Népal with kids : Tamang Heritage Trail & Chitwan National Park


Publiziert von Bertrand Pro , 26. Juni 2014 um 11:44.

Region: Welt » Nepal » Langtang
Tour Datum:14 April 2014
Wandern Schwierigkeit: T3 - anspruchsvolles Bergwandern
Wegpunkte:
Geo-Tags: NEP 
Zeitbedarf: 3 Tage
Aufstieg: 3000 m
Abstieg: 3000 m

Circuit enchainé à la suite du trek Helambu-Gosainkund dont il constitue un complément idéal si on n'a pas le temps de continuer sur le Langtang. Itinéraire détaillé ici

Lundi 14/4

Thulo Syabru (2220m) – Syabru Besi (1480m) – Thumpan (2300m)  : 11,5km, +900m / -820m, 5h45  net.

Nous attaquons la 2ème partie du trek, pas prévue au départ mais improvisée suite à la fuite unanime de Gosainkund. Le renoncement au sommet nous a fait gagner une journée, la longue étape de la veille une autre, il restait donc encore un jour à dénicher pour boucler cette version raccourcie du fameux « Tamang Heritage Trail » (THT), un joli circuit de village en village de l’autre côté de l’imposant torrent de Trisuli. Nouvelle unanimité pour « sacrifier » la journée de battement prévue à Kathmandou - même les enfants sont prêts à rajouter 2300m de dénivelé et bien des kms de sentiers poussiéreux pour éviter de passer une journée de plus dans ce cloaque !

Démarrage en douceur par la descente sur le bourg de Syabru Besi, qui se fait sur un excellent sentier permettant le ravitaillement de Thulo Syabru en mule – souhaitons que la manie du bulldozer épargne encore quelque temps ce bel endroit. Comme d’habitude, rien de plus ennuyeux qu’un bon sentier pour un alpiniste en herbe comme Arnaud…un instant de déconcentration, le pied moins sûr durant quelques mètres, et notre petit bonhomme bascule sans prévenir dans le flanc escarpé, la tête la première vers le lacet du dessous. Un bambou providentiel arrêtera le dévissage sans dégâts dans un concert collectif de hurlements…Nous avions sans doute fait tourner assez de moulins à prière depuis le début du séjour.

Pas grand-chose à faire à Syabru Besi (1480m, point le plus bas du circuit où l’on retrouve une route goudronnée), à fortiori sous un ciel déjà bien gris. Il s’agit juste d’assurer un peu de ravitaillement pour la suite : beaucoup moins touristique, le THT ne permet en effet plus de s’arrêter manger dès qu’on le souhaite et l’étape du soir à Thuman est encore à près de 4h de marche. Syabru Besi compte une improbable boulangerie et plusieurs épiceries, nous restockons donc galettes de pain défraichies, muffins juste sortis du four, bananes, Snickers pour les plus jeunes…avant d’attaquer la montée.

Il faut d’abord parcourir 2 km peu excitants sur une grosse piste poussiéreuse mais de bonne facture, construite depuis peu par la Chine histoire d’assurer une liaison supplémentaire avec le Tibet. La frontière n’est d’ailleurs qu’à 10 km, on aperçoit de temps à autre les 4*4 rutilants des douaniers chinois sans doute occupés à traquer d’éventuels réfugiés subversifs tentant de fuir la mère patrie avec des autocollants du Dalaï-Lama cachés dans leurs sacs à dos. Ladite frontière est cela dit fermée aux étrangers. Sans doute pas pour longtemps puisqu’il se murmure que la Chine chercherait même à prolonger le train Pékin – Lhassa jusqu’ici…

Sitôt la piste quittée, nous effectuons la montée à Thuman par un charmant petit sentier, très exposé sur 10 mètres suite au passage du bulldozer qui a provoqué une glissement de terrain juste en dessous…la moitié du village remonte avec nous pour célébrer le Nouvel An en famille, l’ambiance est folklorique à souhait et la pratique du Népalais permet enfin de faire autre chose que d’échanger des sourires : à la question, devant leurs beaux saris colorés, de savoir si elles ont été « faire du shopping en ville pour le Nouvel An », les groupes de filles de tous les âges éclatent de  rire en nous répondant « du shopping ? C’est pas l’envie qui manque…mais avec quel argent ? ».

