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Rila - Pirin : ski de rando en Bulgarie


Published by Bertrand , 28 November 2011, 16h57.

Region: World » Bulgaria
Date of the hike:10 March 1998
Ski grading: AD-
Waypoints:
Geo-Tags: BG   Pirin   Vihren 

Récit d'une semaine exploratoire dans les massifs bulgares...plus très récent (Mars 1998) mais qui donnera quelques informations pour inciter à aller découvrir ce magnifique terrain de jeu. C'est aussi l'occasion de rendre hommage à Jean-Pierre Laurent (JPL), notre guide de tant d'aventures hivernales en Méditerranée, emporté sous nos yeux par une avalanche au Kazakhstan en 2003.
 

Samedi 7 mars, Sofia-Borovetz

Arrivés des 4 coins de l'Europe ou presque, ils avaient traîné chacun un insolite attirail de ski-alpinisme à la recherche de nouvelles aventures dans les recoins montagneux des Balkans. Les plus novices n'arrivaient pas encore bien à faire la différence avec les Carpathes voisines pendant que les vétérans déclaraient d'un air blasé qu'une paire de skis suscitait finalement beaucoup plus d'étonnement à Bastia ou à Athènes qu'à Sofia...Si l'aéroport et ses environs ressemblent bien à l'image tristounette que l'on pouvait se faire de Sofia, le minibus est d'un confort surprenant et les routes menant à Borovetz dans un état des plus décents. Certains regretteraient presque de ne pas avoir organisé une liaison à vélo, selon l'adage bien connu que "les mètres de dénivelée pris ne sont plus à prendre". Andrei et Mirela nous expliquent avec enthousiasme qu'il fait "beau depuis 3 semaines" : avec les abondants voiles de cirrus occupant le ciel, un excellent scénario de départ pour se faire une nouvelle fois "mettre proprement par la météo - et avec du sable" comme le suggère l'un des membres du groupe ayant préféré garder l'anonymat...

L'hôtel du soir à Borovetz a gardé le cachet délicieusement suranné de l'Est version rideau de fer, avec sa cohorte de personnel désœuvré et antipathique, vautré devant le match de foot que crachouille la TV noir et blanc. Comme par chance l'établissement fait aussi restaurant et que nous avons réservé la demi-pension, nous plongeons dans la culture locale dés le premier soir à coup de pain sec et de pâtisserie avariée. Arnaud et FA, ayant réussi à venir à bout de l'intégralité du gâteau, déclarent en grand seigneurs que la pièce est comestible (les tâches vertes ne sont autres que des extraits de pistache confite) et laissent entendre que nous ne sommes qu'une bande de touristes embourgeoisés incapables de s'adapter aux conditions d'un pays plus rustique...Étonnamment, aucune intoxication ne sera à déplorer.

Il suffit pourtant de marcher un petit quart d'heure pour faire connaissance avec le versant néo-capitaliste de la Bulgarie, avec ses agréments et ses perversions si intimement mêlées : multitude de bars et restaurants aguicheurs mais accueillants, échoppes bien achalandées ouvertes jusqu'au milieu de la nuit, musique occidentale jacassante, prix occidentaux exorbitants aux yeux de bien des Bulgares, filles jeunes et jolies...la soirée s'achève dans un troquet à l'ambiance volcanique au son de chants et danses pseudo-bulgares, le tout fortement arrosé du terrible "raki" local...


