortablement installés une tasse de thé aux lèvres. Pendant que nos 2 camarades tentent désespérément une réparation acrobatique de l’axe brisé à l’aide d’un câble de frein (!) sous les regards fascinés des gamins d’Abran…


Samedi 9/9, Padum (3650m)                        45k/+450m

Soyons honnêtes une journée à oublier. D’abord la mutinerie de la mécanique gagne du terrain : la roue arrière de Raphaël bricolée au fil de fer menace à tout instant de se détacher et ne parviendra au terme de l’étape que par on ne sait quel miracle. Les deux (!) dérailleurs d’Yves rendent successivement l’âme dés le matin et le malheureux est contraint de faire tout le trajet en moulinant frénétiquement sur le petit plateau ; en jurant bien qu’on ne l’y reprendrait plus…L’heure de soleil habituelle de l’aube fait place dés le départ à un ciel menaçant tuant dans l’œuf toute velléité photographique. Un crochet en milieu de matinée chez l’oncle de Lobsang nous force à ingurgiter la spécialité locale, la farine d’orge gluante de beurre rance, qui finira me détraquer le tube digestif – et le bougre est pourtant robuste ! Sans doute la nuit blanche de la veille au milieu d’un concert d’aboiements ininterrompu des clébards du village n’a-t-elle  pas arrangé les choses…

L’ “ Hôtel ” (sic) de Padum fait assez fort dans le sordide mais est semble-t-il à préférer au camping en raison des vols fréquents ( ? ? ?) ternissant l’image du lieu. La petite communauté musulmane, trahie par sa mosquée, est bien sûr le coupable tout désigné, cet avis tranché de nos amis indiens étant bien sûr partagé aussitôt par l’ensemble du groupe…Fini le cahier des pleurs ? Que nenni ! Norbu revient l’air sombre  avec des prévisions météo médiocres. Pendant que le lit de notre chambre trouve le moyen de s’écrouler sitôt assis dessus – certes la cuisine de Gopal se charge efficacement de prévenir tout amaigrissement quelque soit l’effort consenti, mais tout de même…Enfin, la section cyclotouristique est à son terme, tout le  monde est là et plus ou moins entier, pas un km n’a été accompli en camion et demain est un autre jour. “ A pied, enfin ” comme le résume si bien notre vélophobe de service Yves qui nous répète matin , midi et soir que c’est “ la dernière fois ” !


Dimanche  10/9, Zangla (3500m)                        0km/+0m…

Les évènements se précipitent : Raphaël et moi sommes passablement KO ce matin, même en ayant sauté le dîner de la veille, difficile d’avaler grand chose. Origine précise du mal inconnue, il semble simplement impossible de réaliser un séjour complet en Inde sans une rébellion digestive à un moment ou à un autre…A tout prendre le jour n’est pas trop mal choisi puisque les 30km à plat jusqu’à Zangla s’effectuent sur une piste carrossable : la proposition charitable de Norbu de nous faire effectuer le trajet en camion est donc accueillie avec intérêt malgré l’intolérable entorse à l’étique qu’elle représente. Reste de la journée glauque, patraque et léthargique à somnoler telle une misérable larve devant la tente sans oser toucher au packlunch et en rêvant à des jours meilleurs…Yves débarque vers 14hs au bout de 6hs de marche tête baissée. Notre montagnard radicaliste sera donc le seul à pouvoir se targuer de n’avoir pas parcouru le moindre mètre du trajet par des moyens mécaniques.

Le malheur n’est jamais éternel, la preuve je réussis à me lever en fin d’après-midi et même à marcher quelque temps, appelé par le sens du devoir : le monastère désaffecté de Zangla, nimbé d’une lumière crépusculaire, offre quelques clichés spectaculaires que même à ½ mort un apprenti photographe motivé ne saurait laisser échapper…Aiguisé par l’effort (sic), l’appétit revient à son tour le soir, la vie mérite finalement quand même d’être vécue !


Lundi 11/9, Zangla Sumdo (4000m)                        +550m

Alleluia, ou plutôt “ om mani padme um ” : c’est la résurrection générale (on n’ose quand même pas encore parler de réincarnation), tout le monde est à peu près guéri,  le ciel est enfin du bleu limpide qu’on est en droit d’attendre dans un coin aussi désertique. La courte étape de la journée permet un crochet au couvent de nonnes de Zangla où nous sommes accueillis avec rires et sourires exubérants – si l’on excepte l’absence de bonshommes, la définition locale d’un couvent paraît bien éloignée de celle ayant cours chez nous. C’est en fait le plus souvent le seul moyen pour les familles de faire étudier certaines de leurs filles. Qui sont quand même interdites de mariage à tout jamais si elles quittent les ordres par la suite…se consacrant alors exclusivement à la prière et à la méditation pour le compte du village, qui assure en retour leur subsistance ! Un accord tacite où chaque partie semble trouver son compte…

