Sur le Mittaggüpfi depuis le nord


Published by stephen Pro , 11 June 2014, 21h06.

Region: World » Switzerland » Luzern
Date of the hike: 9 June 2014
Hiking grading: T2 - Mountain hike
Waypoints:
Geo-Tags: Pilatusgebiet   CH-LU   CH-OW   CH-NW 
Time: 6:15
Height gain: 1100 m 3608 ft.
Height loss: 900 m 2952 ft.
Route:Schwarzenberg – Stäfeli – Mittaggüpfi – Unter Lauelen – Eigenthal
Access to start point:cff logo Schwarzenberg, Rössli Car postal depuis cff logo Malters
Access to end point:cff logo Eigenthal Car postal pour cff logo Malters ou cff logo Lucerne

English version here

Je n'ai pas choisi le jour le plus froid de l'année pour aller au Mittaggüpfi. La dernière fois que j'ai eu aussi chaud en montagne, c'était il y a trois ans à la même période de l'année… sur le Rocher du Midi. Il doit y avoir un truc avec les montagnes dont le nom contient me mot "midi" (peu importe dans quelle langue) et la chaleur !

La plupart des récits qui mentionnent le Mittaggüpfi sur ce site décrivent son ascension soit depuis le sud, soit dans le cadre d'une traversée complète du massif du Pilatus. Mais quand on vient de Lucerne en transports publics, la montée par le nord s'avère plus pratique et évite le besoin de revenir récupérer une voiture quelque part. Dix minutes de train jusqu'à Malters, puis une dizaine de minutes de car postal, et me voilà à Schwarzenberg au début de la randonnée, prêt à me mettre en route peu après 8 heures 30. Un panneau indique 3 heures et 40 minutes jusqu'au sommet.

Schwarzenberg est un petit village tranquille, blotti dans un creux et entouré de collines coiffées d'arbres isolés. Difficile de croire que la grande ville n'est qu'à quelques kilomètres d'ici.

La randonnée commence par une longue mais jolie marche d'approche, qui me fait gagner de l'altitude tout doucement.  Devant moi, les falaises de la face nord du massif du Pilatus sont déjà impressionnantes à cette distance. Je descends dans un vallon, franchis un torrent et remonte vers une petite chapelle blanche, à côté de laquelle un petit chien m'accueille en aboyant à tue-tête... et continue longtemps après que je sois hors de sa vue. Un nouveau panneau annonce 3 heures et 10 minutes jusqu'au sommet : je suis content, j'arriverai à midi pile sur le Mittaggüpfi. Mais vingt minutes plus loin, un troisième panneau annonce toujours les même 3 heures et 10 minutes jusqu'au sommet.

Je monte par des prairies pas encore fauchées, puis rejoins une petite route d'alpage qui serpente joliment entre fermes, pâturages et bosquets. La chaleur est intense et je ne suis pas mécontent d'avoir fait l'effort de me lever plus tôt qu'initialement prévu. Content également d'avoir prévu une seconde gourde : deux litres d'eau ne seront pas de trop aujourd'hui. La route se transforme en piste forestière, les arbres offrant un peu d'ombre très bienvenue. Lorsque je quitte à nouveau la forêt, les falaises du Mittaggüpfi et de la Stäfeliflue se sont nettement rapprochées et sont devenu encore plus imposantes : comment vais-je monter là-haut ? Je vois qu'il y a encore quelques restes de neige dans les creux de ces falaises orientées au nord ; j'espère qu'il n'y en aura pas en travers du sentier.

La forêt fait place à des alpages magnifiques, où des granges isolées constituent un premier plan parfait devant la toile de fond de la forêt et des falaises. Quelques petits nuages commencent à apparaître – des orages sont annoncés pour plus tard – mais ils disparaissent presque aussitôt.

L'alpage de Vorder Stäfeli (1300 m) marque la fin de la marche d'approche et le début des choses plus sérieuses. C'est un très bel endroit, avec deux vieilles maisons situées en bordure de forêt, immédiatement sous les falaises devenues immenses à présent. Je m'arrête pour boire et pour manger une barre énergétique avant d'attaquer la montée : par de telles conditions, je sais que je dois m'imposer un rythme lent et des pauses plus fréquentes pour boire que d'habitude.