Dimanche 8 mars, Maliovitsa

Les projets ambitieux d'une partie du groupe (échafaudés la veille dans le confort du minibus) d'anticiper puissamment l'heure de réveil pour gravir "éthiquement" le Moussala - c'est à dire en démarrant à pied ou à peaux sous le téléphérique - sont vite oubliés. La chair reste d'une part toujours plus forte que l'esprit, et la perspective de 1000m sous les câbles à travers une forêt éventrée de pistes et à peine recouverte de neige sale pousse naturellement au compromis. Comme prévu, le baromètre a entamé dans la nuit sa longue chute mais le pain du petit déjeuner est vaguement frais et la margarine consommable, c'est donc un groupe plein d'entrain qui affronte la longue montée en téléphérique puis téléski jusqu'au voisinage du sommet du Moussala. 2925m et point culminant des Balkans, il faut quand même le dire. Pour ce qui est de la sauvagerie, mieux vaut aller ailleurs, câbles et pylônes font place à toute une série de bâtiments en ruine, inachevés ou brûlés - ou les 3 à la fois - éparpillés ça et là sur les flanc du malheureux Moussala. Seul le refuge d'une mystérieuse secte fait exception mais ses occupants ne manifestent guère de spontanéité pour nous accueillir...Les plus téméraires du groupe, pour se venger sans doute d'une ascension aussi indécemment courte, affrontent bravement le bastion sommital par son couloir nord, crampons aux pieds et skis sur le sac comme il se doit. Je pousse le vice jusqu'à chercher une branche latérale "directissime" dudit couloir, ce qui me vaut un peu de sueur froide dans un vilain passage de mixte et beaucoup de sueur tout court pour m'extraire d'une neige pourrie et sans fond.

Le sommet est évidemment construit lui aussi mais la vue est superbe, la température plaisante et les Italiens arrivés en même temps que nous fort sympathiques. "E, certamente domani mal tempo" m'expliquent-ils rigolards en me montrant du doigt l'inflation de leur altimètre et les nuages lenticulaires commençant à envahir le ciel...Les plus timides préfèrent s'encorder pour le haut du couloir - Pierre-Marie, le kamikaze du Groupe, a beaucoup mûri depuis sa descente à plat ventre du couloir de Zbojnika dans les Tatras... - et le reste de la descente est passablement cartonné mais le plus haut sommet des Balkans est dans la poche, l'événement est dûment arrosé sur un troquet de bord de piste et le bus nous attend fidèlement en bas pour la longue route vers Maliovitsa. Le "Chamonix du Rila", tapi au fond d'une sombre vallée boisée, abrite l'école bulgare de ski et d'alpinisme, se compose royalement de 3 bâtiments décrépis entourant une cascade de glace artificielle, et nécessite sans doute beaucoup d'amour de la montagne pour y séjourner toute une saison...Le bar de l'établissement fermant dûment ses portes dés la fin du repas - histoire d'inculquer aux guides en herbes la saine habitude des couchers précoces - la soirée se révèle beaucoup plus sage que celle de la veille. Le réveil est mis à 6H avec un gros projet de traversée pour le lendemain...


Lundi 9 mars, Maliovitsa

L'altimètre a continué sa flambée pendant la nuit et le mauvais temps se déclenche avec une précision d'horloge helvétique à l'heure précise du réveil. 2 heures de grasse matinée et un petit déjeuner paresseux plus tard, il faut bien se rendre à l'évidence que le ciel bouché, le vent et la neige à l'horizontale ont décidé de nous tenir compagnie quelque temps. La malédiction bulgare serait-elle déjà sur nous ? Les bribes de récit glanées ça et là avant le départ auprès d'autres groupes d'aventuriers faisaient en effet systématiquement mention d'apocalypses météo-neigeuses sans fin oú les divinités montagneuses locales semblaient s'acharner à faire déguerpir les envahisseurs de l'ouest...Mais entre la sinistrose de l'endroit sous le ciel bouché et la motivation encore intacte des troupes, l'unanimité se dégage rapidement pour une petite ballade en forêt sous la tempête. Andrei et JPL, avec un sens aigu de l'orientation, nous tracent un astucieux labyrinthe nivo-végétal permettant de changer de vallée au début puis miraculeusement de retrouver notre vallée de départ au prix de quelques émotions dans un petit couloir oú Yves nous transforme une conversion ratée en un superbe salto avant la tête dans les buissons. A part ça les montagnes du monde entier tendent fâcheusement à se ressembler dans la crasse et la promenade aurait fort bien pu se réaliser dans les Préalpes Bernoises ou les Pyrénées, le prix de l'avion en moins...

