Nouvel An sur la Belchenflue


Publiziert von stephen Pro , 15. Januar 2017 um 12:27.

Region: Welt » Schweiz » Solothurn
Tour Datum: 1 Januar 2017
Wandern Schwierigkeit: T1 - Wandern
Wegpunkte:
Geo-Tags: CH-BL   CH-SO 
Zeitbedarf: 5:00
Aufstieg: 875 m
Abstieg: 775 m
Strecke:Olten – Belchenflue - Waldenburg

English version here
 
C'est une nouvelle année de randonnée qui commence… et celle-ci commence particulièrement bien, avec une journée magnifique dans le Jura soleurois pour changer un peu de type de paysage. C'est le dernier jour de nos vacances de Noël, probablement aussi le dernier jour du temps ensoleillé qui persiste en montagne depuis des semaines. Demain, un front froid et humide abordera la Suisse et l'hiver s'installera.
Nous avons tous les deux l'impression qu'il fait plus froid que les jours précédents, en marchant jusqu'à la gare de Lucerne où nous prenons le train pour Olten. La nappe de stratus est toujours bien en place et, entre Sursee et Wauwil, la belle vue vers la région du Napf et les Alpes bernoises que l'on voit habituellement depuis le train reste cachée.

Qui ne connaît pas la gare d'Olten et le vent froid qui semble souffler en permanence le long de la voie 12 lorsqu'on y change de train ? Mais combien d'entre nous ont mis les pieds en dehors de la gare pour s'aventurer dans la ville ? Pas moi en tout cas : alors que j'entame ma vingtième année en Suisse, je le fais aujourd'hui pour la première fois.  Nous quittons la gare par sa sortie principale et franchissons l'Aare grise et froide. Un panneau indique la vieille ville à gauche : malheureusement, notre chemin part à droite. Tant pis, nous la visiterons à la fin de la randonnée, entre deux trains.  Nous longeons des rues tranquilles bordées de grandes villas entourées de jardins privatifs. Je suis surpris : la réputation d'Olten en tant qu'endroit à vivre n'est pas fantastiques, mais ces rues dégagent une impression de vie confortable et plutôt aisée.

A la lisière de la ville, les rues calmes font place à une piste forestière qui commence tout de suite à grimper. Mes cuisses et tibias douloureux semblent s'être refait une santé après les deux longues randonnées de fin décembre, je me sens de nouveau en forme et moins vieux. Le brouillard me paraît plus dense aujourd'hui : pourtant, Météosuisse nous dit que nous le quitterons plus vite que les jours précédents, quelque part vers 700 mètres. Tant mieux, car nous n'allons pas monter très haut aujourd'hui : il manque un mètre à la Belchenflue pour atteindre la barre des 1100. Les arbres sont enveloppés d'une bonne couche de givre alors qu'au sol, par endroits il y en a tellement que nous avons de la peine à dire s'il s'agit de givre ou de neige résiduelle.

Au début, nous croisons pas mal de gens qui font une promenade dominicale, mais en nous éloignant des abords de la ville et des parcours de santé, nous nos trouvons bientôt seuls au milieu de la forêt. Nous quittons la piste pour un sentier plus raide qui monte en lacets, puis débouche sur une autre piste venant depuis Wangen qui passe entre de hauts talus puis descend vers le chalet de Rumpel, situé à 607 m dans un vallon silencieux. Un panneau cloué au mur du chalet nous avertit qu'une chasse au sanglier se déroulera ce 1er janvier entre 8h 30 et 10h 30… nous avons bien fait de ne pas nous lever trop tôt, il est presque midi. Même si le soleil n'est pas encore visible, le brouillard est moins épais ici et, vers le nord, il y a un soupçon de ciel bleu au-dessus de la crête boisée. Vers l'est, le vallon redescend dans le brouillard sombre et givrant.

Nous remontons la vallée pendant un quart d'heure jusqu'à Rumpelhöchi, 678 m. A un carrefour de plusieurs chemins, de nouveaux panneaux d'avertissement nous préviennent que nous pénétrons dans une zone susceptible d'être utilisée par l'armée pour des exercices de tir. Pas de problème aujourd'hui : on est dimanche et c'est un jour férié, l'armée est restée chez elle. Notre sentier semble se diriger vers la crête où nous avons vu du ciel bleu, mais il fait un crocher à gauche et plonge à nouveau en forêt.