Personne n’a l’air bien préoccupé pour autant : la cérémonie collective promet d’être riche en potins, en rigolade et surtout en raksi. Certains ont d’ailleurs attaqué de bon matin, et nous aurons du mal à traverser le dernier hameau avant Thuman, le sentier étant barré par un habitant déjà bien titubant. Tout bouddhistes qu’ils soient les Tamangs ont une solide réputation de buveurs et de fêtards, mangent de la viande et semblent avant tout heureux de vivre malgré leur dénuement. Inutile de tirer de ce simple cliché une quelconque morale de vie, c’est juste comme ça que nous les avons côtoyés.

Installation au Potala Lodge (ça ne s’invente pas !) et – après avoir commandé le diner à l’heure du goûter comme il est de coutume ici – découverte du village. Si l’on sait faire abstraction des déchets omniprésents (qui ne semblent gêner que les randonneurs occidentaux), ce village Tamang a vraiment bien du charme : toits de lauze, façades de boiseries, cultures en terrasse tout autour, vaches, poules, et nuées de gamins en train de déambuler entre les maisons, joyeux vieillards toujours enclins à papoter spontanément pour peu de les apostropher en Nepali (ou en Tamang, bien sûr…).  Nous assistons à la cérémonie de la Torma, dans le petit temple bouddhiste, il s’agit de fabriquer des statues en farine de riz et beurre de yak, on y enfermera ensuite les mauvais esprits avant de jeter le tout à la rivière…enfin c’est ce que Moritz et moi avons cru comprendre !

Le Daal-Baht du soir est servi avec le riz cultivé dans le village, dans le plus pur esprit « agriculture de proximité ». Il en va bien sûr de même pour le raksi (mais la surface plantée du millet servant à le fabriquer est bien supérieure, allez savoir pourquoi…). Presque aussi chic que de manger du riz tessinois chez nous. A ceci près qu’ici c’est encore au bœuf et à la charrue qu’on laboure, alors que les généreuses subventions agricoles helvétiques ont permis depuis longtemps aux paysans de Magadino de s’équiper en tracteurs dernier cri.



Mardi 15/4

Thumpan (2300m) – Nagthali (3200m) avec AR au viewpoint de Taruche (3650m) : 12,5km, +1430m / -530m, 6h  net.

Météo de rêve aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, matinée fraîche et lumineuse et cumulus ayant le bon goût de n’arriver que l’après-midi. La montée à Nagthali se fait dans une merveilleuse forêt de rhododendrons intacts, le Langtang Lirung dévoile enfin ses 7200m escarpés et scintillants de séracs et de parois de glace juste de l’autre côté de la vallée. On comprend mieux que cette montagne extrêmement impressionnante n’ait plus été gravie depuis…1995. Moritz nous raconte également avoir été sans doute le dernier homme à croiser le célèbre himalayiste slovène Thomas Humar il y a 10 ans, lequel partait pour une tentative solitaire dont il ne reviendra jamais (des pilotes d’hélicoptère suisses parviendront par la suite à récupérer son corps à 6700m, l’une des plus hautes opérations héliportées de l’histoire du Népal).

Le hameau de Nagthali se compose juste de 4 lodges et d’une ferme, le tout situé sur une épaule d’herbe dégagée et ensoleillée du matin au soir, c’est sans doute l’un des plus beaux sites naturels de la région. Comble de bonheur pour Cécile, une paire de chevaux en semi-liberté y gambadent au milieu de quelques vaches paisibles. Bref l’idylle est parfaite. Le Daal-Baht n’est certes pas terrible, mais le raksi délicieux (dixit Moritz, moi j’ai fini par me lasser…).

Nous occupons l’après-midi à monter au célèbre (enfin dans le coin !) viewpoint de Taruche, à 3650m, où la carte nous promet un panorama exceptionnel sur le Langtang Lirung, le Gaurisankar et le Ganesh Himal, entre autres sommités de l’Himalaya central. La sempiternelle course contre les nuages de l’après-midi est évidemment perdue, pour changer.  Long débat enflammé entre les plus érudits pour savoir si ce que l’on aperçoit dans une vague trouée à l’horizon est bien le Shisha Pangma (8046m), le benjamin des 14 « 8000m ». Enfin il ne faut pas trop en demander - au moins déambule-t-on ici au sec et (presque) au chaud sur un sentier chatoyant alternant rhodos multicolores et forêt barbue de style ruwenzorien.