Les 4hs de marche jusqu’au campement de Zangla Sumdo donnent la tonalité de la suite de la traversée : désert humain total, gorges aux impressionnantes parois de rocher rouge et ocre, innombrables traversées de torrents avec de l’eau bien fraîche (environ 1°…) jusqu’aux genoux…Les Zanskaris ont il est vrai d’autres chats à fouetter pour survivre dans un tel environnement que de construire des ponts que la prochaine mousson s’empressera d’emporter. Bilan de la journée : 14 séances de flotch-flotch – et il y en a paraît-il une centaine jusqu’à Stok…(“ Mais non, ça c’est la légende, une cinquantaine à tout casser ” rétorque Lobsang “ mais certaines jusqu’à la taille …”). On se donne encore la peine de retirer les chaussures aux premières avant de se résigner à patauger pour toutes les suivantes et à faire l’étape les pieds trempés, ce qui n’a rien de pénible au vu de la violence du soleil vers midi. Remettre les mêmes godillots mouillés dans l’aube glaciale du lendemain sera sûrement une autre histoire, mais tout cela est encore loin. Campement idyllique (arbres, ruisseau, soleil, et même un peu d’herbe rabougrie), arrivée précoce (les mules d’ailleurs bien avant nous !), aucune excuse pour ne pas s’imposer une brève toilette de chat , la 1ère depuis…bien longtemps pour certains membres du groupe faciles à deviner !


Mardi 12/9, endroit anonyme perdu…(4100m)                +1050m

Avouons le humblement : il y a très longtemps que je n’en avait pas autant …é pour 1000 “ malheureux ” mètres de dénivellé. J’entends déjà les mauvaises langues des sédentaires : “ Bien fait ! Ca lui fera peut-être comprendre ce qu’on endure lorsque nous avons la faiblesse de nous laisser traîner pour une prétendue ballade en montagne ”…Le coupable ? A nouveau la vile intendance tuyautière dont on avait parié un peu hâtivement sur le rétablissement complet. Il a suffi d’un dîner et d’un P-dèj au format “ raid montagne ” pour transformer la révolte qui couvait encore en grève générale bien suivie, l’effort et l’altitude ne faisant bien sûr rien pour arranger les choses…Raphaël est atteint du même mal et ce sont 2 vieillards haletants appuyés sur leurs bâtons qui débouchent péniblement sur les 4950m du col du Charchar La.

Panorama grandiose, chortens et drapeaux de prière de rigueur, descente impressionnante dans des gorges à peine striées d’un sentier escarpé et parfois exposé, dont on se demande vraiment comment 10 mules lardées de bagages pourront le franchir sans dégâts…Je ne suis guère à la hauteur pour profiter de tout cela mais mon inusable Agnès fixe l’essentiel sur vidéo pour des jours meilleurs. Quant à Norbu, il ne me quitte pas un instant du regard, prêt à enrayer un faux pas aux conséquences fâcheuses. Je vais même jusqu’à lui céder mon sac pour un long passage aquatique dans l’eau glacée d’un boyau rocheux – heureusement que Lobsang avait promis un “ dry day ”, les bottines de néoprène restant du coup sagement sur les mules…

La pause de midi est l’occasion d’un premier conflit avec les muletiers qui préféreraient en rester là pour la journée, le camp initialement prévu 2-3hs plus loin étant paraît-il trop chiche en herbe pour sustenter les animaux. Au vu du décor minéral de notre emplacement de casse-croûte, on voit mal comment trouver un coin encore plus pauvre en verdure, mais les 2 cornacs n’en démordent pas et il faut une intervention musclée de Norbu pour les persuader de reprendre le chemin. Gorges, défilé, falaises, parois, caillasses, le cheminement est certes majestueux mais l’ébauche de sentier est tout de même passablement tort-pattes et puis à en abuser on finit par se lasser même des bonnes choses. Personne n’est donc fâché de poser ses fesses par terre sur les coups de 17hs pendant que nos valeureux accompagnateurs continuent à trimer pour installer les tentes et lancer les fourneaux. “ La vie du vacancier-trekkeur embourgeoisé a du bon ” serait-on tenté de dire. J’aurais pourtant donné gros quelques heures plus tôt pour être n’importe où ailleurs qu’en vacances au Zanskar !


Mercredi 13/9, Kurna Sumdo (3800m)                        +150m

Que d’eau, que d’eau ! La journée la plus aquatique du séjour : 34  traversées de rivière selon le comptage personnel de Yves  - et encore le bougre en a-t-il shunté pas mal en gravissant les talus escarpés et parfois scabreux dominant la gorge dés que c’était possible. Le reste du groupe a rapidement arrêté de compter pour passer la journée entière à patauger joyeusement avec une exubérance qu’on pensait oubliée depuis l’enfance…

En vertu d’une mousson anémique dans la région, les traversées “ avec de l’eau jusqu’à la taille ” promises par le programme se transforment tout au plus en séances de bains bouillonnants à peine jusqu’aux cuisses. Agnès, tout émoustillée d’étrenner ses chaussons en néoprène, pousse même le vice jusqu’à parcourir toute la fin de l’étape intégralement dans l’eau. Ce bain prolongé dans les eaux pures du Zanskar bouddhiste semble en outre avoir des effets des plus bénéfiques sur la santé des patients, Raphaël et moi-même ayant recouvré comme par miracle tout à la fois la forme physique, la gaieté de l’esprit et l’avidité de l’estomac…