Heureusement que le sauna réchauffe rapidement l'ambiance du groupe - en tous cas de ses éléments masculins, car Uta et Claire-Lise s'y feront fort discrètes ! Un groupe de vétérans d'Allibert vient de débarquer et la forte présence de gringos (sans parler des traditionnels autochtones désoeuvrés sortis d'on ne sait oú) prolonge comme par enchantement les horaires du bar. L'ambitieuse traversée directe sur le monastère de Rila est sagement remise au placard mais le balisage conséquent de la zone permet à JPL de nous proposer une jolie solution alternative permettant de traverser sur le refuge des 7 lacs et la vallée en contrebas oú le bus, miraculeusement, nous attendrait dans un bistrot accueillant au terme de la partie skiable...


Mardi 10 mars, Monastère de Rila

A l'ouest rien de nouveau, ailleurs non plus, la neige s'accumule mais le vent miséricordieux à consenti à se calmer : il n'en faut pas plus pour achever de bétonner la confiance de JPL dans les pylônes bulgares, nous nous lançons donc dans l'aventureuse traversée le cœur presque léger. Il y a pour la première fois un peu de dénivelée (la journée totalisera plus de 1100m !) et Olivier s'empresse donc de jouer les jolis coeurs en s'emparant du sac de Claire-Lise. Jolie montée en forêt, suivi d'une suite de grands dômes d'allure fantomatique avec leur ligne de piquets-balises émergeant tout juste du brouillard. Nous passons tout près du sommet local, le Dado Vrâh, mais Andrei, apparemment pas très chaud pour se risquer à quitter les rassurantes balises, nous déclare que c'est encore "très loin" et la voie de la raison nous fait renoncer à cette prestigieuse ascension figurant pourtant dûment au programme officiel.

Autres événements marquants en vrac : la poudreuse est extraordinaire, JPL sort la boussole pour la première et la dernière fois du séjour, Pierre-Marie découvre les joies des rechaussages post-gamelle avec ses TLT, le refuge des 7 lacs nous accueille par deux molosses en furie...enfin la piste forestière finale promettant - sur la carte - une descente tranquille à "laisser filer" jusqu'au restaurant se transforme en fait en une longuette partie de pousse-bâton au milieu des sillons d'engins de débardage...Quant au restaurant prévu il est bien sûr fermé et désert mais heureusement suivi 3 kms plus bas de la divine maison du Parc Naturel "cum" troquet, chauffage, aubergiste sympa, crêpes au chocolat, etc...Un dernière goinfrerie avant de se diriger vers la vie spartiate du monastère de Rila auquel le bus nous dépose bien après le coucher des moines. A l'abri de leurs regards sentencieux, une nouvelle orgie - fort arrosée de surcroît - est donc décidée d'un commun accord. Plus sérieusement, l'ambiance nocturne hivernale de ce "Saint des Saints" de la spiritualité bulgare sera pour la plupart (et tant pis pour les autres) l'un des moments les plus forts du séjour.


Mercredi 11 mars, Bansko

Seule l'absence d'eau chaude évoque quelque peu la rigueur de l'existence monacale, à part ça les chambres s'avèrent d'un confort quasi occidental. Petit déjeuner tardif et prolongé, magnifique visite du monastère sous les uniques rayons de soleil de la journée avec en toile de fond, émergeant enfin du brouillard, des montagnes diablement alpines qui justifieraient bien une prochaine visite...Par contre les moines se font toujours aussi discrets et je reste un peu sur ma faim pour ce qui est de le perception culturelle et spirituelle de l'endroit - mais il est délicat de s'attarder et Yves piaille déjà d'impatience à l'idée de retrouver enfin la nature sauvage et inviolée...

La petite éclaircie providentielle de la mi-journée fait aussitôt resurgir les projets ambitieux, le sommet de la station de Bansko est peut-être "encore possible" en sautant le déjeuner...Mais malgré un enchaînement logistique quasi parfait - avec pose de chaînes express au cric - nous parvenons au pied du télésiège en même temps que les avant-troupes de la dépression suivante et la journée s'achève à faire du ski de piste en pleine tempête et sans la moindre visibilité - la quintessence de ce que j'aime...Un gros creux de moral devant l'incongruité d'une météo aussi obstinément "alpine" aux portes de la Grèce me fait même envisager un instant un retour prématuré vers mon doux foyer bernois. La chaleur humaine du groupe me fera vite changer d'avis - sniff, merci mes amis !