Nabin et Saïla ont tenu à venir avec (« sinon ils s’ennuient et brûlent leur paie à boire du raksi » selon Moritz qui les connait bien). Avec 30 kg en moins sur le dos la montée doit leur sembler bien plate, du coup Saïla s’amuse de temps à autre à prendre Arnaud (30 kg aussi, mais plus agités) sur ses épaules. Ce qui ne l’empêche pas de descendre en trottinant (en sandales bien sûr) entre cailloux et racines, là où les membres du clan Delavy-Semelet progressent précautionneusement appuyés sur leurs bâtons hi-tech en kevlar. Un arrière-goût de déjà vu, 5 ans plus tôt c’était Cécile sur les épaules du ranger éthiopien sur les sentiers poussiéreux du Simien (mais lui avait en plus la kalachnikov en bandoulière…). Et Agnès, mon père et moi fréquemment les fesses par terre…

Nouveauté au dîner : « Snicker’s momo ». Comme son nom l’indique des ravioles aux Snickers fondus. Préparés d’avance, ils ont eu le temps de rancir un peu, bref il faudra quasiment tirer à la courte paille pour savoir qui sera forcé de manger le dernier. Même Cécile et Arnaud admettent que l’expérience ne vaut guère la peine d’être répétée. Agnès et moi aurons tout le loisir de demander pardon pour cette subversion de la cuisine tibétaine puisque notre lit du soir est installé devant un autel bouddhiste…



Mercredi 16/4

Nagthali (3200m) - AR Taruche (3650m) – Syabru Besi (1500m) : 21 km, +550m / -2400m, 7h30  net.

Dernier jour de marche avant d’affronter successivement les heures de piste défoncée, la pollution de Kathmandou et les 38° du Teraï. Tous les plus de 40 ans ont donc des fourmis dans les jambes et le réveil est mis à 5h15 pour un nouvel AR au viewpoint de Taruche avant d’entamer la longue descente vers la civilisation. Grasse matinée volontaire pour les enfants et les porteurs, involontaire pour Moritz dont le réveil n’a pas sonné et qu’on n’a pas osé réveiller…Le trio Delavy-Semelet  se retrouve donc en famille pour cette petite promenade apéritive menée tambour battant histoire d’être à l’heure pour le P-déj dument commandé la veille au soir pour 8h30 tapantes.

Inutile de courir cela dit, les nuages sont une nouvelle fois les plus rapides et il faut se contenter de 10 secondes d’éclaircie sur le sommet du Ganesh Himal. Caramba, encore raté…Peut-être que c’est à Ganesh plutôt qu’à Buddha qu’il aurait fallu faire une offrande. On commence à comprendre pourquoi le monde entier vient trekker au Népal en novembre plutôt qu’en avril…On se console rapidement devant un apple-muesli-porridge fumant, le dernier avant longtemps sans doute.

Le retour vers la vallée s’avère  plus aventureux que prévu. Les sentiers ne sont fréquentés que par les locaux et nous réalisons rapidement que la carte – pourtant au 50.000ème et estampillée 2012 – est un incroyable ramassis de bêtises. Les noms des villages sont certes justes mais ils semblent avoir été placés au hasard avant d’inventer des chemins fantaisistes pour les relier. Si la descente aux chalets de Brimdang se trouve encore assez facilement, la suite se corse vite. Nous passerons quelques heures à brasser d’abord du maquis, puis à descendre des pentes de terres désagréablement escarpées par un lacis de sentes minuscules avant de retrouver un chemin digne de ce nom.

Des genoux en compote, de la poussière, une chaleur qui augmente, pas un bistrot à l’horizon, la révolte commence à gronder chez les moins de 15 ans…elle ne s’apaisera qu’après avoir décrété la distribution des stocks stratégiques. C’est-à-dire tout ce que chacun avait oublié au fond de son sac depuis le dernier ravitaillement. A commencer bien sûr par les célèbres « Coconut biscuits », snack universel de la montagne népalaise qu’on trouve absolument partout à des prix oscillant entre 15 roupies (12 centimes d’Euro) si le client est indigène et la route proche, et 40 roupies pour un mauvais négociateur et à plus de 2 jours de portage. Le hameau de Pajung mettra fin aux souffrances, on y trouve une petite épicerie où il est possible de se faire servir du thé…et de racheter des coconut biscuits. 120 roupies les 6 paquets, un bon deal sans doute dû à la nouvelle piste fraîchement construite.

