De Chilcherberge à Unterschächen par le Seewligrat : deux télécabines et un lac de montagne parfait


Publiziert von stephen Pro , 19. Juli 2016 um 20:04.

Region: Welt » Schweiz » Uri
Tour Datum:17 Juli 2016
Wandern Schwierigkeit: T2 - Bergwandern
Wegpunkte:
Geo-Tags: CH-UR 
Zeitbedarf: 5:45
Aufstieg: 1300 m
Abstieg: 900 m
Strecke:Chilcherberge – Seewli – Seewligrat – Sittlisalp - Unterschächen

English version here
 
Le canton d’Uri est bien connu pour les nombreuses petites télécabines qui permettent aux randonneurs de quitter les fonds de vallée sombres et de gagner facilement les alpages ensoleillés au-dessus. Cette très belle randonnée relie deux de ces télécabines, en passant par un magnifique lac de montagne et une crête panoramique.

Après un refroidissement inattendu qui a produit des chutes de neige en dessous de 2,000 mètres en fin de semaine, le beau temps est de retour pour ce week-end de la mi-juillet et dimanche s’annonce chaud. Afin de profiter de la fraîche et d’éviter les files d’attente à la cabine, je m’oblige à me lever de bonne heure et suis à la gare de Lucerne peu après sept heures. Je prends le train jusqu’à Erstfeld, puis un bus bondé qui m’amène en quelques minutes à Silenen. A ma grande surprise, je suis la seule personne qui descend à l’arrêt qui dessert la télécabine de Chilcherberge. Les ruelles du village sont désertes, les cafés et restaurants encore fermés. Le préposé à la cabine est en train de montrer des itinéraires de randonnée aux gens qui font la queue et je profite pour lui demander quelles sont les conditions d’enneigement sur mon itinéraire prévu. Il me répond qu’il y aura certainement de la neige du côté nord ombragé du Seewligrat, mais que cela ne devrait pas poser de problème : “Il suffit de se laisser glisser, les pentes ne sont pas dangereuses. » Un peu de glissade dans des pentes faciles, cela me paraît tout à fait prometteur.

La télécabine Silenen-Chilcherberge est une aventure à elle seule. Les cabines minuscules sont en quelque sorte des télésièges améliorées : un toit protège les voyageurs des éléments, mais les côtés sont totalement ouverts et seul une paroi basse empêche la chute. En se serrant bien, on y rentre à quatre personnes : deux devant, deux derrière. En l'espace de six minutes de montée raide on gagne 600 mètres d'altitude, loin au-dessus des arbres. Il ne faut pas avoir trop peur des vues plongeantes…

La télécabine me dépose à l'alpage de Chilcherberge, 1155 m, où il n'y a que deux ou trois chalets parsemés ça et là au milieu des pentes d'herbe raides. Il est 8h 45 et ces pentes orientées ouest sont encore entièrement à l'ombre : le soleil n'a pas encore émergé de derrière les montagnes à l'est. C'est tant mieux, cela me permettra de faire les deux premières heures de montée à la fraîche. Vers le sud, c'est le Bristen qui attire tout de suite l'oïl, pyramide de rocher saupoudrée de neige fraîche qui scintille au soleil matinal.

Un sentier assez raide monte en lacets à travers l'alpage, puis pénètre dans une forêt agréablement sombre et fraîche. La pente est régulière, c'est le style de sentier qui permet de gagner de l'altitude très rapidement sans se mettre dans le rouge. Le sentier est bon et l'itinéraire est connu mais, étant donné que la télécabine ne déverse les randonneurs qu'au rythme de quatre personnes toutes les six minutes, il n'y a aucune impression de foule, juste quelques couples et des randonneurs seuls assez écartés les uns des autres. Toujours en forêt, je remonte à la base d'une tour rocheuse, où se trouve la bifurcation pour la via ferrata du Hexensteig (1789 m). Des cris et des rires proviennent de la ferrata, que je laisse sagement de côté. Un peu plus loin, une cruche est posée au sol en bordure de chemin, recueillant de l'eau de source qui jaillit du rocher : un joli geste à l'encontre du marcheur assoiffé. Le sentier grimpe jusqu'à la base d'une haute paroi rocheuse en surplomb, qu'il contourne par la gauche pour émerger au-dessus à la lumière du soleil, dans des pentes d'herbe désormais moins raides. Je suis content de ma progression : 800 mètres de dénivelée en un peu moins de deux heures, c'est tout à fait honorable.
 