Le patelin est du reste assez attachant - en tous cas pour quelques jours ! - l'hôtel d'un confort quasi helvétique est russophile à souhait, les tavernes sympathiques abondent et le baromètre commence à remonter : en bref la vie reprend vite des couleurs et l'ambiance arrosée du dîner est aussi chaleureuse que l'air du soir est glacial. Et dire que le sommet du Viren - que les plus optimistes pensent attaquer dés le lendemain - est encore 2000m plus haut...


Jeudi 12 mars, Refuge de Banderitsa

On n'y croyait plus mais c'est vraiment arrivé : un ciel resplendissant fait étinceler le massif du Pirin dans l'aube frisquette. On commençait à se demander s'il existait vraiment...Finalement c'est toujours pareil la montagne : il suffit en fait d'attendre - un peu plus longtemps dans le Pirin que dans l'Atlas marocain, certes, mais que dirons nous l'an prochain dans l'Altaï réputé pour la férocité de son climat...Il est tout de même difficile de s'arracher au buffet (et ils parlaient d'aventure...) du petit déjeuner. Le temps d'avoir refait pour la Yème fois les bagages - un sac qui part, un sac qui reste - et d'avoir dûment rechaîné le bus, la matinée est déjà bien engagée lorsque nous attaquons la montée au refuge de Banderitsa. Le temps d'y avoir tout déposé et d'avoir recommencé encore à manger un petit coup et l'heure n'a franchement plus la précocité recommandable pour une ascension montagnarde d'envergure.

Mais la vallée inondée de lumière dope les esprits, un casse-croûte supplémentaire au refuge suivant achève de recharger les batteries (ou les bourrelets, selon les individus...) et un rythme collectif soutenu oú même la vénérable Claire-Lise saura sortir le grand jeu nous amène au pied du Virhen vers 15H. JPL fait un peu la grimace mais il est difficile de laisser passer une telle occasion, surtout que la pente finale raide et potentiellement avalancheuse se révèle finalement assez débonnaire. Le vent fouette les oreilles, les mains gèlent une fois de plus (les miennes en tout cas) mais l'arrivée sur ce merveilleux sommet dans la lumière déclinante de la fin d'après-midi et avec d'innombrables chaînes inconnues (Balkans, Thrace, Macédoine, Kosovo, Olympe ?) occupant l'horizon de tous côtés sera l'un des moments les plus forts de la semaine. La descente est attaquée à 1h30 de la nuit, la frontale bien au chaud au fond de mon sac s'avère un doux réconfort moral - celles des mes compagnons dorment bêtement au refuge - mais le vieil adage des sorties label "BS" (arrivée la nuit tombante mais jamais tombée !) sera à nouveau respecté...La salle à manger n'est pas excessivement chaude, les gardiens ne sont pas excessivement dynamiques et le vin n'est pas excessivement subtil mais aucun de nous n'échangerait pour rien au monde sa place ce soir là, attablé devant une orgie de spaghettis sous les accents langoureux des concertos de Tchaïkovski, la conscience tranquille du devoir accompli. Il faudra qu'un fusible déficient plonge l'assemblée dans le noir pour envoyer des montagnards de plus en plus somnolents vers la chaleur des draps - et dire que certains continuent à parler de camping dans l'Altaï...