L’ancien sentier regagnant ensuite la vallée débouche rapidement sur la piste en question, grosse cicatrice taillée au bulldozer dans une caillasse instable et excessivement raide. Bon courage pour la prochaine mousson. De façon générale, toute la vallée latérale menant aux thermes de Tatopani est éventrée de nouveaux rubans carrossables, limitant sensiblement l’intérêt de la partie occidentale du THT. Notre choix – dicté par le calendrier - d’un parcours réduit du flanc oriental est donc au final plutôt heureux. C’est donc une troupe poussiéreuse et aux pieds fourbus qui s’installe à l’heure du thé au « Mountain View lodge » (sic) de Syabru Besi pour une orgie d’Apple-Pie (chaussons aux pommes géants sortis chauds du four, miam) et une tentative de décrassage (achevée évidemment au seau d’eau froide, la « 24h hot shower » affichée ne durant guère plus de 10 secondes).

Syabru Besi est un trou de fond de vallée cradingue, empilage anarchique d’hôtels miteux, de boutiques de camelote pseudo tibétaine et de cahutes inachevées. Des bandes de jeunes désœuvrés arpentent l’unique rue en faisant pétarader leurs petites motos,  sans doute payées là encore par un lointain frangin ou cousin en train de trimer sur les chantiers des Emirats. Un nombre étonnant de touristes fourmille dans ce patelin poussiéreux en cette fin d’après-midi, avec de toute évidence la même idée que nous : s’en échapper au plus vite…Moritz et moi nous mettons donc sans tarder en quête d’une jeep pour le retour du lendemain à KTM. Le bus touristique « deluxe » est en effet déjà plein, et quant au bus local…certes il ne refusera jamais personne (!), mais aucun d’entre nous n’a vraiment envie de passer 8h entassé et secoué dans la chaleur et la poussière. Ou même sur le toit en cas d’affluence…

Comme on pouvait le craindre, l’affaire ne se révèle pas aussi simple que prévu. Il ne suffit pour une fois pas de sortir une grosse liasse de roupies en claquant des doigts. Tarif selon Lonely Planet : 8'000 roupies. Moritz négocie d’abord avec une vendeuse d’artisanat, dont la cahute affiche fièrement « jeep transport to Kathmandu ». 10’000 roupies, take it or leave it. Tope là ! Mais le chauffeur qu’elle convoque exige de partir le soir même, ce que nous refusons (un trajet de nuit au Népal doit valoir 10.000 tours de périphérique en scooter et sans casque en terme de risque...). Nous reprenons du coup notre liasse, un peu dépités, sous les gesticulations de la matrone furieuse de voir lui échapper une juteuse commission.

Le soir approche et toujours pas de jeep, l’inquiétude commence à monter. D’autant que le trajet KTM - Chitwan est déjà réservé pour le surlendemain à l’aube.  C’est finalement la patronne du lodge (tout passe par les femmes, au Népal !) qui nous sauve la mise en dénichant le copain d’un lointain oncle qui promet de nous récupérer le lendemain à l’aube. 12.000 roupies, mais plus personne n’a envie de marchander…Quand on verra le trajet de retour, on se dira pour finir que ce n’était pas cher payé !

Arnaud, ni usé par les 1800m de descente ni préoccupé par la suite des opérations, dispute pendant ce temps une partie de foot endiablée avec le fils de la logeuse. Le match se terminera comme prévu une fois le ballon emporté par les eaux tumultueuses de la Trisuli (RV à Bénarès une semaine plus tard…) et Agnès en sera quitte pour écumer les échoppes du bled afin de dénicher un substitut.



Jeudi 17/4

Syabru Besi (1500m) – Kathmandou (1320m) : 120km, 6h30 de route (dont 1h de pause)

Bye bye montagne. Une matinée de route au Népal est comme prévu bien plus éprouvante qu’une journée de marche. La 1ère heure goudronnée laisse penser à un trajet tranquille, mais il n’en sera évidemment rien. Le sinistre patelin poussiéreux de Dhunche ouvre le bal des hostilités : 3 « check-points » en 1 km. Les « trekking permits » sont évidemment au fond des sacs entassés sur le toit – qui pouvait imaginer en avoir besoin en roulant en jeep ? On rétorquera qu’il faut bien occuper les 30'000 rebelles maoïstes, démobilisés après l’armistice puis engagés par l’armée afin de leur éviter de retourner faire des bêtises.