Nous suivons maintenant ce sentier forestier sur 200 mètres de dénivelée, remontant les pentes sous la crête, prenant petit à petit de l'altitude. Une jeune femme nous double en courant, pas du tout essoufflée malgré la pente, c'est parfaitement injuste. Une demi-heure plus tard nous la croisons allant dans l'autre sens : son jogging dominical se termine et elle redescend vers chez elle.  Il y a un endroit où le sentier fait un crochet inattendu à droite : nous manquons le balisage et continuons tout droit sur une trace de piste qui devient de plus en plus encombrée de buissons et d'arbres tombés. Au bout de dix minutes, nous nous rendons compte de notre erreur et revenons sur nos pas. Nous atteignons enfin la Homberglücke, petite brèche dans la crête boisée à une altitude de 905 mètres. Ici se trouve un petit abri militaire qui doit servir lors des jours de tir pour empêcher les randonneurs de pénétrer dans la zone dangereuse et se trouver pleins de trous de balles par conséquent.  

Nous faisons une petite pause pour boire à la Homberglücke, qui marque à la fois la fin de la forêt et celle du brouillard. Nous descendons un peu vers la prochaine vallée, quittons le couvert des arbres et nous trouvons sous un ciel bleu, face à une belle vue vers le Hauenstein au nord-est.  Nous traversons cette vallée peu profonde où, malgré le soleil, le froid est particulièrement vif. L'herbe courte est entièrement gelée et craquèle sous nos pieds comme un bol de Rice Krispies. La limite supérieure du brouillard n'est pas bien loin et celui-ci joue avec le paysage, le cachant et le révélant à tour de rôle. Encore loin devant, je crois apercevoir le but de notre randonnée : l'un de ces deux petits sommets rocheux doit bien être la Belchenflue. Un jeune couple qui nous a rattrapés à la Homberglücke nous double pendant que je prends des photos : ce sont les seuls autres randonneurs que nous avons vus jusqu'à maintenant mais à partir d'ici, nous verrons beaucoup plus de monde. Le sentier nous amène à une petite route goudronnée et verglacée. Un cycliste passe lentement, concentré sur la tâche peu évidente qui consiste à ne pas glisser. Je ne m'aventurerais pas dehors sur un vélo dans de telles conditions !

Nous suivons la route pendant une courte distance jusqu'à la General Wille Haus, une grande maison de pierre grise construite par l'armée au début du 20ème siècle et qui est occupée maintenant par la section locale du CAS. Pendant les deux prochaines heures, nous verrons beaucoup d'évidence du passé militaire important de la région. Il y a un parking juste après la maison, ce qui explique le nombre de promeneurs que nous croisons subitement : monter jusqu'ici en voiture puis faire la Belchenflue en aller-retour doit être une sortie dominicale bien connue dans le coin.

Nous suivons maintenant une piste qui remonte doucement vers l'ouest, construite elle aussi par l'armée en 1915. Les blasons cantonaux des différentes divisions qui ont travaillé à la construction de la route sont gravés ou peints sur les parois rocheuses qui la surplombent. Petit à petit, la vue s'ouvre vers l'ouest et le sud et, pour la première fois de la journée, les Alpes apparaissent, s'étendant d'un bout de l'horizon à l'autre, très loin par rapport aux jours précédents. L'air est un peu moins limpide aujourd'hui, avec une brume légère qui annonce peut-être le changement de masse d'air à venir. Plus près de nous, les crêtes du Jura se succèdent vers l'ouest, camaïeu de gris-vert de plus en plus pâle vers un horizon flou et brumeux. A nos pieds, ces crêtes plongent dans le brouillard qui enveloppe encore le Plateau suisse. Par contre, il n'y a pas du tout de brouillard sur le versant nord du massif jurassien, où un paysage de collines et de forêts vertes s'étire vers Bâle et la vallée du Rhin.

La route militaire finit par nous amener à la selle (1055 m) entre la Belchenflue et son voisin à peine plus haut, le Ruchen. Le sommet de la Belchenflue s'élève abruptement à l'est de cette selle, bastion rocheux que nous atteignons à l'aide d'escaliers taillés dans la pierre. Il y a beaucoup de monde sur le sommet minuscule (j'imagine que cela doit presque toujours être le cas) et tout autant assis dans l'herbe en contrebas, mangeant ou profitant simplement du soleil et de la vue. Il faut l'avouer : malgré son altitude modeste de 1099 mètres, la Belchenflue jouit d'une vue magnifique dans toutes les directions. Au nord, la Forêt Noire est facile à voir ; les Vosges un peu moins, ils sont un peu perdus dans la brume. Vers le sud, au-delà de la mer de brouillard, la chaîne alpine semble être visible dans son intégralité. La vue s'étend jusqu'au Mont Blanc, même si je n'aurais pas pu l'identifier sans l'aide de la table d'orientation. Voilà enfin le Napf que nous n'avons pas pu voir depuis le train, sortant tout juste du brouillard pour nous refaire penser à un week-end particulièrement agréable au mois de mai dernier. Nous passons quelques minutes à nous imprégner de cette vue fantastique, puis descendons de quelques mètres pour casser la croûte au soleil, assis sur l'herbe : pour changer, le dernier pique-nique de nos vacances se compose d'une soupe maison et des derniers restes de Noël…