Vendredi 13 mars, Bansko

Après le point d'orgue de la veille, une petite atmosphère d'anticlimax est bien sûr inévitable. Le ciel est déjà un peu plus voilé ce matin et le raid-commando improvisé pour emporter le Vihren à l'arraché s'avère finalement avoir été une bonne idée...La montée au "Malka Todorka" (2712 m) est plutôt tranquille à l'exception d'une petite zone buissonneuse un tantinet revêche venant nous rappeler que la garrigue méditerranéenne n'est pas bien loin. Par contre le relief moutonné fait alterner vicelardement moments de cagnard et de caillante au gré du vent et du soleil, confirmant bien le caractère fondamentalement rédempteur de la montagne - "ruisseler ou se les peler - vous n'êtes pas là pour rigoler !". Sitôt arrivés au sommet, nous découvrons sur l'autre versant le groupe gériatrique d'Allibert à l'agonie dans les dernières conversions - heureusement que le téléphérique ne s'arrêtait pas bien loin de là...La merveilleuse qualité de la poudreuse ajoutée, chez certains, à la pulsion sadique subconsciente consistant à afficher la jeunesse triomphante face à l'impitoyable décadence de l'âge nous fera ainsi - sous le regard abasourdi des têtes blanchies - remettre les peaux au pied de la pente pour jouir une nouvelle fois de la défloration du beau voile immaculé. JPL, traîtreusement, parviendra même à le faire deux fois ! Ce besoin de dévirginiser le matériau neigeux doit quand même répondre à des instincts plus enfouis que le seul bonheur d'aligner des virages sans effort...

Un portion de vilain carton suivi d'un slalom forestier relativement technique nous dépose du mauvais côté d'un torrent tranquille mais inflexible. FA et JPL, en vétérans de la Corse, expliquent à l'assistance incrédule la technique du franchissement à skis qui sera pour moi la grande découverte du séjour : la stabilité des lattes sur un lit de cailloux disjoints est difficile à croire avant de l'avoir expérimentée. Un truc sûrement des plus précieux pour nos futures aventures forestières au Tessin...Le déjeuner subséquent permet, incroyablement, de liquider l'ensemble du ravitaillement solide qui nous écrasait encore les épaules la veille au matin. Une superbe et interminable vallée en pente douce nous dépose comme par miracle devant le bus, lequel bus - un miracle n'arrivant jamais seul - s'est aussi stratégiquement installé devant un sympathique bistrot. Il n'est que 16h00 et comme il est bien connu que dans ces cas là "il faut goûter" (Astérix chez les Bretons, page 35), les bouteilles défilent rapidement entre la tournée de JPL, celle du chauffeur, puis du barman, du copain du barman, etc...Le temps de rentrer à l'hôtel pour se rendre présentable et une nouvelle visite de Bansko s'engage histoire de mettre la main sur un resto couleur locale, chauffé, sans musique, et aux bonnes perspectives baffratoires - et en prime une serveuse des plus accortes. Les "Mexana" de Bansko feront partie des hauts lieux du séjour ! C'est vendredi 13, la lune est pleine, certains prétendent même avoir aperçu quelques chats noirs, mais aucun malheur ne sera à déplorer si ce n'est le retour au bureau du lundi suivant...


Samedi 14 mars

La dépression suivante pointe déjà le bout de son nez, sans doute pour adoucir la douleur de la séparation. Un téléphérique providentiel que nous parvenons à faire mettre en marche à l'heure officielle - avec quelques atterrissages spectaculaires pour ceux ayant intelligemment choisi de garder leurs peaux - nous permet d'ajuster notre timing d'arrivée sous le sommet convoité avec celui du passage d'un gros paquet de nuages sombres. Neige et vent cinglent à l'horizontale, le message est clair, et une redescente stratégique par le même chemin est décidée par la majorité du groupe - au grand dépit d'Arnaud et d'Uta lesquels, en puristes, souhaitaient forcer à la boussole une incertaine traversée sur la vallée de la veille...Les plus hédonistes ne sont pas toujours ceux qui le croient. L'office du tourisme local fait bien les choses et sitôt sagement revenus sur le domaine mécanisé le soleil revient au galop et nous passons une après-midi peut-être inéthique mais somme toute fort plaisante à gambader dans une merveilleuse poudreuse entre les arbres, en s'échangeant les skis pour discuter ensuite fiévreusement des mérites comparés de Hagan, Atomic et Tua...