Même nos muletiers grognons de la veille ont retrouvé le sourire : le camp du soir est une merveilleuse aire de sable fin au bord de la rivière et sous le regard majestueux de grandes parois de rocher coloré, le tout garni d’eucalyptus, d’aubépines et – surtout - de grosses touffes d’herbe sèche. Dont pas une vache suisse ne voudrait mais que nos mules faméliques semblent trouver parfaitement délectables à leur palais…

Finissons par un double coup de chapeau à Lobsang : d’abord il a réussi à porter Agnès sur son dos pour une des 1ères traversées de torrent (sans chercher il est vrai à recommencer ensuite !). D’autre part il finit l’étape les pieds secs au prix d’une trentaine d’opérations de déchaussage/rechaussage, sans doute pour éviter de porter le coup fatal à ses vieilles tennis déjà toutes proches de la réincarnation…


Jeudi 14/9, Camp sud du Rubrak La (4370m)                +600m

Très mauvaise surprise au réveil : toutes les mules ont disparu ! Branle-bas de combat chez nos muletiers, le crottin frais trahit vite la direction de la fuite mais quant à les ramener…Ces animaux espiègles, estimant l’herbe du camp quand même trop maigre à leur goût, ont tout simplement profité de la pleine lune pour…rejoindre par anticipation le campement suivant (!) aux meilleures perspectives baffratoires. Mais évidemment et pour cause sans les bagages…Nos 2 malheureux muletiers en seront quittes pour monter là haut en courant au petit matin, redescendre avec le troupeau vers midi jusqu’en bas pour remonter avec mules + chargement l’après-midi, soit 3 fois l’étape du jour, 2 fois en montée 1 fois en descente…La distance est certes assez courte sur la carte mais le terrain demeure – comme toujours sur ce trek solitaire – extrêmement rugueux, les dernières crues n’ayant sans doute rien arrangé. Il nous faudra près de 5hs de marche pour un aller simple, cela donne une idée de la santé des bestioles et de leurs patrons !  

Arrivés vers 15h30 sur le site somptueux du camp (herbe et bosquets dans leur robe automnale, brun des cathédrales rocheuses nous dominant, blanc des glaciers un étage plus haut, troupeaux de chèvres de montagne, mais j’ai l’impression de me répéter…) une anxieuse attente s’engage. Les muletiers ont promis d’être de retour en haut vers 18hs mais est-ce bien réaliste ? Sans compter que le sentier présente une paire de vilains passages scabreux et aériens au dessus de la gorge – pas trop terrible pour un touriste bien nourri et sans sac mais les 12 canassons fatigués et lardés de bagages devront sans doute être débâtés pour leur éviter une glissade terminale. A 40 kg par tête (de mule !), nos muletiers en auront pour un bon moment à tout transporter à dos d’homme…

A 18hs, alors que la nuit approche, que le froid s’installe et qu’on ne voit rien à l’horizon, les différentes stratégies de survie sont comparées : marcher en rond jusqu’à l’aube, dormir tous enlacés par terre dans les buissons, effectuer un coup de force dans la petite tente de Moritz, un Allemand solitaire mais jovial réalisant la même traversée que nous mais en autonomie totale (cet idiot nous donnerait presque mauvaise conscience avec notre armée de serviteurs divers !)…Soulagement général à ½ h de la nuit, un lointain et salvateur bruit de clochettes, un premier museau qui apparaît au détour d’un rocher…SAUVES ! la survie est remis à plus tard. Elle est finalement bien plus agréable à lire dans un bon bouquin de montagne qu’à vivre sur le terrain !


Vendredi 15/9, Markha (3850m)                            +600m

C’est le grand retour à la civilisation, avec ses bons et ses mauvais côtés : la longue étape d’aujourd’hui nous ramène dans la grande vallée de la Markha, un des itinéraires de trekking les plus fréquentés du Ladakh dû à sa facilité d’accès, à ses nombreux et jolis villages, à ses campements confortables “ cum ” tea-house – les autochtones ont rapidement su s’adapter aux désirs intimes des gringos randonneurs…Après des jours à trébucher dans la caillasse, un bon sentier a bien sûr du charme mais la foule (enfin relative, 5 ou 6 tentes, mais on goûte vite à l’asocialité au bout d’une semaine de solitude…) partageant le camp du soir nous paraît évidemment plus déplacée. Enfin à ce prix là on a droit à l’herbe la plus grasse et au sol le plus plat depuis le début du voyage.