Le sentier devient plus raide, traverse un océan de pâquerettes, puis remonte en forêt jusqu'à la base des falaises. Un grand ravin s'ouvre devant moi : c'est ce ravin que le sentier emprunte pour franchir les barres rocheuses, montant en lacets raides le long de son flanc gauche. Cette partie de l'itinéraire ressemble à une version "light" du Heitertannliweg, un peu plus à l'est au-dessus d'Ober Lauelen, pas vraiment difficile ni exposée, mais avec quelques passages rocheux ou étroits qui me feraient situer le degré de difficulté quelque part entre le T2 et le T3. J'espérais que toute cette partie raide serait encore à l'ombre, mais le soleil a été plus vite que moi et c'est en plein cagnard du midi que je grimpe, lentement mais sûrement.

J'arrive en haut des falaises, il ne me reste plus que 250 mètres à monter jusqu'au sommet désormais bien visible. Mais ici, je me trouve confronté à ce que je craignais le plus. A un endroit – un seul – le sentier passe dans un petit ravin encore obstrué de neige. Le névé n'est pas bien large - pas plus de six ou sept pas – mais il est bien raide, certainement trop raide pour qu'une glissade puisse être arrêtée. J'avance doucement, me concentrant sur la trace déjà bien faite. Un pas, puis deux… mais au troisième pas, je sens mon pied se dérober sur la neige tassée par ceux déjà passés par là. Je me fige, respire fort, puis recule très prudemment jusqu'à la terre ferme. Je me demande si je vais oser une seconde tentative ; ce serait quand même dommage de renoncer si près du but et après tant d'effort. Heureusement, un groupe de randonneurs s'est arrêté juste avant le névé pour faire une pause. Deux d'entre eux proposent de m'aider dans la traversée : évidemment, pour eux, c'est un jeu d'enfant. L'un d'eux s'avance devant moi, me montrant où placer mes mains et mes pieds. L'autre, se fichant complètement de la raideur de la pente neigeuse, saute dessus à grands pas et se plante au milieu, cinq mètres plus bas, pour stopper une éventuelle chute. Ca a l'air tellement facile que je ne peux pas m'empêcher de me sentir un peu ridicule.

Je remercie le groupe d'avoir sauvé ma journée et poursuis ma montée lente vers le sommet, par quelques zones de rocher et encore des lacets raides. J'arrive enfin sur la large crête herbeuse juste sous le sommet, sans autre problème. Une dernière montée et me voici au sommet du Mittaggüpfi, à 1917 mètres d'altitude mon premier point culminant de la saison estivale. J'ai loupé le rendez-vous du "Mittag" d'une vingtaine de minutes, mais je suis plutôt content de moi, ayant fait les 1100 mètres de montée depuis Schwarzenberg en moins de trois heures et demie de temps de marche effective.

Le Mittaggüpfi  est un sommet très parcouru et il y a beaucoup de monde tout autour des rochers sommitaux. Je n'ai vu que peu de monde pendant la montée : soit ils font tous l'itinéraire dans l'autre sens, soit ils sont à mi-chemin de la traversée du massif du Pilatus, randonnée bien plus sérieuse que la mienne. Les sommets de ce massif dominent la vue depuis ici, avec la pente herbeuse du Widderfeld  et le Tomlishorn bien en vue. Plus loin, tout est un peu perdu dans une brume de chaleur assez épaisse, mais on distingue bien la forme enneigée du Titlis, derrière les sombres crêtes jumelles du Schlierengrat et du Jänzi. Au nord, au-delà du Plateau et de ses lacs, les crêtes du Jura ne sont qu'à peine visibles. Il fait tout aussi chaud au sommet, la brise espérée est totalement absente. Je m'allonge sur l'herbe pour manger un pique-nique improvisé : restes de salade du barbecue d'hier, un morceau de fromage et une pomme qui a vu de meilleurs jours.

Je descends vers le sud-est par une crête herbeuse. Dans un creux marécageux en bas de cette première descente je quitte la crête, plongeant en direction de l'est vers un vallon entouré de barres rocheuses. Même s'il est plus facile que l'itinéraire de la montée, ce sentier comporte quelques petits paliers rocheux. Mais le plus grand danger vient des marches en bois qui ont été placées par-ci, par-là pour faciliter la descente mais qui, pour la plupart, ne tiennent plus du tout en place et basculent dans tous les sens lorsque je marche dessus.  Une courte section en forêt me mène à Oberalp, qui ne semble plus fonctionner en tant qu'alpage, mais où la maison est encore utilisée, avec ses habitants assis dans des chaises longues sur la terrasse, en train de prendre le soleil devant les falaises énormes qui descendent du Widderfeld.

