Mont Blanc : "human-powered" à la journée de Chamonix


Published by Bertrand Pro , 17 August 2011, 11h32.

Region: World » France » Massif du Mont Blanc
Date of the hike:12 August 2011
Mountaineering grading: PD
Waypoints:
Geo-Tags: F 
Time: 20:00
Height gain: 4000 m 13120 ft.
Height loss: 2500 m 8200 ft.

Un vieux rêve enfin réalisé...après avoir longtemps pesté contre cet été pourri (surtout lors de nos WE de liberté...), l'annonce d'un créneau favorable couplé à la pleine lune me met toutes le hormones en ébullition : l'avant-veille je bloque illico 1j de congé avant de faire la tournée express des popotes pour recruter d'autres candidats à cette immense bavante nocturne. Les excuses sont nombreuses mais Cédric se laisse facilement convaincre : en pleine préparation pour l'UTMB, ce joli projet cadrera parfaitement avec son plan d'entrainement, et puis quoi de plus logique que de gravir le MB avant de lui courir autour ?

Nous choisissons finalement d'attaquer dès 22h quitte à siester à TR plutôt que de glander 2h aux Houches histoire d'attendre minuit. Ca fait vraiment drôle de remonter les rues du villages en croisant les promeneurs du soir en imaginant qu'on est partis pour marcher une vingtaine d'heure pour monter presque 4000m plus haut. La montée nocturne sous la pleine lune et dans une solitude absolue est vraiment magique, l'adrénaline de l'excitation remplace aisément le sommeil et nous arrivons plein d'entrain à Tête-Rousse sur les coups de 3h15.

On s'imaginait naïvement trouver les dortoirs vides à cette heure, mais nous réalisons rapidement que le cirque du mois d'août n'a pas encore levé le camp : la salle à manger est remplie de gens dormant sur les tables, et nous réussissons à grand peine à occuper 2 espaces libres dans 2 dortoirs pour siester 2h avant le lever du jour. Siester est d'ailleurs un grand mot, dès 4h ça ne cesse de se lever, de faire son sac avec force bruissements plastifiés, de mettre et démettre casques et baudriers tout en jacassant en polonais, tchèque, roumain ou anglais (plus d'autres idiomes que je n'ai pas réussi à identifier...). D'ailleurs pour ceux qui souhaitent pratiquer leurs langues slaves, le MB en août est un magnifique terrain de jeux - mention spéciale au Polonais...

Redépart à l'aube vers 5h30, et rapidement première (et dernière) grosse frayeur de la journée dans le Grand Couloir : la traversée semble sèche, on s'engage donc dans la pénombre sur de vieilles traces, de toutes façons je suis déjà passé plusieurs fois sans souci et il est bien connu que seuls les touristes arrivent à avoir des accidents dans un endroit pareil. Ben c'est plus vite fait qu'on ne le croit...les traces s'arrêtent, la pente de terre mélée de glace est complètement vitrifiée après cette nuit froide, les crampons alu sont dans le sac, le 1/2 tour est anxiogène à souhait et il est facile de comprendre ce qui se passerait à la moindre rippade. Le bon passage est à la hauteur de la corde jaune, la trace y est meilleure et le mauvais passage est vite derrière nous. Rétrospectivement je m'en suis beaucoup voulu d'avoir abordé ce truc là avec autant d'orgueil et d'inattention (ouais, les accidents c'est pour les monchus et les Bulgares lestés à 30 kilos...) et j'ai désormais compris qu'il était assez facile de se tuer là.

La suite est sans grand souci, l'éperon est purgé et câblé aux endroits délicats, au dessus du Gouter il suffit ensuite de mettre un pied devant l'autre jusqu'à ce que ça s'arrête...plus facile à dire qu'à faire au bout de 10h de montée, les 200 derniers mètres sont vraiment gravis au forceps dans un vent glacial malgré 4 couches de vêtements. Nous arrivons passablement défaits un peu avant midi, seuls au sommet pour quelques instants avant de redescendre fissa casser une petit graine à l'abri. Les petites remontées font assez mal (d'ailleurs le cumul Suunto donnera +4000m et non + 3800m pour la journée !), mais la désescalade de l'éperon en doublant des cohortes de Polonais lestés de sacs plus gros qu'eux se passe facilement malgré les averses de neige / grésil (puis pluie sous TR ) pas vraiment au programme de Météocham la veille.

On jubile de pouvoir attraper le train de 17h50 au Nid d'Aigle, mais ce n'est pas si simple, pas loin d'une centaine de personnes occupent la plateforme et la caissière nous fait rapidement comprendre que nous ne pourrons descendre qu'à 18h55...pitié, why us ? Finalement la chance restera avec nous, alors que j'essaye de négocier un taxi pour remonter du Fayet aux Houches à 20h30, on nous fait signe d'embarquer en venant nous entasser dans le wagon arrière. Et ce n'est pas tout : D. Poussin, l'adorable guide chamoniard avec lequel nous papotons de notre longue journée pour oublier les cahots du train, réussit à négocier une dernière benne de Bellevue aux Houches à 18h10 (la dernière "officielle" est à 18h00, 10mn avant l'arrivée du train, ne pas chercher à comprendre...).