Le « pahiro » (glissement de terrain en indo-nepali, terme d’usage fréquent sur les pistes himalayennes) de Ramche se charge ensuite de maintenir la moyenne largement en dessous de celle d’un coureur amateur moyen. Difficile de dépasser les 5 km/h sur une portion de piste invraisemblablement défoncée, simple cicatrice sur un flanc d’éboulis en reptation permanente, régulièrement rouverte au bulldozer après chaque orage de mousson. Le goudron revenu offre un joli moment de répit, la route plonge de façon presque bucolique vers le fond de la vallée de la Trisuli, dont les gorges infranchissables en amont obligent à ce long détour 1000m plus haut. Nous quittons le monde des Tamangs bouddhistes pour celui des Brahmanes hindouistes, les femmes arborent de magnifiques saris écarlates…enfin pour celles qui ne triment pas sous une hotte de fagots ou de légumes. Les bonshommes les observent paisiblement en papotant devant les bouisbouis du bord de la route…

Le salaire de notre chauffeur doit sans être inversement indexé à sa consommation d’essence : non content de faire agoniser son moteur en 3ème à 20kmh dans chaque montée, il s’empresse de rebasculer en roue libre dès que ça fait mine de redescendre. Les plaquettes de frein sont sûrement à la charge de son patron…Là encore un bon coureur éthiopien parviendrait sans doute à suivre sans trop de mal. En parlant d’Ethiopie, tout cela nous rappelle d’ailleurs le mémorable trajet entre la fin du trek du Simien et la cité d’Axum quelques années plus tôt…Sitôt rejoint le grand axe nord-sud du Népal à Galchi, le quotidien des routes indo-népalaises reprend vite le dessus : chaleur accablante (nous sommes descendus à 500m, 3200m plus bas que la veille au matin), cohorte infinie de bus et camions puants, manœuvres de dépassements terrifiantes pour les non-habitués, visibilité réduite à néant par la poussière là où elle ne l’est pas par les panaches noirs vomis par les pots d’échappement…seule la vitesse moyenne inférieure à 25 km/h empêche un carnage routier généralisé. La traversée de KTM s’effectue par contre plus facilement que prévu grâce aux indications astucieuses hurlées par Moritz (qui vit ici plusieurs mois par an) à notre conducteur totalement perdu dans le dédale de la capitale… « Bhai, siddha, siddha, bhagwan ! » - « Tout droit mon frère, tout droit j’ai dit, bon dieu ! »

Nous sommes pour finir réinstallés au Nippon Lodge en début d’après-midi. La fin de la journée est égayée par une intense partie de shopping pour les uns, assombrie pour moi par la terrible nouvelle (maudit soit le WiFi) de la disparition de Jacqueline, une copine de montagne fribourgeoise avec laquelle nous avions encore partagé une belle épopée à ski entre Valais et Piémont en début d’hiver. Je reste prostré dans la chambre jusqu’au soir à écouter des chœurs orthodoxes pour dégonfler un peu la boule qui m’écrase l’estomac. Le courant est évidemment coupé à la tombée de la nuit, comme chaque jour. N’ayant pas pris garde à la position des interrupteurs, nous en serons quittes pour un nouveau réveil blafard sur les coups d’1h du matin sitôt l’électricité revenue.



Vendredi 18/4

Kathmandou (1320m) – Chitwan (180m) : 170km, 5h30 net.

C’est le grand départ pour Chitwan, le fameux parc national situé dans la plaine tropicale du Teraï, juste à côté de la frontière indienne et réputé pour ses rhinos, crocos et autres éléphants. Nous avons d’abord le plaisir (sic) de refaire en sens inverse la pire partie du trajet de la veille entre KTM et Galchi. Certes à contresens du flux principal, mais la file ininterrompue de bus et camions en face se recompose en permanence à coup de dépassements hasardeux. Les cris de frayeurs des passagers animent ainsi l’ambiance de l’habitacle à intervalles réguliers. Deux bus et un camion défoncés gisant en bord de route (le tout en 10 km) montrent que malgré la vitesse de 30 km/h et la dextérité des autochtones au volant les cartons ne sont jamais à exclure…La clim rend les armes au bout de 5 minutes et nous entamons donc plus vite que prévu l’acclimatation aux 38° annoncés dans le Teraï.