La journée ? Superbe montée au col du Rubarung La par une sente spectaculaire au fond d’une tranchée rocheuse. Descente un tantinet interminable mais dans un cadre grandiose;  les crues de la rivière ont recouvert les galets d’une couche de limon finalement bien plus digeste à parcourir que prévu : du coup l’étape annoncée comme marathon s’achève finalement à 16hs à Markha – non sans avoir dû se mouiller une dernière fois les pieds, les crues de l’été ayant fait sauter tous les ponts sur la rivière homonyme.

Une fois de plus les touristes ont bon goût, le village de Markha est aussi beau que le dit Lonely Planet avec son monastère perché, ses champs d’orge dorés étincelant dans la lumière crue de l’altitude, et même son moulin à eau en marche. Quel dommage quand même de transformer ce beau grain craquant en farine grise dont le triste sort sera alors, une fois mélangée au beurre rance de yak, d’indisposer l’estomac des trekkeurs…Oui je sais, je m’égare !

L’irruption du tourisme de masse resserre les liens entre les voyageurs “ purs ” et nous découvrons enfin, autour d’un “ tea-time ” + diner commun, notre accompagnateur solitaire nous ayant suivi en autonomie depuis le départ. L’ “ Allemand bizarre ” devient alors Moritz, un globe-trotter souabe extrêmement sympathique parcourant les montagnes himalayennes depuis une dizaine d’années. Et dont les récits d’épopées itinérantes du Népal au Pakistan rempliraient aisément un bon livre d’aventures…En l’écoutant, tous terriblement jaloux, conter ses vadrouilles trimestrielles à répétition, personne n’ose lui poser la question horriblement terre-à-terre d’un éventuel gagne-pain sustentatoire pour ses tristes périodes inter-himalayennes. Il finira par nous expliquer – sans aucune trace de culpabilité – qu’il vit chez ses parents et travaille 6 mois par an comme charpentier, au désespoir de ses patrons successifs qui le voient démissionner avec une lassante régularité chaque année en fin d’été…


Samedi 16/9, Skiu (3450m)                            +100m

La journée redémarre par un Nième bain de pieds pour retraverser la Markha et revenir sur nos pas histoire de visiter le petit monastère local (une certaine lassitude se fait sentir…) et de revenir mitrailler le coin sous une meilleure lumière. 1h d’extra mais l’étape ne totalise que 7hs de marche à plat et quelques clichés bien claquants (paysans chargés de foin cum yaks sur fond de chortens, le tout baigné de lumière rasante…) valent bien un petit effort – surtout qu’avec le régime *** auquel nous soumet Gopal, Agnès s’inquiète déjà d’avoir du mal à remettre ses fringues de travail au retour…

Pour le reste journée sans histoire à randonner nonchalamment dans l’écrin de verdure des bords de rivière, de villages en chortens, avec toujours au dessus de nos têtes, baignés d’une lumière aveuglante, le rouge des parois et le bleu du ciel…La haute saison touristique d’été prend fin et on ne croise finalement qu’une poignée de visages-pâles, le tourisme de masse ici n’est encore heureusement qu’un cauchemar lointain – 7h de marche par jour à 4000m et en plein cagnard avec camping rustique + toilette dans un torrent glacé, ça n’attirera en principe jamais trop les foules !

Un campement bucolique de plus ce soir, herbe douce, verdure, cadre majestueux, les indigènes sont quand même sympas de sacrifier leurs plus belles prairies pour les tentes des trekkeurs, même contre une poignée de roupies. L’eau de la Markha paraît étonnamment tiède (sans doute plus de 10° !) et avec la chaleur ambiante, chacun réussit à s’imposer une (quasi) toilette intégrale avant le thé de 5 heures.


Dimanche 17/9, Yurutse (4000m)                    +1650mw-1100m

Enfin une étape au profil un peu accentué ! Ca ne fait pas de mal de changer des interminables fonds de vallée plats où chaque coude du torrent ne dévoile que les 2h à plat jusqu’au coude suivant…Certes on est encore loin des sentiers escarpés permettant de prendre de la hauteur tel un ascenseur dans nos Alpes chéries (sniff !) ; mais rien à dire, ça monte et l’altimètre enregistre une respectable dénivellation de +1530m entre Skiu et le magnifique col du Ganda La atteint dés midi. Le ciel est tous les jours plus bleu, la forme tous les jours meilleure, l’air est doux et le paysage enchanteur…la frugalité du “ pack-lunch ” préparé par Gopal et Raj Kumar rend le déjeuner rapide et l’estomac léger (enfin, pour ceux ayant achevé de digérer l’orgie quotidienne de porridge et pancakes du matin !) : décision est donc prise de s’octroyer un petit extra…

Les explorateurs se séparent pour balayer plus large : Yves se lance tout seul dans un assaut à l’issue incertaine du Palum, un tas de caillasses de 5360m apparemment “ pas trop loin du col ”. En tous cas selon notre carte au 350.000ème qui – quoique n’approchant même pas la précision d’une grossière carte routière européenne – constitue hélas le seul viatique du randonneur dans la région. Personne ne s’attend à la revoir avant le crépuscule…Les 3 membres les plus assagis du groupe se contentent d’une petite bosse à 5100m pas loin du col, qui délivre une vue spectaculaire sur le Stok Kangri, notre objectif alpinistique des jours suivants. Dont les 6121m de glace et de roc ont l’air fâcheusement indigestes vus de ce côté-ci. Heureusement que la voie normale est de l’autre coté…