On se retrouve du coup tout hébétés aux Houches à même pas 18h30, ne reste plus qu'1/4 h de marche jusqu'au parking de l'Eglise puis 2h de route "home-bound" pour retrouver mes pénates et raconter cette longue journée à la petite famille. Tout en préparant vélos, tentes & tutti-quanti pour un WE familial vélo-carriole-camping sur les petites routes accidentées du Doubs dès le lendemain matin. J'y ferai de nombreuses et longues siestes...mais cela est une autre histoire !

Conditions :

- Le sentier des Houches au Col du Mt Lachat (via route des gens puis cabane forestière des Arandellys) est large et bien marqué, facile à suivre même de nuit. Suivre simplement le balisage "Bellevue" à chaque bifurcation.

- Du Col du Mt Lachat au Nid d'Aigle, le tracé (il n'y a pas de sentier !) le long des rails est officiellement fermé (le balisage dirige vers le Col des Rognes) mais parcourable sans souci actuellement. - Du Nid d'Aigle à Tête Rousse, sentier également bien marqué et facile à suivre de nuit à l'exception de la portion plate dans le pierrier après la cabane des Rognes ou il vaut mieux une bonne frontale. Le glacier de TR exige de passer des chaussures de trail aux grosses le matin (crampons inutiles).

- Le Grand Couloir n'est pas si commode le matin tôt : de loin ça parait sec et facile, mais après les chutes de neige récente c'est un mélange de terre et de glace bien vitrifié, nous nous sommes fait un peu peur en suivant dans la pénombre de vieilles traces trop haut avant de faire un 1/2 tour assez anxiogène pour retrouver le cheminement normal sous le cable d'acier. Celui-ci est 5-6m au dessus et donc difficilement utilisable, mais il y a aussi une corde fixe (bien molle et de petit diamètre...) qui indique au moins le chemin et qu'on peut éventuellement clipper. Il est peut-être préférable de mettre les crampons (mais avec nos alus on a pensé que ça ne servirait à rien !). L'après-midi tout est ramolli et bien plus facile (mais par contre les pierres descendent régulièrement...).

- L'éperon du Gouter est sans souci, juste quelques passages de verglas sur la haut mais rien de méchant.

- La suite est parfaitement tracé en neige dure jusqu'au sommet, crampons-piolet alu largement suffisants. Seuls les 200 derniers mètres présentent quelques passages un chouia effilés exigeant de l'attention par fort vent.

Météo : Nuit fraiche et étoilée, bien voilé du lever du jour jusqu'en milieu de matinée, puis grand beau au sommet. Se recouvrant l'après-midi avec averses de grésil (pas du tout prévues...) dès 15h30. Iso 0° à 3800m, vent faible modéré jusqu'à Vallot puis violent et glacial sur les 200 derniers mètres.

Horaire : Les Houches Eglise 22h jeudi soir, Nid d'Aigle 1h00, Tête Rousse 3h15, sieste pour attendre l'aube et redépart à 5h30, Gouter 7h45 / 8h15, Sommet 11h45/12h, retour au Nid d'Aigle 17h30 après encore une bonne pause au Goûter ou l'accueil reste souriant et zen malgré la cohue.

Refuges : Vallot ouvert contrairement à certaines infos. Propre de surcroit. Gros cirque nocturne à Tête Rousse, ça dort encore sur les tables même après l'heure "officielle" de départ, ça se lève à n'importe quelle heure en passant 40 minutes (vécu !) à trifouiller armes et bagages dans le dortoir tout en barjaquant diverses langues slaves, etc...

Participants : mon beau-frère Cédric et moi

Hike partners: Bertrand


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Comments (9)


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Zaza says:
Sent 17 August 2011, 11h48
Bravo!! C'est évidemment du moyen biscuit, selon l'échelle d'Yves ;-)

A+

Bertrand Pro says: RE:
Sent 17 August 2011, 11h55
Ouais, heureusement que le MB ne fait pas 5000m, pas sur qu'on y serait arrivés...

MaeNi says:
Sent 17 August 2011, 12h00
C'est génial! Félicitations!

CarpeDiem says:
Sent 17 August 2011, 16h10
Magnifique! Félicitations. La forme semble être au top!

Linard03 Pro says:
Sent 17 August 2011, 20h43
Félicitations pour une performance extraordinaire! En même temps, je suis un peux jaloux du beau temps que vous avez eu ...!

Bertrand Pro says: Tout est relatif...
Sent 17 August 2011, 21h47
Merci à tous, on est certes en bonne forme mais ne jamais soublier que le record appartient toujours à un Suisse (PA Gobet) : 5h11...pour l'aller-retour !

CarpeDiem says: RE:Tout est relatif...
Sent 19 August 2011, 16h49
C'est qui cet extraterrestre ?

Bertrand Pro says: RE:Tout est relatif...
Sent 19 August 2011, 17h22
Un Fribourgeois, grand coureur de fond des années 80-90, son record fête ses 20 ans...à noter qu'il a été approché de près à skis il y a deux ans par Stephane Brosse (5h12 !). Avant tout cela, il yavait eu feu mon camarade Laurent Smagghe (mort dans une avalanche il y a 10 ans) qui avait été le premier sous les 5h30 en 88. L'itinéraire de ces records est un peu différent (Chamonix - Jonction - Grand Mulets), un peu plus direct mais bcp plus crevassé...

CarpeDiem says: RE:Tout est relatif...
Sent 19 August 2011, 17h41
Incroyable. Merci pour l'info...


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