A part ça la moyenne n’est finalement pas si mauvaise puisque nous arriverons pour déjeuner au  « Sapana Lodge », soit 5h30 de route pour presque 170km. Le lodge est plutôt classieux (plus rien à voir avec ses homologues himalayens !) , jolis bungalows noyés dans un océan de verdure, restaurant de qualité, WiFi, vélos à disposition, petit salon de lecture…le tout estampillé comme il se doit d’une foule de distinctions d’exemplarité  sociale et écologique. La climatisation promise est bien au RV, évidemment elle ne fonctionne qu’avec le courant public (à peu près aussi fréquent qu’à KTM), les générateurs de secours de l’établissement n’ayant pas la puissance nécessaire pour rafraîchir tous les gringos à la fois. Nous reprendrons donc le soir même la bonne habitude de la douche froide tout habillé avant de se coucher (enfin moi en tous cas), avec renfort de Temesta en cas de nécessité.


S’ensuit en attendant une petite promenade digestive dans le village tout proche avec les vélos du lodge. Expérience amusante que de chevaucher pour la 1ère fois les célèbres bicyclettes indiennes à une vitesse. Moralité : il faut vraiment détester la marche pour enfourcher des engins aussi instables qu’une draisine du 18ème siècle et aussi lourds qu’un E-bike aux batteries à plat. Au terme d’une longue étude comparée des prix, nous faisons l’acquisition d’un spray anti-moustiques - qui au final ne servira quasiment jamais, la chaleur accablante ayant apparemment fini par décourager même les plus voraces d’entre eux.

En fin d’après-midi, sitôt le thermomètre repassé sous les 35°, le programme du séjour prévoit une petite balade dans le village voisin peuplé par les paysans de l’ethnie Tharu. On s’attendait au pire (genre thé en commun dans une maison typique suivi de danse en costume traditionnel), pour finir c’est une découverte toute simple et plutôt bon enfant de leur quotidien entre rizières, cahutes de terre et de paille et nuées d’animaux de basse-cour déambulant nonchalamment entre nos jambes. Pendant que le guide explique la vie locale dans un sabir anglo-népalais peu intelligible, Arnaud teste méthodiquement chaque pompe à eau manuelle (les plus récalcitrantes obligent à se mettre debout sur leur manche pour faire jaillir l’eau). Il se taille du coup son petit succès auprès des femmes du village chargées de laver le riz du diner, pas fâchées de profiter pour une fois d’une paire de bras de rechange ! Le retour au lodge se fait par un petit pont artisanal  particulièrement photogénique…



Samedi 19/4

Chitwan

Matinée sous le signe de l’éléphant : « elephant ride » en forêt avant le petit-déjeuner (on comprendra vite pourquoi…) suivi d’un mystérieux « elephant bath » sur lequel le programme ne donne guère de détails. Commençons par la promenade en forêt : nous sommes d’abord entassés à 4 par éléphant dans une sorte de nacelle fixée sur le haut de la bête, tout comme les 40 autres touristes ayant eu l’infortune de s’inscrire. Celle-ci se met ensuite en marche pour une heure sous les arbres.  La forêt de « pal » (un genre de chêne local) est plutôt monotone et finalement pas bien exotique, les 35° mis à part. On est loin de la jungle tropicale fantasmée…et vu le vacarme de la caravane de 15 éléphants,  pas le moindre animal sauvage ne montre évidemment le bout de son nez. D’où au final des avis très partagés : Cecile y aurait passé la journée, j'avais le mal de mer et envie de continuer à pied au bout de 5mn. Selon Patricia, c’est encore pire sur un chameau…j'ai donc définitivement arrêté de fantasmer sur des méharées hoggariennes, avec ou sans Al Kaida !

En fin de matinée, le clou de la journée : le bain avec les éléphants. Le gérant du lodge baptise cela diplomatiquement bain "des" éléphants, mais sur place il s'agit bien de monter encore dessus pour patauger dans la rivière voisine avant de se faire précipiter à la flotte puis arroser longuement à la trompe sitôt remontés ! Une fois de plus Cécile y aurait passé sa journée pendant que son papa n'était pas fâché d'avoir pu se défiler au prétexte de faire les photos depuis la rive...


Après-midi en jeep à la recherche des rhinos, la célébrité locale. 3h de marteau-piqueur dans la même forêt monotone du matin, sous une chaleur abrutissante,  pour en voir trois pendant quelques minutes. Les mauvais esprits observeront qu'on verrait la même chose au Zoo de Vincennes, le cagnard et le tape-cul en moins.