1h30 de descente reposante et superbe plus loin et nous sommes au village de Yurutse – enfin ce qui figure comme tel sur la carte. L’endroit consistant en tout et pour tout d’une maison défendue par 2 yaks à l’allure aggressive, malheur au voyageur démuni qui aurait trop conté dessus pour se ravitailler ! L’infirmerie du jour : Agnès se remet parfaitement de sa petite foulure à la cheville de la veille, Raphaël voit avec inquiétude une vieille pathologie méniscale se réveiller – une guerre totale aux anti-inflammatoires est déclarée – et, plus grave, le cuisinier Gopal est enrhumé. Même si un régime spartiate ne ferait de mal à personne pour éviter les questions perfides au retour (mais vous avez vraiment fait tant de sport que ça ?), il est désormais bien tard pour se désaccoutumer du luxe alimentaire éhonté auquel notre divin cook nous a habitués !


Lundi 18/9, Kangri Base Camp (4350m)                 +1000mw-600m

Yves est comme prévu réapparu à la nuit tombante (pour ne pas dire tombée…) alors que Norbu, équipé d’une vague lampe frontale, s’apprêtait à partir à sa recherche. On voit bien que nos 2 guides ne connaissent pas encore notre “ Loco ” de service ! Le Palum était simplement “ un peu plus loin que sur la carte ”…

Plus on s’approche du Stok Kangri, plus les étapes raccourcissent. Histoire sans doute d’accumuler des forces avant le terrible assaut à 6121m…Occasion parfaite pour flâner et filmer – les yaks du hameau de Rumbak sont assez télégéniques dans la lumière douce du matin, mais la palme revient à la chevauchée bariolée d’une centaine de petites chèvres et brebis. C’est évidemment le moment choisi par l’électronique pour se mettre à son tour en grève, peut-être pour overdose de sable et de mauvais traitements. Le zoom du camescope est le 1er à rendre l’âme et il faut maintenant filmer à focale fixe sans trop bouger…

Le col suivant du Stok La (4900m) est décrit, tant dans la littérature autorisée que dans notre programme, comme “ raide et pénible ” avec du “ sable mou se dérobant sous les pieds ” - le Mont Blanc ne semblerait pas plus fatiguant…C’est une fois de plus une vaste plaisanterie, on ne pourrait que souhaiter voir tous les sentiers alpestres aussi agréables. Descente un peu plus scabreuse où nos muletiers doivent redoubler de cris, jurons, sifflements et jets de pierre pour maintenir un semblant d’ordre parmi leurs ouailles – qui ont vraiment les chevilles solides, si on peut parler ainsi ! Le soi-disant “ Base Camp ” du Stok Kangri – avec un nom pareil, certains se prendraient presque pour des alpinistes – est installé dés 14h sur un bucolique replat herbeux. Le Stok Kangri lui même semble toujours aussi lointain et invisible et on serait bien en mal de le trouver nous mêmes. Il est vrai qu’il faut encore établir un “ Camp 1 ” - pour un peu, on se croirait revenu au temps de l’Annapurna de Maurice Herzog…

Rencontre insolite avec notre “ climbing guide ” que notre bienveillant organisateur Wangchuk Ji avait absolument tenu à nous mettre à disposition, alors même que Lobsang connaît parfaitement le coin. Mais la sécurité des touristes n’a pas de prix – ou justement si, les 1900 USD déboursés par l’ensemble du groupe et qui doivent bien être justifiés d’une façon ou d’une autre…Taillé comme un bûcheron, en partance prochaine pour l’Everest, notre gaillard semble bien surdimensionné pour une grosse colline comme le Stok Kangri. Il semble d’emblée nous confondre avec le bétail touristique habituel qu’il traîne au sommet pendant la haute saison estivale, une mise au point serrée quant aux compétences relatives et à la répartition des pouvoirs va sans doute s’imposer rapidement…


Mardi 19/9, Camp supérieur Stok Kangri (5200m)                +850m

Murphy doit avoir pas mal de famille au Ladakh : alors que le ciel est resté obstinément bleu depuis une dizaine de jours, c’est à l’approche du sommet que les choses se gâtent. Or c’est bien sûr là que la clémence des cieux n’a pas le droit de faillir : 6121m, certes faciles, s’accommodent mal de la tempête et notre programme n’a (bien sûr !) pas prévu le moindre jour de réserve. La montée au “ camp supérieur ” n’est pas bien longue, nous négocions donc une grasse matinée jusqu’à 7h avec Lobsang et Dorje, notre “ climbing guide ”.