Retour sur Sofia sans histoire - cette semaine manquerait presque un peu d'imprévu - si ce n'est que l'hôtel n'est en fait pas du tout à Sofia mais dans une montagne perdue "pas trés loin de Sofia"; la découverte de la capitale nocturne rêvée par certains se transformera donc en une Nième orgie arrosée. Avec un gros plus quand même : la présence lumineuse de la jeune Andy, la délicieuse et espiègle fille de nos mentors locaux Andreï et Mirela, qui pour ses 13 ans est déjà plus que dégourdie - "à revoir d'ici 3 ou 4 ans" laisseront même échapper certains dont je suis obligé de taire le nom...C'est en tous cas elle qui lancera, à coup de CD remuants et de danses coquines, la plus longue soirée de la semaine; qui ne s'achèvera d'ailleurs que par charité chrétienne devant les yeux fatigués du personnel de l'hôtel, visiblement peu habitué à une clientèle aussi turbulente.


Dimanche 15 mars

Malgré la soirée endiablée et la courte nuit, la majorité du groupe apparaît comme par enchantement à l'heure matinale prévue (07h30) pour le petit déjeuner. Il est vrai que l'événement organisé par Mirela est de taille : rien moins qu'une longue messe orthodoxe accompagnée par des choeurs magistraux à la Basilique Alexandre Nevski de Sofia - le "mystère des grandes voix bulgares" va peut-être enfin nous être révélé...En fait de mystère, c'est surtout la surabondance de midinettes locales au voisinage du vénérable autel qui nous intrigue dés l'entrée. Mais cette énigme là, beaucoup plus prosaïque, est vite dévoilée : un bellâtre sud-américain de feuilleton TV à l'eau de rose, jugeant sans doute le salut de son âme en danger, a choisi le même office que nous pour venir se recueillir; non sans avertir évidemment abondamment la presse locale...

Les quelques moments forts de spiritualité du début font vite place à une forte agitation, puis à un véritable commencement d'émeute à l'arrivée du playboy, malgré les imprécations menaçantes du grand patriarche s'égosillant en vain, la barbe noire en furie, pour excommunier sans doute la totalité de l'assemblée. Jusqu'à la 7e génération incluse...Andreï et moi, restés les derniers, avons le plus grand mal à quitter la basilique dont l'entrée commence à être ceinturé par des cordons de police. La métaphore de la spiritualité séculaire d'un peuple pernicieusement minée par une sous-culture occidentale dévoyée est presque trop évidente...chacun se sera fait son idée sur la question. De toutes manières, Yves nous avait bien prévenus que toutes ces villes n'avaient aucun intérêt !

Le reste de la matinée est occupé à traîner dans les rues tristounettes de la capitale sous un vent glacial avant d'atterrir dans un restaurant pseudo-hongrois, apparemment désarmé face à l'arrivée de clients souhaitant manger. Même si le Vitosha étincelle au dessus des palais staliniens, je me dis qu'il faut vraiment beaucoup aimer la montagne pour venir vivre ici !


Hike partners: Bertrand


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Comments (6)


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Zaza says:
Sent 28 November 2011, 20h21
Mais ça a l'air super sympa! En outre, Yves EL était évidemment encore présent à l'époque.

A+ zaza

Bertrand says: RE:
Sent 29 November 2011, 08h44
Oui...c'est même lui qu'on voit (enfin plus ou moins !) sur la 3ème photo la tête dans la neige...

Zaza says: RE:
Sent 29 November 2011, 09h20
juste récemment j'ai lu son nom et son écriture typique sur la première page du livre d'or du Türmlihorn. Hélas!

CarpeDiem says:
Sent 1 December 2011, 15h29
Magnifique récit! Quel mémoire pour mettre tous ces souvenirs sur papier 13 ans après...

Bertrand says: RE:
Sent 1 December 2011, 15h42
Ben pour être honnête c'est un récit de voyage que j'avais rédigé à l'époque...d'ailleurs j'en ai encore un certain nombre d'autres sur des montagnes exotiques que je vais remettre en forme et distiller au fil du temps, tant que les lecteurs ne se lassent pas !

CarpeDiem says: RE:
Sent 7 December 2011, 15h06
Les lecteurs que nous sommes ne se lassent certainement pas de ce genre de récit, surtout quand c'est écrit aussi vivant et truffé d'humour. En plus, cela nous fait découvrir des montagnes que nous ne connaîtrons jamais. Alors, au suivant....


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