Bon pour le même prix on a aussi droit à une petite visite de l’élevage de crocodiles de Chitwan. Les spécimens les plus grands de la race locale, dite du « Gharial », peuvent atteindre 7 mètres de long…mais sont parait-il doux comme des agneaux (enfin façon de parler, hein, relativement aux caïmans et autres alligators…). La race des « muggers » ne dépasse pas les 2-3 mètres mais est par contre réputée pour sa férocité. Règle générale du monde animal (homme inclus) une nouvelle fois illustrée : plus c’est petit plus c’est hargneux !

Toujours 38 degrés l'après-midi, la chaleur daigne descendre à 27 à l'aube. Heureusement que l'air est sec. Il me prend de temps en temps la nostalgie des lodges glacés de Gosainkund, mais je crois que je suis bien le seul !


Dimanche 20/4

Chitwan (180m) - Kathmandou (1320m) : 170km, 6h30 net.

Nouvelle balade à jeun pour éviter le mal de mer, ce coup-ci en pirogue. Bon vu la tranquillité de la petite rivière cette précaution était sans doute superflue…
Cela dit la balade dans la douceur  du matin est bien agréable, même si évidemment les crocodiles promis sont assez discrets - on en verra 2 endormis, ou plus précisément quelques écailles proéminentes sortant juste de l’eau. Plus un ou deux martin-pêcheurs colorés. Et enfin quelques troupeaux de biches au terme d’une petite heure de marche en forêt agrémenté d’un « pack-breakfast » ayant voyagé sur le dos du guide. Bref pas de quoi fouetter un rhino. On reste loin du jardin d’Eden de l’extraordinaire « Queen Elizabeth National Park » ougandais au pied du Ruwenzori. Par contre le gérant du lodge, qui a pris les enfants en affection, leur propose à titre exceptionnel une 2ème session d’ « elephant bath ». Inutile de dire qu’ils ne se font pas prier. C’est aussi folklo que la 1ère fois. Quand on leur reparlera du Népal dans quelques années, il est probable qu’ils se souviendront toujours de ça alors que le trek, le lodge glacé de Gosainkund, le chaos de KTM  et les orgies de Daal-Baht auront déjà été oubliés…

L’après-midi est consacré au retour à Kathmandou en minibus. Ce coup-ci c’est celui du lodge et l’air conditionné est garanti. Evidemment tout ne se passe pas vraiment comme prévu. D’abord il faut aller faire le plein (l’idée de le faire avant le départ est manifestement étranger à la logique orientale). Ce qui n’est bien sûr pas une mince affaire : les ¾ des pompes sont naturellement à sec et dans le dernier ¼ le proprio refuse de vendre plus de vingt litres, espérant sans doute faire de juteuses affaires lorsque la pénurie deviendra intenable. 1 heure après nous avons enfin quitté la plaine étouffante du Teraï.

Il s’agit ensuite un peu plus tard de refaire pour la 3ème fois en 4 jours l’infecte portion Galchi – KTM qu’on commence à bien connaître avec ses 1000 et 1 camions et bus, sa poussière, son chaos et ses moments de terreur. Moins nombreux pourtant, on doit commencer à s’endurcir.  Juste un camion par terre ce coup-ci, mais une citerne de gaz liquide (pleine évidemment) qu’on s’empresse de laisser derrière nous au plus vite avant une éventuelle déflagration…mais pour finir nous sommes à l’entrée de KTM sur les coups de 19h, avec même l’espoir de trouver encore un restaurant ouvert après avoir traversé la ville et posé les sacs à l’hôtel.

Mais on ne va évidemment pas s’en sortir à si bon compte…on a donc gardé le meilleur pour la fin. Tout commence par un micro accrochage avec une camionnette de ciment en train de nous doubler par la gauche (rappelons qu’ici c’est aussi le coté où l’on roule !). Vu l’état usuel des véhicules népalais, personne n’imagine une seule seconde que les conducteurs s’arrêteront pour si peu. Mais notre « adversaire », dont la faute est pourtant patente, ne l’entend curieusement pas de cette oreille et nous fait signe de descendre pour discuter. S’ensuit une explication musclée dans laquelle le seul point d’accord est de ne surtout pas faire appel à un policier qui amenderait les 2 chauffeurs au profit de sa poche gauche et de sa poche droite.