Avec lequel les choses sont vite tirées au clair : je commence par lui asséner telle une mitrailleuse tout notre palmarès alpin et expéditionnaire pour lui faire comprendre qu’il n’a pas affaire aux monchus habituels. Avant de lui  expliquer d’un ton définitif qu’il n’est pour nous “ pas question ” de partir avant l’aube pour gravir ce modeste tas de cailloux (enfin je garde la fin pour moi…). Ce fou furieux envisageait un départ à 3h du matin ! Ainsi amadoué, notre Dorje se révèlera finalement un fort bon compagnon, décemment compétent en montagne, très bon connaisseur du Stok Kangri (30 ascensions), tout au plus un tantinet mythomane à ses heures : il serait ainsi “ officier de liaison ” pour notre “ expédition ”, aurait négocié un “ permis spécial ”, serait engagé comme guide pour une tentative à l’Everest (!) en novembre (!!) prochain…

Le camp supérieur est à plus de 5200m, une altitude “ limite ” par rapport à notre acclimatation et qui suscite légitimement quelques appréhensions. Heureusement que Raphaël trimballe une lourde pharmacopée “ anti mal des montagnes ” permettant (en principe !) de terrasser efficacement tout début d’œdème pulmonaire (le plus fréquent) ou cérébral (le plus mortel) intempestif. Comme prévu, le temps se gâte et une large partie de l’après-midi se déroule dans les tentes à voir défiler les giboulées de neige depuis le confort des duvets, un bon livre en main…

Halte ! glandage, position allongée, confort douillet, bon livre en main, bonne bouffe le soir…tout cela ne décrit-il pas fidèlement un programme de plagisme ? Camarade hédoniste, nos 2 combats ne sont finalement peut-être pas si éloignés que ça !


Mercredi 20/9, Leh (3600m)                            -1600m

Échec et mat, il n’y a pas photo : on se réveille sous 20cm de neige et un ciel bouché évocateur des Alpes sous leurs mauvais jours…Après 2 semaines de beau temps – ou au minimum de belles matinées – c’est évidemment plutôt rageant de voir s’emboîter, tel un puzzle malfaisant, la journée la plus pourrie du séjour et celle prévue pour le sommet. J’ai sans doute trop décrit ce Kangri comme une “ grosse colline ” ou un “ gros tas de caillasse ” dans ce journal, il s’est énervé, c’est humain…

Restons philosophes, c’est bien l’endroit pour : peut-être cette frustration nous est-elle malicieusement envoyée par l’esprit du Bouddha lui-même pour nous faire toucher du doigt la mesquinerie et la puérilité de toute souffrance morale née d’un vulgaire sommet non gravi…laquelle naît, comme chacun sait, de l’ignorance liée à l’illusion de l’existence d’un moi indépendant…mais je m’égare ! Toujours est-il que les mémoires de nombre de grands himalayistes relèvent (sans la résoudre !) cette contradiction ultime : d’un côté la fascination pour la terre bouddhiste, son peuple et sa culture, sa philosophie du détachement (et bien sûr ses montagnes)…de l’autre l’obsession compulsive de l’action, de la vaine conquête et de l’illusoire “ victoire ” sur les mêmes montagnes.

A un degré bien plus modeste, je reconnais n’avoir guère progressé dans la résolution de cette contradiction. Peut-être un hiver entier dans un monastère du Zanskar, Rangdum par exemple, constituerait-il un premier pas dans cette direction…Peut-être cette météo défavorable n’est-elle justement qu’un signe du destin pour nous faire revenir ici ? On y songe d’ailleurs déjà – après les Andes péruviennes et l’Himalaya du Garwahl !

La journée est sinon vite résumée : Yves, prêt à tout pour gravir le sommet, part seul avec Dorje, les éléments moins enragés du groupe redescendent tranquillement avec les mules jusqu’à Stok, les pieds dans la neige au départ, la tête sous la pluie à l’arrivée. S’ensuivent 2h à attendre une Jeep dans un boui-boui entouré de terrains vagues et sous un ciel plombé – la fin du trek a le goût un peu vasouillard de l’inachevé mais les projets de retour fusent déjà (trek cyclo-pédestre Leh-Kibar par le lac de Tso-Moriri, suivi justement d’un règlement de comptes avec le Stok Kangri…) et le retour dans le confort douillet de l’hôtel achève de rétablir le moral. Yves et Dorje débarquent vers 20h30 étant comme prévu venus à bout du sommet, certes sans rien y voir, mais l’essentiel n’était-il pas de satisfaire provisoirement son Moi illusoire ?