A une altitude de 2,000 mètres environ, le sentier devient plus horizontal et quitte définitivement les pentes au-dessus de la vallée de la Reuss pour s'enfoncer dans une vallée latérale. Le Bristen disparaît, faisant place à de nouvelles montagnes, forteresses de rocher noir encore partiellement enneigées. Le sentier devient plus étroit et un peu aérien, avançant vers l'est au-dessus de pentes quasi verticales à gauche. Le paysage se fait plus doux alors que j'arrive à un joli torrent qu'il faut franchir juste à la base d'une belle cascade. L'eau de celle-ci arrive par une dalle rocheuse, se divise en de multiples filets argentés qui s'élancent vers le torrent en dessous.  

Quelques minutes plus tard, et après environ deux heures et demie de marche, j'arrive au lac de Seewli. Il mériterait un nom un peu plus original ; tout d'abord parce qu'il est de taille assez substantielle (quelque 300 mètres sur 150), mais aussi parce que ce lac est tout simplement sublime. Du point où je me trouve à son extrémité sud-ouest, le lac s'en va vers le nord-est, vers la pointe enneigée du Schwarz Stöckli, sa rive est surplombée par les immenses parois noires du Gross Windgällen. La surface du lac est un miroir turquoise dans lequel les montagnes alentour se reflètent. Quelques pêcheurs taquinent le poisson (mais comment les poissons y arrivent, dans ce lac ?), alors que sur les buttes herbeuses au-dessus de l'eau, des randonneurs mangent ou profitent tout simplement de la vue et du beau temps. L'endroit est parfait et le calme est total. Je m'installe sur l'herbe et mange mes sandwiches en regardant vers le joli col en forme de U qui sépare Schwarz Stöckli du Gross Windgällen. Je vois également la suite de mon itinéraire, un sentier qui remonte en diagonale vers la crête du Seewligrat, à gauche du Schwarz Stöckli. Je vais y trouver de la neige j'ai l'impression, les pentes herbeuses sont bien tachetées de blanc. Je termine ma nectarine et fais la sieste pendant une demi-heure, allongé sur l'herbe. Le seul bruit est celui des insectes qui bourdonnent autour en butinant les fleurs alpines.

Je me remets en route vers une heure moins le quart. Je me suis arrêté pour manger plus tôt que d'habitude, mais j'ai pris mon petit déjeuner à six heures du matin et puis, l'endroit était tellement beau…  Il y a 200 mètres de dénivelée jusqu'à la crête et, dans ma torpeur post-repas, j'avance au rythme d'un escargot en surpoids. Le sentier est plutôt raide et souvent érodé, rendu glissant par l'eau de fonte de la neige. Dans sa partie supérieure, il y a un peu de neige sur le sentier, là où l'érosion a raviné le terrain, permettant à la neige de s'accumuler à l'ombre. Je croise un couple qui vient en sens inverse et leur demande quel est le degré d'enneigement du côté nord de la crête : pas plus qu'ici, me répond le monsieur dans un allemand au fort accent de mon pays natal. Nous échangeons quelques mots sur nos itinéraires respectifs avant de poursuivre notre chemin.

Depuis le lac, je mets 40 minutes pour atteindre le Seewligrat, point culminant de la randonnée à une altitude de 2244 mètres, et le point le plus haut atteint cette année jusqu'à présent. En contrebas, le Seewli est une tache bleue en forme de codeur, sur fond de rocher noir. Devant moi, je découvre la vallée du Griesstal, dans laquelle je dois maintenant descendre. Au fond, le sommet aplati du Hoch Fulen ferme l'horizon. C'est un paysage très sauvage, à l'ambiance "montagne" sans doute accentuée par la présence de neige en quantité significative.

Les pentes du côté nord du Seewligrat sont plus douces que celles du côté sud, et la descente ne présente aucune difficulté. Malgré la présence de plaques de neige assez étendues, le sentier lui-même en est complètement libre ; il s'est d'ailleurs transformé en ruisseau, captant et canalisant l'eau de fonte sur son parcours vers la vallée. Le soleil est juste derrière moi et projette une ombre bien sombre juste là où je dois poser mes pieds : pas évident de voir sur quoi je marche, je dois faire attention de ne pas me tordre une cheville. J'atteins le fond de la vallée à l'alpage de Vorder Griesstal, 1906 m. Peu avant d'arriver aux chalets de l'alpage, un grand troupeau de vaches a élu domicile sur le sentier, comme c'est souvent le cas chez nos amis bovins. Il y a de nombreux veaux au milieu du troupeau, que je contourne par l'extérieur, ne voulant pas prendre le risque d'éveiller l'instinct de protection de leurs mères.
 