Depuis cette cuvette herbeuse parsemé de grosses pierres, il existe deux itinéraires pour regagner la vallée principale. La première descend directement vers le nord, alors que le second reste plus longtemps en altitude avant de descendre un peu plus à l'est. J'opte pour le second itinéraire : la route du fond de la vallée sera en plein soleil, alors que le sentier d'altitude semble passer davantage en forêt et offrir plus d'ombre. C'est un joli sentier qui, pendant une demi-heure, reste à une altitude plus ou moins constante pour traverser sous la face nord du Widderfeld. Puis commence la vraie descente, en lacets raides jusqu'à un point indiqué sur la carte comme Bründle. Depuis ici, il pénètre dans une gorge sombre, descendant le long de cascades où ne coule que peu d'eau à cette saison. Un peu plus bas, un court tronçon un peu exposé est sécurisé par un câble fixe… encore un peu plus loin, un autre tronçon du même style n'est pas du tout équipé. Mais il n'y a aucun danger ici, le sentier est large et une chute peu probable.

J'arrive enfin en bas de la descente, chaud et transpirant. Une place de pique-nique est la bienvenue, surtout en raison de la source qui y coule par une fontaine et qui me permet de remplir mes gourdes de bonne eau fraîche sortie tout droit de la montagne. Un nuage aux formes bizarres pose gentiment pour la photo, encadré par les arbres, signe précurseur des orages violents qui ne vont pas tarder à arriver.

Je suis la piste du fond de la vallée jusqu'à l'alpage d'Unter Lauelen, où la terrasse du restaurant a attiré la foule. Des randonneurs et des promeneurs mangent et boivent sous des parasols jaunes vantant les mérites des paysans suisses, alors que trois accordéonistes et un contrebassiste jouent des airs folkloriques. Je ne parviens pas à résister à l'appel conjoint de la bière et de la musique… je crois pouvoir affirmer que jamais une bouteille d'Eichhof ne m'a paru aussi merveilleuse. Toute cette scène champêtre est vraiment charmante et me comble entièrement. Evidemment, on peut voir la même chose dans tous les lieux touristiques du pays… mais ici, au fin fond de l'Eigental, il n'y a pas un touriste en vue. Mis à part quelques randonneurs comme moi, tous les gens présent à cette fête alpestre semblent être des gens du coin, qui se connaissent tous et discutent bruyamment, assis aux longues tables en bois. L'orchestre joue une valse : un randonneur d'un certain âge, habillé d'un pantalon rouge, invite l'une des dames à danser, et pendant trois minutes ils valsent lentement et élégamment… enfin, aussi élégamment que possible en chaussures de montagne !  

Agréablement rempli de bière fraîche, je repars pour la dernière partie de la randonnée, un joli parcours en bordure de rivière qui m'amènera à l'arrêt du car postal à Eigenthal. Le danseur au pantalon rouge me dépasse et me salue ; en lui répondant, j'ajoute un "Bien dansé !" et il ralentit le pas pour rester discuter avec moi. Il me dit qu'il s'appelle Conrad, qu'il adore danser et qu'aujourd'hui, avec des amis, il est parti très tôt de Hergiswil ("à six heures et demie, c'est déjà tard mais ma femme ne veut pas partir plus tôt") pour faire le Pilatus par l'arête est. Apprenant que je suis anglais, que j'habite à Lucerne et que je travaille à Rotkreuz, nous échangeons quelques blagues sur le manque de montagnes dans mon pays natal et de l'excès de brouillard sur mon lieu de travail… 

J'arrive enfin à l'arrêt de bus. Là-bas vers l'Entlebuch, le ciel est devenu très noir, l'orage ne va plus tarder. Par une telle chaleur, j'en ai sans doute fait un peu trop et me sens exténué… mais il n'y a rien là qu'un bon bain ne pourra pas soigner. Malgré la chaleur et malgré la marche d'approche quelque peu longue, j'ai passé une journée magnifique et suis arrivé au bout d'une randonnée que je n'hésiterais pas à recommander.

Hike partners: stephen


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