Scéance d’adieu aux cuisiniers, la routine habituelle, T-shirts, pourboires et félicitations (méritées, on n’a pas maigri !) et chacun de repartir vers son destin, nous vers notre quotidien laboral aseptisé après l’ultime crochet d’Agra, eux vers une nouvelle tranche d’existence aventureuse à partager avec d’autres touristes bizarres qui pourtant s’en iront eux aussi…


Jeudi 21/9, Leh (3600m)

La journée est vite résumée : 3 repas fort plantureux (sans qu’on ait vraiment l’impression d’avoir entamé nos réserves, l’oxygène enrichi excite l’appétit – qu’est ce que ce sera à Dehli, 3000m plus bas) encadrent 2 longues séances de shopping ambulatoire dans les vieilles rues de Leh. Cela sent la fin de saison, toutes les “ German Bakery ” ont déjà fermé leurs portes (sniff !) et les vendeurs kashmiris encore présents redoublent de “ courtoise agressivité ” pour liquider leurs stocks de châles en Pashmina, tapis, tankhas et bondieuseries pseudo-bouddhistes aux derniers touristes. “ Only look, I close tomorrow, big discount, pure Pashmina wool, sit down and have tea. Trekker ? Oh, strong man ! Switzerland ? Nice country ! ” etc…C’est sûr qu’au 20ème on se lasse mais c’est tout de même l’occasion rêvée pour stocker de futurs cadeaux de Noël – et puis l’ambiance bigarrée et  exubérante de la “ capitale ” ladakhie garde toujours un charme apparemment imperméable aux perversions du tourisme.

Quant à savoir, entre le “ pure Pashmina ” et le “ mixed Pashmina-silk ”, lequel doit vraiment être le plus doux, c’est à y perdre son latin, chaque vendeur racontant autre chose. Sans parler du soupçon toujours latent de se faire refiler du synthétique “ made in China ” encore plus soyeux que le naturel…Seule la flamme permet paraît-il de distinguer à coup sûr mais Raphaël, en mission d’achat “ d’authentique ” pour le compte de sa mère, n’aura jamais le culot de sortir sa boite d’alumettes dans les échoppes…

Lobsang vient nous faire ses adieux (re-sniff !), on se promet – au delà des traditionnels envois de photos – de se revoir d’ici une paire d’année pour Rumtse-Kibar, un trek d’altitude vers les grands lacs du Ladakh oriental décrit comme le nec plus ultra de la beauté sauvage…Ou qui sait sur le légendaire Tchadar, le parcours hivernal du fleuve Zanskar gelé rendu célebre par Olivier Föllmi…Avec le duvet de Raphaël et ce qui reste des chaussures de trek d’Agnès (ces Ladakhis ont des pieds à taille variable lorsqu’il s’agit de souliers occidentaux à récupérer…), notre ami ne sort pas les mains vides de l’opération. Son sourire espiègle et son tempérament de boute en train permanent resteront pour nous indissociablement liés à notre belle ballade et j’ai un gros pincement au cœur de le voir s’en aller…


Vendredi 22/9, Agra

Sur le papier la journée la moins sportive du séjour, mais quasiment la plus épuisante, en tous cas nerveusement ! Certes on s’attendait bien à un peu d’adrénaline, les vols Leh-Dehli jouissant d’une réputation épouvantable parmi les globe-trotteurs : surbooking systématique, annulations arbitraires, déroutage des vols, scène d’empoignades pour monter dans l’avion…

Dés le petit-déjeuner le ton est donné : l’avion en provenance de Dehli “ aurait 3 heures de retard ” mais il vaut quand même mieux “ partir de suite à l’aéroport ” pour rester au cœur des évènements. Chacun commence alors à ruminer l’équation infernale des aéroports de haute altitude :  heures de retard =  degrés celsius de plus sur la piste =  de portance en moins =  passagers à débarquer…tout le sel de l’histoire réside dans le fait que la taille du  n’est connue qu’au dernier moment, sans parler bien sûr de sa composition…

Sur place, une interminable épreuve de patience s’engage. L’avion de Dehli finit comme prévu par arriver en fin de matinée mais pour refiler…sur Jammu, chez les barbus. Au delà, les infos les plus fantaisistes circulent : il retournerait ensuite à Dehli avant de revenir ici, à moins que ce ne soit le contraire…Au bout de 7h d’attente, sans bien savoir ce qui s’est passé, l’appareil est de retour et on peut même envisager un embarquement. Mais ce long intermède est finalement bien occupé : bordel invraisemblable pour enregistrer les bagages, contrôles et fouilles multiples de la part des militaires armés “ tenant ” l’aéroport…la confusion atteint son comble lorsqu’un sosie galonné de  Sadam Hussein, surexcité, fait irruption pour interdire tout bagage à main. Les quelques tricheurs ayant réussi à passer les leurs en fraude se voient forcés de les dépiauter intégralement, abandonnant au passage canifs (!) et piles (!!) sous peine de rester au sol…

Une dernière fouille intime devant l’appareil donne droit au Yème tampon sur le boarding-pass qui permet finalement de monter. Aucun des touristes présents n’a pourtant franchement une tête de terroriste kashmiri…Bon courage à ces derniers pour essayer de faire sauter un avion. Il leur sera sans doute plus facile d’installer une rampe de lance-missiles sur un sommet voisin !