L’incident  s’achève donc par la mise en application de la loi du plus fort : 4 Népalais contre un (les gringos comptent pour du beurre, dans ce genre d’affaire), la cause est vite entendue et notre malheureux chauffeur doit avancer les 2000 roupies de « dégâts » vite estimés par un témoin du voisinage, autoproclamé carrossier pour l’occasion. Traumatisé, incapable de continuer à conduire, notre chauffeur appelle à la rescousse un autre employé du Sapana Lodge qui passe providentiellement la nuit dans les parages avant de rentrer à Chitwan le lendemain. C’est donc un inconnu d’allure bizarre qui prend le volant sans explications devant un groupe germano-helvétique pas bien rassuré – nous mettrons en fait tout le reste du trajet à comprendre les évènements tels que je viens de les raconter ! Cécile croira longtemps à un début de kidnapping…


En reprenant nos chambres le cœur encore battant, nous apprenons du patron du Nippon Lodge que l’essence est désormais rationnée ici aussi (il n’y a bien sûr toujours pas de courant). On comprend mieux les 200 motos en train de faire la queue lampe de poche à la main devant la station d’essence voisine. Le taxi commandé le lendemain à l’aube pour l’aéroport sera donc « un peu plus cher que prévu »…Bref comme le résumera Moritz devant le Daal-Baht d’adieu le soir même : « Kathmandou était un épouvantable cloaque chaotique il y a 20 ans, mais depuis ça n’a fait qu’empirer !  Bon le Pakistan c’est pas mieux…d’ailleurs connais-tu l’histoire de l’astronaute chinois et de son collègue pakistanais en train d’observer la terre depuis l’espace ? Apercevant ce qui semble être une construction toute en longueur, le Chinois annonce fièrement que c’est surement la Grande Muraille, puisqu’il est bien connu que c’est la seule création humaine visible d’aussi loin. Et son collègue de rétorquer – mais non, tu vois bien que c’est plus à l’ouest, c’est simplement la queue devant l’unique pompe à essence en marche de Rawalpindi… »


Lundi 21/4

Kathmandou – Oman – Zurich

La nostalgie d’usage pour le jour du retour garde des proportions mesurées. Malgré notre amour de la randonnée, le charme de la vie nomade et la beauté de l’Himalaya Népalais, le constat au bout de 16 jours est le même qu’après chaque voyage dans le sous-continent indien : personne n’est fâché de rentrer pour retrouver de l’air pur, de l’ordre, de la propreté, un pays où tout fonctionne, etc…Evidemment on ne va pas s’en sortir aussi facilement. Les taxis sont pourtant bien au RV à l’aube et nous avons 2 heures d’avance à l’aéroport. Elles vont finalement bien nous servir.

Ceux qui ont eu le courage de tout lire se souviennent peut-être qu’on avait cherché à tricher un peu sur la durée du visa afin de faire de menues économies (cf CR du samedi 05/04 tout au début…). Bref notre visa de 15 jours est échu depuis l’avant-veille. Agnès, Patricia et Arnaud passent sans souci – pari gagné.

Du moins en apparence. Cécile et moi avons eu hélas la mauvaise idée de faire la queue au guichet d’à côté. Mauvaise pioche : notre douanier a lui l’air de savoir lire et nous fait vite remarquer que nous sommes en situation illégale. Pas grave « allez payer la taxe à la caisse et revenez me voir ». Bilan de la plaisanterie : 66 $ ( !) pour nous deux. Les protestations de service (« we will never come again to Nepal » – quel pieux mensonge !) n’y changent rien, il faut passer à la caisse (point positif : ça permet de cramer nos dernières roupies) ; puis aller dans un autre bureau où un fonctionnaire cravaté mettra 20 minutes à nous établir un visa temporaire (de 2 jours !) dument collé sur le passeport. Bref on saura pour la prochaine fois (déjà agendée à Pâques 2016 autour du Manaslu…).

Ce sera le petit frisson d’adieu du Népal avant un vol sans histoire rempli de films (pour les autres) et de redémarrage studieux du Chinois (pour moi), que j’avais à grand peine dû abandonner temporairement pour rafraîchir mon Népali. L’aéroport ultra-moderne de Mascate sera le 1er choc culturel du retour. On aperçoit au loin, à travers les grandes baies vitrées, les gratte-ciels en chantier où sont sans doute en train de transpirer des Népalais. Sans doute les lointains cousins de tous les jeunes à moto en train de tuer leur ennui dans les rues de Kathmandou ou de Syabru Besi…


Tourengänger: Bertrand


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