J'avais prévu de descendre vers Hägendorf, en suivant tout simplement l'itinéraire décrit dans le guide Rother Jura suisse. Mais en voyant les conditions météorologiques des deux côtés du massif, je change d'idée. Du côté soleurois, nous nous trouverons vite dans le brouillard et devrons marcher pendant une heure et demie dans le froid et la grisaille. Pourquoi ne pas plutôt descendre du côté bâlois, vers Waldenburg ou Läufelfingen : les temps de marche indiqués sont équivalents et nous n'aurons pas du tout de brouillard. La direction de Läufelfingen nous obligerait à refaire le même chemin jusqu'à la General Wille Haus, nous optons donc pour Waldenburg. Je n'ai pas la bonne carte, mais suivre le chemin ne devrait pas poser de problème dans ces paysages jurassiens.

La décision est excellente. Nous descendons jusqu'à la selle de Chilchzimmersattel (991 m), où il y a une petite route et où on se bat pour les quelques places de stationnement disponibles. C'est ici que nous nous trouvons subitement devant le premier de toute une série de panoramas exceptionnels vers l'ouest, un panorama fait de pâturages, de bosquets, de vallons brumeux et de mamelons arrondis. Au-delà de ce petit col, à notre surprise, le sentier étroit remonte au lieu de continuer sa descente. Pendant une heure, nous allons suivre une série de crêtes entre des falaises à droite et de beaux vallons à gauche. C'est à partir d'ici que nous voyons les vestiges les plus impressionnants de la Première guerre mondiale. Avec la vue dégagée qu'elle offre, cette crête aurait eu une grande importance stratégique en cas d'attaque venue du nord et, entre le Chilchzimmersattel et la Geissflue, toute un réseau de fortifications en pierre et béton a été construite. Il y a même des tranchées, paraissant un peu incongrues dans ce paysage jurassien : c'est comme si on avait dit aux généraux que 14-18 était une guerre de tranchées, donc ils ont creusé des tranchées sur la montagne. La construction de ces fortifications a dû être un travail titanesque… et tout cela pour rien, puisqu'elles n'ont jamais servi.

Nous passons sous le Spitzenflüeli (1037 m), où une place de grillade occupe elle aussi une place stratégique face à une vue spectaculaire. Le vallon que nous observons donne une impression de milieu de nulle part, il n'y a pas une seule maison à voir. Nous ne sommes pourtant qu'à quelques kilomètres des villes du Plateau et de la région bâloise. Nous passons devant d'autres blockhaus et tranchées, puis traversons un large pâturage (1006 m) qui descend en pente toute douce vers l'ouest et vers une nouvelle vallée de toute beauté.  Il y a une bonne dizaine de randonneurs assis ici, éparpillées en groupes de deux ou trois sur l'herbe, profitant de la vue qui est à couper le souffle. L'herbe rase et jaunâtre du premier plan offre un contraste saisissant avec un arrière plan fait de forêts sombres, de prairies givrées et d'un dégradé de collines et de crêtes bleu-gris sous le soleil couchant. Cette vue est parfaite, il n'y a rien à dire.

Cette alternance de passages en forêt et de clairières panoramiques se répète encore. Dans les passages forestiers, le sentier surplombe de hautes parois qui descendent verticalement sur le côté est de la crête. A la selle herbeuse de Lauch (1014 m), deux adultes accompagnés de toute une flopée d'enfants consulte les panneaux jaunes, débattant de la suite la plus intéressante de leur randonnée. Nous remontons une fois de plus, montée courte mais assez raide jusqu'à la Lauchflue (1042 m) un éperon rocheux qui sort de manière inattendue de la forêt. Celle-ci masque la vue depuis le petit sommet dans presque toutes les directions, mais le côté nord est dégagé et offre un beau panorama sur le canton de Bâle-Campagne.  Juste à la base des falaises qui plongent depuis nos pieds,  une vallée qui ne doit jamais voir le soleil à cette saison nous paraît très froide, tout est saupoudré de blanc. Plus loin, le soleil éclaire encore les collines arrondies et boisées, mais il va bientôt se cacher derrière l'horizon.