A Dehli, c’est la délivrance, notre prestataire “ Great Himalayan Outdoors ” reprend efficacement les choses en main et 10mn après l’atterrissage, hommes et bagages sont confortablement installés dans un minibus climatisé filant en direction d’Agra. Enfin “ filant ” n’est peut-être pas le mot le plus approprié…Le trajet Dehli-Agra figure pourtant comme autorouté sur la carte. Et sur le terrain, en toute objectivité, on a bien à faire à 2 fois 2 voies séparées. Mais il faut bien caser le milliard d’Indiens quelque part…les 50 premiers km “ d’autoroute ” prennent ainsi 1h30 (!) au milieu d’un véritable magma humain d’usagers multiformes, bus et camions bondés et puants, vélos et charettes, mules et chameaux, sans parler bien sûr des vaches vautrées en travers…Les choses s’améliorent vaguement par la suite – il reste tout de même un peu de vraie campagne dans ce pays – mais il faut tout de même près de 5hs pour les 200km jusqu’à Agra. Où, misérablement, nous n’avons plus le courage de faire autre chose que la fermeture du Pizza Hut voisin de l’hôtel.


Samedi 24/9, Dehli

Ne boudons pas notre plaisir, le Taj Mahal, surtout tôt le matin et avec seulement quelques touristes indiens pour mettre un peu de couleur locale, c’est un grand moment. Chacun connaît la célèbre perspective de l’immense mausolée blanc entouré de ses 4 minarets se reflétant dans l’eau des bassins, mais il s’agit en fait d’une véritable cité aux somptueux jardins et aux multiples palais. Shah Janah aimait vraiment sa favorite Mumtaz pour construire cela pour elle toute seule. Enfin façon de parler : les 3 autres concubines et 350 nymphettes composant le reste du harem partageaient également les lieux – la jalousie féminine ne semblait pas encore inventée à l’époque, en tout cas personne n’a paraît-il fini empoisonné ! Pas comme notre ami Yves, frappé d’un mal inconnu, qui remplit consciencieusement une poubelle juste derrière le légendaire monument…Et dire que l’empereur était prêt à construire – cette fois-ci pour lui – un Taj Mahal noir derrière le 1er ; seul son fils l’a empêché de gaspiller ainsi les deniers publics en l’emprisonnant jusqu’à sa mort.

Visite du Fort Rouge, passage obligatoire chez une paire d’artisans commissionnés auprès de notre guide, puis retour vers Dehli à travers le même magma humain qu’à l’aller. Cette foule gluante à l’Indienne finit objectivement par taper sur les nerfs des globe-trotters les plus endurcis…L’Hôtel Imperial réservé par l’Organisation est d’un standard quasi somptuaire et on se sent un peu génés, dans nos fringues de montagne cradingues, de se faire ouvrir chaque porte par un indigène en uniforme…Petite sortie shopping pour s’approvisionner en alliances sans avoir à engraisser le cartel des bijoutiers suisses. Les bagues indiennes, kitsch et surchargées, ne correspondent certes guère au “ bon goût ” à l’Européenne, mais les commerçants locaux sont prêts à tout pour vendre, y compris à faire exécuter une pièce sur mesure à l’autre bout de la ville bien au delà de l’horaire de fermeture…

Un somptueux menu-dégustation style “ passage en revue de toute la cuisine indienne ” clôture par une explosion de panse générale ces vacances indiennes. Le retour au bureau est proche, qui se soucierait maintenant de tomber malade ! Quant au retour ici (plus excitant !), après une escapade dans les Andes péruviennes l’an prochain, nos 2 incorrigibles globe-rêveurs songent déjà à aller découvrir l’Himalaya du Garwahl, ses sanctuaires hindouistes et ses impressionnants 7000 glaciaires. De préférence avant la  prochaine réincarnation, on ne sait jamais quelle forme elle prendra…

Participants : Agnès, Raphaël, Yves. Mais aussi nos adorables guides Norbu et Lobsang, ainsi que les increvables cuisiniers népalais Gopal et Raj Kumar.

Résumé des conditions rencontrées :

Vélo de Leh à Padum : goudron acceptable jusqu'à Kargil, 200 kms de piste en mauvais état de Kargil à Padum, passage du Pensi-La (4450m) vraiment pas facile...

Trek de Padum au CB du Stok Kangri : itinéraire original et non fréquenté par les gorges de Jumla entre Zangla et la Vallée de la Marka, nous n'avons croisé personne en 5 jours. Au moins 60 passages de gués (on a arrêté de compter...) avec parfois de l'eau glacée jusqu'à la taille, bottines de néoprène indispensables. De la Markha au CB du Stok Kangri, on croise régulièrement des groupes mais septembre est déjà assez tranquille.

Sommet : Stok Kangri en bonnes conditions le jour de l'arrivée, 30cm de neige tombée dans la nuit les ont largement dégradé mais Yves a tout de même réussi à monter au sommet avec le guide, crampons nécessaire mais corde inutile.




Hike partners: Bertrand


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Comments (2)


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CarpeDiem says:
Sent 13 January 2013, 10h23
M A G N I F I Q U E !!! Un récit merveilleux...

Bertrand Pro says: RE:
Sent 14 January 2013, 13h32
Tu es toujours aussi gentille. Tu gagnes au moins 3 vies dans ton Samsara...


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