Le Griesstal est vraiment sauvage, remontant d'est en ouest vers le col rocailleux et austère du Stich. Vers l'est, derrière l'étable de l'alpage, se dresse une tour de rocher noir : il s'agit du Gross Ruchen, haut de 3137 mètres et vraiment imposant. Je suis brièvement une piste d'alpage avant qu'un sentier parte sur la gauche, en balcon au-dessus de la vallée qui plonge vers l'est.
 
Le sentier quitte maintenant le Griesstal et s'oriente au nord, s'enfonçant dans le Brunnital qui descend vers Unterschächen, destination finale de cette randonnée. Le sentier court plus ou moins horizontalement à une altitude de 1650 mètres environ, traversant des pentes herbeuses raides et quelques ravins où il faut avoir le pied sûr, car l'érosion a réduit le chemin à une bande étroite par endroits. Lorsque je regarde derrière moi, je reste bouche bée, tellement la vue est magnifique. Au sud, le Brunnital vient buter contre un cirque rocheux comme j'en ai rarement vu ; un amphithéâtre de falaises qui descend sur plus de 1500 mètres verticaux depuis les sommets jusqu'aux pâturages du fond de la vallée, en passant par des vires, des névés et des pentes d'éboulis.  Je ne savais pas que je pouvais trouver de tels paysages à une heure de la maison…  Quelque part là-haut une chute de pierres se déclenche, bruit inquiétant qui me fait réfléchir : heureusement que je suis du bon côté de la vallée ! Je dois passer au milieu d'un deuxième troupeau de vaches : pas de veaux cette fois-ci mais les vaches ne semblent pas très heureuses de me voir et le font savoir à coups de meuglements et de petits mouvements "m'as-tu-vu".  De vraies frimeuses…

Le sentier m'amène aux premiers chalets de Sittlisalp, alpage constitué de plusieurs hameaux qui s'étirent le long d'un joli balcon au-dessus du Brunnital. A une bifurcation de sentiers devant le premier chalet j'ai deux options : descendre tout de suite à droite puis terminer la balade en marchant dans le fond de la vallée, ou alors rester encore une demi-heure en altitude et descendre en télécabine depuis Vorder Boden, le dernier hameau de Sittlisalp. Un panneau faisant de la publicité pur la buvette à la station d'arrivée de la télécabine influence mon choix : quête d'altitude ou de bière, je n'en sais rien, mais j'opte pour l'itinéraire du haut. Le sentier se transforme en piste, que je partage avec cinq chèvres qui se sont joints au groupe d'enfants qui me précède sur le chemin. 

J'arrive à la station de la télécabine à 15 heures 30, après un peu moins de six heures de marche. Je bois une bière à l'ombre pendant qu'à la table voisine, la patronne du bistrot joue au Scrabble avec une amie et deux enfants. Les chèvres vont et viennent, la télécabine aussi, le tout devant la toile de fond magnifique du Brunnital. Je termine ma bière et m'en vais prendre la benne vers la vallée, une descente vertigineuse de 500 mètres qui semble se faire à la verticale. Il y a au moins de vraies cabines fermées cette fois-ci, comme des "oeufs" de station de ski, même si elles ne prennent que quatre personnes à la fois. Dans la station de départ, des photos montrent que jusqu'à l'année 2000, c'étaient ici aussi des cabines ouvertes comme à Chilcherberge : alors là, ça a dû être une sacrée expérience !

Une fois sur terre ferme en bas de la télécabine, il suffit d'une vingtaine de minutes de marche sur la petite route de la vallée pour rejoindre Unterschächen. Le torrent qui coule dans la vallée est magnifique, sautant et bouillonnant autours des gros rochers qui forment son lit. Sur les berges, des familles sont allongées au soleil ou trempent leurs pieds dans l'eau fraîche. La dernière fois que je suis venu à Unterschächen, il y a six ans presque jour pour jour, il faisait gris et triste, il y avait du brouillard et de la pluie et  je me suis fait courser par une vache un peu trop enthousiaste. Aujourd'hui tout est différent : le ciel est bleu, les prairies sont vertes et le petit village me paraît tout pimpant et accueillant.

Quelle randonnée magnifique ! A conseiller sans hésitation à tous ceux qui recherchent une ambiance sauvage sans difficultés techniques, sans trop de monde mais avec des paysages à couper le souffle.
 
 

Tourengänger: stephen


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