Une heure après avoir quitté la Belchenflue, nous n'avons perdu qu'une cinquantaine de mètres d'altitude, mais la Lauchflue marque la fin des montées et le début de la descente vers Waldenburg. Pendant un quart d'heure nous continuons plus ou moins à plat le long de la crête, puis la descente s'amorce.  Nous arrivons à une bifurcation (1006 m), où les deux directions possibles sont indiquées Waldenburg. L'un des sentiers est plus long (1 heure 10 minutes), l'autre est plus courte (50 minutes) mais le panneau porte l'avertissement "Steiler Abstieg" (descente raide). Mais bon, nous sommes dans le Jura, la descente ne doit pas être si raide que ça et le sentier est balisé jaune. Comme il nous reste 55 minutes avant le prochain train depuis Waldenburg et que la gare se trouve tout au bout du village, nous optons pour la variante la plus directe. Nous quittons la crête par un sentier étroit  qui commence tout de suite à descendre la pente boisée dans une série de lacets assez raides sans être problématiques. Le sentier est recouvert d'un tapis épais de feuilles mortes, nous le voyons zigzaguer en dessous, vers le fond de la vallée apparemment tout près.

Après quatre ou cinq lacets, nous arrivons à un petit replat où le sentier disparaît subitement. Nous ne voyons no traces de passage, ni marques de balisage : nous avons dû nous tromper. Nous remontons de quelques mètres et voyons tout de suite un losange jaune peint sur un arbre : non, nous étions sur le bon sentier. Nous redescendons, cherchons à nouveau la suite du balisage : toujours rien, il y a des pentes raides dans tous les sens, aucune direction ne semble être la bonne. A notre droite, une sorte de goulet s'ouvre entre deux gros blocs, peut-être que le sentier passe par là ? A l'autre bout du goulet, le terrain devient plus raide que jamais, mais je crois voir une trace une vingtaine de mètres plus bas. Je descends la pente couverte de feuilles, faisant bien attention : une chute ici pourrait entrainer une belle glissade, et qui sait quelles barres rocheuses pourraient se cacher en dessous. J'arrive au niveau de la trace que j'ai vue, mais elle ne va nulle part, disparaissant presque tout de suite. Nous revenons au dernier endroit où nous étions clairement sur le sentier, prêts cette fois-ci à remonter jusqu'à la bifurcation et à prendre l'autre chemin. Puis, enfin, je la vois : cachée du mauvais côté d'un arbre par rapport à notre point de vue se trouve une marque de balisage jaune. Nous contournons la base d'une barre rocheuse et, tout de suite, nous retrouvons sur un bon sentier qui descend vers la vallée, moins raide à présent. Peu après, nous quittons la forêt pour la dernière fois à Sennhöchi, 821 m.

Nos errements en forêt nous ont fait perdre 10 ou 15 minutes et nous devons maintenant choisir : forcer le pas pour essayer d'avoir le train de 16 h 36 ou prendre notre temps et attendre celui de 17 h 36. Le choix est facile : cette journée a été trop belle pour que nous la terminions au pas de course, mieux vaut profiter tranquillement du paysage. Depuis Sennhöchi, une piste agricole gelée descend vers Waldenburg, dont les premières maisons apparaissent déjà, pas très loin en dessous. La vallée se trouve déjà plongé dans l'obscurité, alors que la cime des arbres au-dessus de nous se trouve encore touchée par un dernier rayon de soleil. La piste devient de plus en plus glissante : même si nous avions voulu presser le pas, nous n'aurions pas pu le faire sans risquer la glissade et des os cassés.  De toute façon, même sans courir, notre timing est parfait. Nous arrivons dans Waldenburg au bout du village le plus près de la gare, avec une marge de quatre minutes par rapport au départ du train. Nous n'aurons pas le temps de visiter le joli petit centre du village, mais ce n'est peut-être pas une mauvaise chose : un dimanche et un jour férié, nous n'aurions peut-être pas trouvé de bistrot ouvert pour nous réchauffer en attendant le train suivant. 

J'ai un peu tendance à sous-estimer le Jura, le reléguant à un rôle de bouche-trou début ou de fin de saison, quand la "vraie" montagne n'est pas accessible. Cette première randonnée de 2017 a pourtant été magnifique, les paysages que nous avons vus ont été, à leur façon, tout aussi beaux que ceux des Alpes. Nous n'avons toutefois pas vu la vieille ville d'Olten, ce sera pour une autre fois… dans 19 ans encore, peut-être ?
Lundi matin, les vacances sont finies. Mon amie reprend le train en direction de la Belgique : demain, c'est la reprise du travail. A peine une heure après avoir quitté Bâle, elle a trouvé la neige : l'hiver est sur le oint de s'installer. Nous avons eu une chance incroyable avec ces trois jours de randonnée, à cheval sur 2016 et 2017. 

Tourengänger: stephen


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